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Dés lors que, dans la question qui nous occupe, un Cret existe comme tant d'indices nous autorisent à le nser, il s’agit maintenant d'examiner avec une extrême ttention s’il peut être justifié à la fois par les œuvres mêmes qui composent l’immortel théâtre et par les cironstances de la vie de l’homme à qui nous l’attribuons. line faut pas se lasser de le répéter: un tel mystère lé saurait être résolu, à l’aide de je ne sais quelles préendues découvertes cryptographiques, ainsi que l’affirit les partisans de l’hypothèse baconienne; le seul «moyen de l’atteindre, c’est de chercher à déterminer les eptions en quelque sorte primordiales du théâtre lakespearien et de vérifier ensuite si celles-ci s'accordent ec les faits les plus caractéristiques de la vie de l’auteur uquel nous croyons devoir les attribuer. S’il y a des “chances de découvrir ce secret, c'est dans les œuvres elles-mêmes qu’on doit le trouver.
… Quelle est donc la tendance essentielle qui se dégage bvaste ensemble que constitue ce théâtre si riche et si rié? Aucun doute ne saurait subsister à ce sujet: cette ndance existe, et si, sauf exception, la récente érudition hakespearienne ne l’a pas précisée comme il l'aurait allu, c’est que l’idée absurde d’un poète écrivant ses ièces au hasard, sans plan préalable, sans ambition supéure, sans convictions ardentes, sans enthousiasme
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intérieur, c’est-à-dire uniquement pour gagner le
à une pensée continue et fémoignent d’un but unigu à savoir la poursuite certaine d’un ample ét gran diose dessein politique? Oui, c’est vers cette conc sion, peut-être surprenante pour qui re songe qu’à la teur, mais d’une clarté merveilleuse pour qui préte atteindre, à travers fous ces drames, ce qu’ils recèle: de philosophie constante et profonde, qu’il importé regarder aujourd’hui.
Ne voyons-nous pas se dresser, au premier plan, le dix drames historiques dont l’histoire d'Angleterre. fourni la substance au poète? Voilà plus de cent an qu’on en a proclamé la puissance insigne et l’unité parfaite en même temps que le caractère national. Dès l’aube di xix° siècle, un célèbre critique en a apprécié en ces termes la valeur sans seconde dans toute l’histoire de: littératures. Citons ce témoignage déjà ancien, mais qu est resté toujours juste et pénétrant (1): " Les drames tirés de l’histoire d'Angleterre sont au nombre de di et forment par leur réunion un des ouvrages de Shakespeare qui le plus de véritable mérite, et qui a été composé, du moins en partie.
dans la plus parfaite maturité de son talent. Ce n’est pas sans penser que je dis un ouvrage, car il est clair que le poète en a coor donné toutes les parties, de manière à former un grand ensemble C’est une magnifique épopée dramatique dont les pièces isolées font. les différents chants. Les traïîts principaux des événements sont ren dus avec tant de justesse, leurs causes apparentes et leurs mobile secrets sont saisis avec tant de pénétration que nous POUVONS Y étudier l'Histoire, pour ainsi dire, d’après nature, sans craindre que des images aussi animées s’effacent jamais de notre esprit. Mais cette. suite de tragédies est faite pour donner une leçon encore plus élevée
et plus étendue; elle offre des exemples applicables à tous les temps
(1) A. W. Schlegel, Cours de littérature dramatique, édit. franç: de 1814, t. III, pp. 93-94.
éntiles dangers de l’usurpation, la chute inévitable de la tyrannie qui minesses propres fondements en cherchant à les raffermir: ils y contempleraient enfin les suites funestes qu’ont souvent, pour les
-peuples/et les siècles entiers, les crimes, les fautes et même les fai-
‘période de près de cent ans, et qui est une des plus actives de l’his- “toire d'Angleterre. Les événements qui y sont dépeints ne se sucèdent pas seulement, mais ils s’enchaînent nécessairement les uns es autres, car Ce n’est que lorsque Henri VII monta sur le trône
“ ctrangères qui avaient commencé avec la déposition de Richard II. ‘Pour faire la liaison qui existe entre ces huit pièces et leur commune direction, je vais retracer en peu de mots les faits historiques sur lesquels elles se fondent. $
Air «Telle est la connexion évidente de ces huit Dane Ils n’ont # dant pas été composés dans l’ordre chronologique, car Shakes- “peare, selon toute apparence, avait commencé par les quatre derniers.
5 Plus tard, Gervinus, à son tour, donne comme conclusion à un morceau non moins enthousiaste sur les pièces … anglaises la remarque capitale que voici: « Cette com- & - mune signification politique et patriotique des drames en question est beaucoup plus grande que leur valeur historique en elle-même (1). » Combien il serait utile de pouvoir citer ici les jugements non moins perspicaces
- d’un François-Victor Hugo ou d’un Emile Montégut. J’y . renvoie tout spécialement: on les trouvera en tête des pièces historiques de leurs belles traductions de Shakespeare (2). Nous parlerons plus loin d’une autre étude, due à un Anglais, sans doute la plus probante de toutes.
(1) Edition anglaise: Shakespeare Commentaries, 1875, pp. 248- 258. Il cite, p. 251, un curieux texte emprunté à Thomas Heywood (1612).
{2) Trad. Montégut, tomes IV à VI (Hachette).
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On a pu appeler Shakespeare « le poète des hommes d'Etat et le Tacite du drame », dire de ses pièces em pruntées à l’histoire d'Angleterre qu’elles sont « fibres of England’s life », comparer « la série prodigieuse qui du règne de Richard II à celui de Henri VIII à une immense fresque, animée, vivante, qui contient les plus. grands éléments que le théâtre puisse prendre à toire. » (Silva Vildôsola.) Ce n’est que de nos jour je le répète, qu’on a commencé à méconnaître l’étonnant portée politique du théâtre shakespearien. Mieux on. connu la plate existence de l'acteur, que le gain seul inspire, et plus les critiques, inconsciemment ou non, & sont efforcés de diminuer le contraste qui existe entre la puissante signification de ce théâtre et la personnalit médiocre de celui .qui est censé l’avoir composé. En effe quels rapports concevoir entre ce formidable ensemble et l'acteur tel que nous le font connaître ses plus récentes biographies ? :
Rappelons simplement les titres des dix drame tirés de l’histoire nationale, dans l’ordre chronologiqu de leurs sujets, en ajoutant pour chacun d’eux la da approximative de sa composition (1) : Le Roi Jean ES. ou 1594), Richard I1 (1593 ou peut-être 1594), Æ deux Henri IV (1597-1598), Henri V (1599), les so parties de Henri VI (1590-1592), Richard III (1593) et Henri VIII (1612?).
Mais qui ne sait qu'à côté de cette magnifique « épopée » nationale, dont l’équivalent ne se retrouve dans aucune littérature moderne, un autre ensemble apparaît = que la politique pénètre et inspire d’un bout à l’autre? D'abord les trois tragédies relatives à la vieille Bretagne et à la vieille Ecosse : Cymbeline, le Roi Lear et Macbeth; les trois tragédies romaines: Coriolan, Jules César, Antoine et Cléopâtre, auxquelles on peut joindre Titus
(1) On sait combien ces dates sont conjecturales, pour la plupart. É Elles varient suivant les auteurs.
ee A ces dix-neuf pièces, il est à propos de ndre encore La Tempête, ou les plus graves problèmes itiques sont agités, et Peines d’ Amour perdues, esquisse armante, où la vie de la cour de Navarre et les intérêts son a tiennent une si ie place. Une
z Ma 5 Con, à cet égard, l'importance ne saurait être …exagérée. Cela représente donc un total de vingt-deux ièces qui constituent ce qu’on pourrait appeler le groupe iistorico-politique de notre théâtre. Il serait aisé d'y décrivent avec une complaisance visible la vie de cour, : les passions et les intrigues qu’elle comporte, telles que Comme il vous plaira, Tout est bien qui finit bien, e-Conie d'Hiver et Beaucoup de bruit pour rien (1). Nous. ne parlons pas du Songe d’une nuit d’été qui eflète cependant, au premier chef, des événements de la vie de cour et propres à un milieu aristocratique anglais. On arrive ainsi à dépasser, d’une manière très sensible, a proportion des deux tiers pour l’ensemble des œuvres hakespeariennes. Il n’y a dans aucune littérature un - théâtre où la politique tienne autant de place que dans celui de Shakespeare. Une telle constatation implique d’amples conséquences.
(1) Le Marchand de Venise n’offre-t-il pas également la peinture - fort exacte d’un milieu aristocratique vénitien, de la condition des “juifs, de la vie juridique de Venise; les Deux Gentilshommes de Vérone, de l’éducation et de l’existence des jeunes nobles contem- porains, etc.?
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