‹ Le secret de William Stanley, VIe Comte de DerbyChapitre 10 sur 23 · VI. La situation politique de Derby. Sa candidature · texte numérisé non relu

VI. La situation politique de Derby. Sa candidature

à la succession éventuelle d’Elisabeth.

Quelle a été, au point de vue politique, la situation de William Stanley, VI° comte de Derby et de sa famille, pendant l’époque élisabéthaine ? Sans conteste, de pre mier plan, puisqu'elle a été dominée par un fait dont la signification fut considérable dans l’histoire du règne: à savoir les droits éventuels des Derby à la couronne d’An gleterre, en d’autres termes à la succession d’Elisabeth: Ces droits dérivaient en première ligne de leurs liens de parenté avec les Tudors. Le père de William Stanley, Henry, IV° comte de Derby, avait épousé, en 1555, Marguerite, fille aînée de Henri Clifford, Il° comte de Cumberland, dont la mère, Eléonore, était issue elle-même du mariage de Charles Brandon, duc de Suffolk, avec la fille de Henri VII, Marie d'Angleterre, veuve de Louis XII, qui fut reine de France durant quelques mois. Ferdinando et William Stanley descendaient donc directement, par leur mère, d’une sœur puinée de Henri VIII, père de la reine Elisabeth. Toute la vie et l’activité des deux frères furent, en quelque sorte, commandées par cette perspective du trône d’Angleterre. Telle est l’idée qu’il ne faut en aucun cas perdre de vue, quand on s’occupe de l’histoire de cette famille, entre 1580 et 1604, ou environ. Sa situation apparaît, pour cette raison, comme infiniment délicate et, par moment, dangereuse. Les représentants des familles qui étaient susceptibles de fournir un successeur à Elisabeth . se trouvèrent en péril, à diverses reprises. Une parole imprudente, un geste intempestif, et, à plus forte raison, des manœuvres suspectes ou un prétendu complot auquel on les aurait mêlés, fût-ce à tort, étaient susceptibles

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…d'amasser sur leurs têtes les plus graves périls. L'exemple du comte de Hertford suffirait à le prouver, parmi bien d'autres faits non moins probants. On sait que ce per- -sonnage fut, une première fois, détenu sept ans à la Tour, … de 1561 à 1568, pour avoir épousé secrètement Catherine - Grey, elle aussi héritière éventuelle du trône, et une “seconde fois, en 1595-1596, pour avoir laissé paraître quelque velléité de faire légitimer les enfants nés de cette ‘union, non reconnue par la reine; et cela, bien qu’il eût alors, pour le défendre auprès d'Elisabeth, sa seconde femme, Frances Howard, tendrement aimée de la souveraine, dont elle avait été la fille d'honneur favorite. Un simple soupçon avait suffi pour lui enlever en un instant la bienveillance d’Elisabeth et compromettre pour longtemps sa liberté, sinon sa vie elle-même.

De très bonne heure, le IV° comte, Henry (1) eut à compter avec les susceptibilités de la reine. L'histoire . de son attitude et de celle de sa femme n’est pas encore faite, mais on peut deviner, par toute une série d'indices très clairs, qu'ils furent l’un et l’autre obligés de surveiller de très près leurs démarches comme aussi leurs pensées. Déjà, le III° comte, Edward, avait inspiré des soupçons à sa souveraine. Il passait, en effet, pour être catholique, comme la grande majorité de ses compatriotes,

(1) Nous renvoyons au tome I de Sous le Masque, chapitres II et IV, pour lhistoire politique de la famille des ‘erby. On sait que Pavènement du premier Tudor fut dû, pour uns iarge part, à l’intervention de Thomas, Lord Stanley, beau-père, par sa femme, du comte de Richmond, qui fut couronné sous le nom d'Henri VII. Ce Lord Stanley, ancêtre direct de notre William, devint comte de Derby, en récompense de ce rôle décisif. Son frère, mêlé plus tard, à tort ou à raison, à un complot politique, fut décapité sur l’ordre de Henri VII. Ce fait pourrait sans doute expliquer pourquoi le descendant de … Thomas n’a consacré aucune pièce à ce souverain, qui devait sa couronne à la famille des Stanley et se montra ensuite si dur à l’égard d'un de ses plus notoires représentants, dont le concours lui avait été également fort utile.

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