ACTE V. — SCÈNE DERNIÈRE
Windsor. Un appartement dans le château. Entre Percy avec l’évêque \ de Carlisle.
m…PERCY. — Le grand conspirateur, l’abbé de Westminster, accablé
… du fardeau de sa conscience et d’une noire mélancolie, a cédé son
“corps à la tombe; mais l’évêque de Carlisle est ici vivant pour attendre ton jugement royal et la condamnation de son orgueil.
BOLINGBROKE. — Carlisle, voici votre sentence: choisis quelque lieu écarté, quelque pieuse retraite, autre que celles que tu possèdes “et jouis-y de la vie; pourvu Gœue tu vives en paix, meurs libre de “toute persécution; car quoique tu aies été toujours mon ennemi, j'ai “aperçu en toi de nobles éclairs d'honneur.
escorte portant un cercueil.
EXTON. — Grand roi, dans ce cercueil je te présente tes craintes — ensevelies: ici repose inanimé le plus puissant et le plus grand de tes ennemis, Richard de Bordeaux, par moi apporté en ces lieux.
BOLINGBROKE. — Exton, je ne te remercie pas; car tu as de ta main fatale commis un acte qui retombera en scandale sur ma tête et sur tout Ce glorieux pays.
EXTON. — C’est sur un mot de votre bouche que j’ai commis cet acte, Monseigneur.
BOLINGBROKE. — Ceux qui ont besoin du poison, n'aiment pas pour cela le poison, et je ne t'aime pas; bien que je le désirasse “mort, je hais le meurtrier et j'aime l’homme assassiné Reçois pour récompense les remords de ta conscience; mais tu n’auras jamais de moi une bonne parole ni une faveur. Va errer avec Caïn à travers
les Ombres de la nuit, et ne montre jamais ta tête au jour et à la
Entre sir Pierce d’Exton, avec une
lumière. Lords, je proteste que mon âme est navrée de douleur qi ait fallu m’arroser de sang pour me faire grandir : venez, pleur avec moi sur ce fait que je regrette, et mettez-vous immédiatement «
main coupable: marchez avec recueillement à ma suite, et hon mon deuil par vos pleurs en suivant cette bière prématurée.
(Ils sortent.) .
comme sincère, selon les intentions du poète. Nul dou que celui-ci nous donne, en terminant la pièce, son sen ment personnel sur cette grave matière. Sollicité par u parti puissant, dont certains membres n’hésitaient pas à préconiser le meurtre de la reine, il exprime ici une op nion nettement défavorable à une telle mesure. Cette interprétation est d’autant plus légitime que la dernière scène a été inventée par lui d’un bout à l’autre. Dès lors. que la déchéance s ’imposait, il était licite d'y recourir, mais il ne fallait pas y ajouter l'assassinat. Le meurtre. d’un roi comporte des conséquences redoutables. Le pr tendant qui, contraint par une nécessité supérieure, a accompli la révolution politique, doit s'abstenir de l’achever par l’effusion du sang royal. Si des partisans trop zélés poursuivent cette solution — hélas! peut-être fatale — il a le devoir de la réprouver aussitôt et d’écarter toute solidarité avec les meurtriers, même si une parole imprudente a paru encourager ceux-ci. Or, il est certain que telle fut toujours la conception de Derby, prétendant. éventuel à la couronne d'Angleterre. Sans doute accepta= t-il, durant un certain temps, l’idée d’une déposition. possible d’Elisabeth, mais il n’adhéra jamais aux projets, de meurtre que toute une série de complots, ourdis par le” parti qui voyait én lui le meilleur candidat à la succession de Ja reine, cherchèrent à réaliser avec autant d’audace que de ténacité. Son histoire, comme celle de son frère. Ferdinando, — empoisonné pour avoir dénoncé Hesketh. — s'explique clairement par cette attitude. Lorsque
quel es années plus tard, vers 1600, William Stanley
par excellence té théâtre politique, il Tendre au fond 1ème thèse. Le meurtre du-chef de l'Etat, même justipat des craintes ou des motifs de l'importance la plus
Brutus, âme vertueuse et noble s’il en fût; si Cassius, lathée épicurien, le patricien qui veut préserver avant out ies privilèges de sa caste, sont finalement victimes “d’une Némésis que rien n’a pu apaiser, c’est qu’ils ont “interrompu en quelque sorte le plan des puissances di divines. La trame même de Jules César, la figure du dicur telle que le dramaturge l’a conçue, le dénouement vers lequel s’achemine la tragédie à partir du meurtre “du grand Romain: tout indique que nous assistons au -« châtiment inévitable qui attend ies vertus assez pré- somptueuses et aveugles pour oser se révolter contre les ministres chargés d'exécuter sur terre les décrets pro- -mulgués dans le ciel ». Personne n’a mieux compris le sens véritable de l’immortel drame que le critique à qui … nous empruntons cette formule si juste. Emile Montégut a, en effet, fortement indiqué avec quel merveilleux 5 génie Pauteur du théâtre shakespearien n’a montré dans … César que le fils de la destinée:
Chose digne de toute méditation, et qui montre à quel point hakespeare est grand, sa pensée rejoint directement celle de Dante, pourtant pour comprendre l'importance de l’action de Brutus et “de Cassius, le poète anglais n’avait pas, comme le poète italien, la “tradition toujours vivante de l’empire et les sentiments du parti —… gibelin. Chez Dante, Lucifer, clef de voûte de l’enfer, broie éternelle- “ment entre ses mâchoires trois grands criminels, Judas Iscariote, me: Brutus et Cassius. Ce sont les damnés suprêmes, car ils ont été … criminels envers l'humanité tout entière, dans le passé et dans l’avenir.… Tous trois ont attenté pour l'éternité à l’ordre moral. Voici —. comment parle Dante. Et de son côté, que dit Shakespeare? « Qui-
rà
‘sens et la conduite n’offrent rien d’équivaléent dans les:
métaphysiques désignent comme leurs ministres, quelque vertue que soit son mobile, est criminel envers les dieux. » 4 x Lorsque Shakespeare fait dire à Cassius devant le cadavre de Césa
« Que de fois dans les siècles à venir cette scène sublime que n venons de jouer sera représentée chez des peuples éncore à naîtr et dans des idiomes encore inconnus! » Shakespeare parle au fon comme Dante et attribue exactement la même importance, Capit dans l’histoire générale de l’humanité, à l’action de Cassius et d Brutus (1).
Nous avons tenu, en évoquant Jules César avant S date, à faire comprendre, par un exemple frappant, com. bien tout s’enchaine chez notre poète, contrairement aux. préjugés régnants. Dès 1593-1594, il admet le changement de dynastie, la déposition du souverain, imposée par les. circonstances, mais il réprouve le meurtre politique, envi sagé cependant par la plupart des adversaires d’Elisabeth, qui voulaient le diriger vers le trône. Il admet la lutte" ouverte, la révolte à main armée, contre le souverain inique, mauvais berger de la nation: il ne veut, en aucu cas, voir ternir la cause de la délivrance par l’assassinat,. par le guet-apens. Les meurtriers de César, si bien inten= tionnés fussent-ils, ont manqué à cette loi suprême. Lorsqu'il écrivit, vers 1600, sa belle tragédie romaine le comte de Derby revenait d’un voyage à Rome; il avait pu méditer sur Je drame de l’an 44, près des lieux où i s’accomplit. On devine, à le lire, qu’il ne professe aucune sympathie à l’égard de l’illustre victime; presque seul avec Montaigne, il nous donne du dictateur une esquisse, peu bienveillante, mais son animosité de patricien, hostile au despotisme d’un seul, ne va pas jusqu'à lui faire oublier le principe fondamental de sa pensée politique. Ainsi s'explique son Jules César, œuvre unique, dont le.
littératures dramatiques contemporaines. Ainsi s'affirme.
(1) Traduction des Œuvres complètes de Shakespeare, t. VIE, pp. 399-400. Ua.
DéiGRR Es
Combien s’éclaire du même coup le sens des grandes pièces shakespeariennes où nous voyons se perpétrer, soit des régicides: Richard Il, Macbeth et Jules César,
Jean, Richard III, soit les deux crimes à la fois, comme Hans la dernière parte de Henri VI! Le sens profond
‘d’assassinat, l'élu fé destin, ne RÉEL pas plus clair, à la lumière de ces rapprochements? Quelle unité gran- .diose semble relier ces drames, où s’accomplit le forfait “suprême, le crime inexpiable: celui qui rompt le cours des destinées supérieures!
— Pour en revenir à Richard II, de quelque côté qu’on ‘examine ce drame, il n'est pas possible de méconnaître … les liens étroits qui le rattachent au VI° comte de Derby: …—… rôle considérable dévolu à Jean de Gand, son ancêtre et «le héros le plus notable de son cher pays de Lancastre(1) ; …. … soulèvement d’une partie des grands; dépossession d’un —… souverain que condamnent ses erreurs et les abus mulà tiples qu’il a laissé se développer; substitution d’une dynastie nouvelle à celle du roi déchu; avènement de la — maison de Lancastre par son chef Bolingbroke, comte . de Derby (2). Il n’est pas un de ces éléments qui n’inté-
(1) Je note qu’un vieil opuscule, exactement contemporain du théâtre shakespearien et composé par un habitant du Lancashire: The Two Lancashire Lovers, débute ainsi: « Heare to that ancien Towne of famous and time-honoured Gaunt »; ce qui est l’expression ie employée au premier vers de Richard Il.
) Je note, à ce propos, cette particularité significative, parmi ÉTÉ que dans la scène 3 de l'acte I (scène du combat annoncé), Bolingbroke est appelé trois fois de suite comte de Derby, alors que la source du drame, la chronique d’Holinshed, ne mentionne pas ce titre. Dans Richard II, Bolingbroke, en se présentant pour le combat qu’il veut soutenir contre Thomas Mowbray, dit : « Je suig
publiée anonymement en 1593, sous le titre: The Life and Death o
Aie
de Henri VIII. Le livre de Parsons apporte, sur ce po essentiel, les précisions et JE lumières les plus déc sives (1). L:
Il y eut, vers l’époque élisabéthaine, trois autres pièc plus ou moins inspirées par le règne de Richard II (2): aucune d’entre elles ne traite des événements qui fournissent la trame de la nôtre; aucune ne roule su révolte qui détrôna ce roi, ni sur sa déposition; aucun enfin, ne présente le plus faible trait de ressemblance av le drame shakespearien. Les allusions audacieuses q causèrent à Elisabeth tant d’alarmes, sont toutes spécial de la première jusqu’à la dernière, à la tragédie que ron vient d'étudier. N'oublions pas que la reine, s’adres: à Lambarde, comme on l’a vu plus haut, déclare : « Je Richard IT: ne le savez-vous pas? », et le gardien dé ll
Henri de Hereford, de Lancastre et de Derby. » Plus loin, le premie héraut appelant les combattants, dit: « Henri de Hereford, de Lancastre et de Derby... »; le second héraut clame également: « Heni de Hereford, de Lancastre et de Derby... ». Or, le texte d’Holinshe. porte simplement: « Je suis Henri de Che duc de Hereford . EN. et, dans l’appel du second héraut: « Henri de Lancastre, duc de Hereford ». La proclamation du premier héraut, qui n’est pas repro duite, semble n’avoir cité aucun nom. De telles nuances doivent être. retenues et étudiées de près.
(1) Par exemple t. II, pp. 56 à 77. Tel paragraphe, comme la Whether the manner of deposing King Richard were good, trouve un écho direct dans Richard II: le parallélisme ne cesse de s’affirme
(2) Richard Il constitue le personnage principal d’une brève. esquisse dramatique de la rébellion de Wat Tyler (en 1381), qui fut
Jack Straw. La carrière troubiée de ce roi fut aussi le thème d’une pièce plus longue, également anonyme, qui s’arrête à son triomphe. illusoire sur ses ennemis, en 1397. Elle est restée inédite jusqu’en 1870. Sa composition peut être rapportée à l’année 1591, Une troisième pièce, perdue, s’occupait de la première partie du règne; elle fut représentée en avril 1611, au Globe.
à souveraine. Il est avéré que le nom de ce roi était i de bonne heure le surnom politique d’Elisabeth. e fus jamais partisan de Richard II », écrivait on avant 1588, en parlant de la reine. Essex, rt Cecil et Raleigh s’amusaient fort de « l'associé de ard Il », en 1597. Remarquons erfin qu'aucune èce ne parut sous le titre de Richard Il pendant la e dangereuse qui vient d’être évoquée. Le drame
e drame. Îl y montre que l’avènement des Tudors a été assuré par son ancêtre Thomas Stanley et que
l'élévation de sa famille fut liée à celle d'Henri VII.
6 nous passons maintenant à l'étude du drame le plus Oisin, comme date, de celui qui vient de nous occuper, les tatations ne seront ni moins nombreuses ni moins robantes. Les dates proposées par les meilieurs critiques ur la composition de Richard III oscillent entre 1593 1595. Dans toute l’ancienne littérature anglaise, nulle vre ne se rattache plus étroitement que cette pièce èbre à la famille de William Stanley. On y trouve -cxposée l’histoire des événements qui ont fait la fortune “politique des Derby, en les élevant au premier rang de l'aristocratie anglaise. Ce fut, en effet, Thomas, second … Lord Stanley, ancêtre direct de notre William, qui décida, “avec son frère, du succès de la bataille de Bosworth, où Richard III trouva à la fois la défaite et la mort; ce fut lui qui mit la couronne sur la tête du prétendant, le comte de Richmond, chef de la maison de Lancastre, qui devint,
de Bosworth. Richard III nous montre ainsi le triomphe des Tudors assuré par la famille même du poète à sie dû ce drame.
Nous n’étudierons pas ici en détail les liens multipl qui unissent cette pièce à l’histoire de la famille de Derby. On devine assez toute leur signification pour l’exposé d’ordre politique que nous poursuivons en moment. Que l’on veuille bien nous permettre de renvoyer les lecteurs désireux de connaître avec précision la S de ces rapports si évidents, au cours des cinq actes de tragédie, à l'exposé complet qui en a été fait dans Je tome |” de Sous le Masque (pages 244 à 275). Voici notr conclusion :
I1 suffit de lire avec soin les morceaux de Richard Ill qui viennent” d’être cités pour comprendre que le rôle de Lord Stanley a été co par l’auteur du drame avec les intentions les plus sympathiques. Si ce personnage se trouve amené par les circonstances à figure parmi les partisans de Richard III, s’il croit devoir jouer de finesse avec le plus fourbe des tyrans, qu’il sait capable de l’anéantir en instant, il n’en montre pas moins, dès la première scène où se sentiments véritables à l’égard de Glocester peuvent se révéler, Phos tilité et la méfiance profondes qui remplissent son âme. Il cherch éclairer Hastings, engage Dorset à s’enfuir vers le comte de Rich mond et s’efforce de jeter l’inquiétude dans l’esprit de Richard
ES
dence, C’est qu'il considère Richard comme un monstre de duplicité êt de férocité, et qu’il n’a pas encore trouvé l’occasion de rompre
avec cet être cruel.
En réalité, le drame nous montre son action comme bienfaisante, K 4 N ET . . … . .
ageuse et décisive. Celui qui a tracé cette figure a eu certaine-
2P Etudiées de près, les additions et modifications appores aux textes historiques dont l’auteur s’est inspiré ne eraient pas moins probantes qu’elles ne l’ont été pour ichard II. Là encore, les rapprochements se révèlent mme suggestifs au plus haut point, mais il n’est pas possible d’y insister à cette place.
Dans l’ensemble du théâtre shakespearien, Richard III “occupe à bien des égards une place tout à fait à part. … Ilen parut six éditions avant celle du folio de 1623. C’est “le chiffre le plus élevé qu’ait alors atteint une œuvre ramatique du poète (1). Emile Montégut n’a pas manqué, avec sa clairvoyance habituelle, de marquer “fortement les caractères de cette pièce extraordinaire.
| C’est le premier coup de maître d’un grand génie, ce n’est pas le
chef-d'œuvre d’un génie en pleine possession de ses forces. Mais les scènes où Shakespeare a été égal à lui-même se distinguent par e grandeur qui n’a pas d’analogue dans le théâtre moderne. Pour
“ (1) Seule la première partie de Henri IV a été aussi souvent = “réimprimée.
… (2) Œuvres complètes de Shakespeare, t. VI, p. 126.
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trouver quelque chose de l'impression que laissent. notamment celles des malédictions de Marguérite d’/ ë RUNARONSE des eue For assises à terre au pied ae la
fourni un spectacle plus pathétique. À cette grandeur ot Shakespeare joint un mérite que les anciens, simples dans I comme dans leur art, ne connaissaient pas, — la science des.n innombrables de cette âme humaine si compliquée dans le. dans le mal. Jamais, par exemple, a-t-on mieux exprimé l fascination qui est inhérente au pouvoir politique, fascinatio qi telle que l'expérience la plus douloureuse est inutile contrevelle l’ême la plus meurtrie par la grandeur n’en peut être désillusionné
Qui ne sent qu’une compréhension si juste de l en quelque sorte invincible, qu'exerce le pouvoir, i plique, chez l’écrivain capable de la traduire avec ta force, des impressions et des souvenirs personnels. mettent à même d'y atteindre? Une pareille vérité pression ne s’improvise pas. Ne l’oublions en auc le personnage de Richard III, ce monstre se pe CHINEAQUSr ce « sorcier redoutable »,
théâtre.
En admirant cette connaissance intime de la v courtisans, cette science si sûre des intrigues et ressorts politiques les plus cachés, on ne-peut se défer de songer, à chaque instant, à l’expérience approfot qu’ une telle Se — ou pour mieux de
l’ambiance des cours, qui apparaît à travers tout pièces, ne constitue pas, à elle seule, la preuve. initiation certaine, sans laquelle on ne pourrait explique une compétence aussi exceptionnelle? Cela est sim
premier rang, — et nous pourrions même citer ici noms contemporains, — ont proclamé à l’envi “
pres
1 des milieux aristocratiques les plus raffinés d’alors, voyages à l'étranger, ses séjours dans plusieurs cours d'Europe, sa fréquentation assidue de celle d'Angleterre, ivaient naturellement préparé et favorisé cette initiation ‘de toutes les manières. Aucune condition du même ordre est-il besoin de le faire observer ? — ne se retrouve, à in degré quelconque, chez le Stratfordien.
P’explication physiologique que le poète, devançant la science moderne, a donnée du caractère de Richard, — explication tirée de son infirmité — est d’une audace morale telle que « c’est à peine, suivant la remarque du tique cité plus haut, si on peut l’aborder franchement ns une société chrétienne ».
… Richard, devenu roi, couronne la série de ses forfaits rule crime suprême: l'assassinat d'Edouard V et du duc d'York. Dès lors, la justice éternelle est mise, si l’on ut dire, en marche, et le châtiment ne saurait tarder. A peine le meurtre des enfants est-il perpétré par Tyrrel, que la révolte gronde de toutes parts, révolte absolument légitime, qui est comme la sanction divine du crime im- “pardonnable. Usurpateur et régicide, Richard III ne peut que périr. La conception du dramaturge demeure, on le «voit, toujours logique et claire.
< Que de données intéressantes on pourrait tirer encore … de la seule conception du rôle de Marguerite d'Anjou, à travers Richard III et les trois parties de Henri VI! … Les transformations que le poète a imposées à ce personnage de premier plan, en regard de la vérité histo- … rique, donneraient lieu à des constatations d’une haute
portée (1).
= (1) On trouvéra les éléments de cette comparaison dans l’ouvrage Ésde Karl Schmidt, Margareta von Anjou, vor und bei Shakespeare (Collection Palaestra, t. IV), Berlin, 1906, in-80.
de Derby.
Examinons maintenant deux des problèmes les saillants que soulève le texte de Richard III. On sa l'histoire de ce texte abonde en énigmes singul demeurées non résolues jusqu'ici, et qu "elle forn
les plus épris de stratfordisme, l'ont reconnu.
Il y a d’abord de grandes différences entre les versions des t in-quarto et celle du folio de 1623, déclare M. I. Gollanez Les principales divergences peuvent être groupées sous rubriques suivantes: 1° Le folio contient environ deux cen î que l’on ne trouve pas dans le quarto, alors que le quarto co! au moins un passage notable qui ne se rencontre pas dans 1 29 II présente des modifications du quarto qui ne peuvent av voulues par Shakespeare; 3° Dans beaucoup de cas il suppr grosses et évidentes fautes de métrique, de même que des i rités imaginaires du quarto; 4° Il introduit un certain nombr changements pour éviter des répétitions du même mot; 5° Il mo souvent certaines locutions et certains emplois de mots, qui 14 devenus évidemment surannés; 6° Il y a, en outre, certains 5 changements de. mots dans le folio, mais la. raison pos se
dans le folio que dans le quarto.
Quel est le meilleur texte? Le même éditeur constate que les critiques sont divisés sur ce point ; les uns défe
(1) Ed. de Richard III. Londres, Dent, 1913. Les éditions in-q sont de 1597, 1602, 1605, 1612, 1622, 1629 et 1634. Il faut noter qi le nom de Shakéspeare ne figure pas dans la « license » prise
S le libraire Wise, en 1597. Sur cette question du texte de Richard
nous renvoyons au tome Ie" de Sous le Masque, p. 265 à 271
ri es qui constitue le plus beau casse-tête chinois que l’on isse rêver. Sir Sidney Lee, fort embarrassé, nous dit, son tour, ceci (p. 124):
Le texte. des anciennes éditions de Richard III a fait refuser à ce ame une justice équitable. Le quarto a suivi une copie manuscrite i a été rigoureusement (severely) abrégée à l’usage du théâtre. Le emier folio adopta une autre version qui, quoique plus complète, et quelques passages essentiels du texte plus ancien. Une combiison des versions du quarto et du folio est nécessaire pour une : complète compréhension de l’effort de Shakespeare. Néanmoins l’édin originale de la pièce fut, en dépit de ses défauts, chaudement ue et, avant que le premier folio fût publié en 1623, il n’y eut pas oins de six rééditions du quarto fautif mises en circulation, leses différaient très peu l’une de l’autre.
Est-il possible d'admettre un seul moment que ShakesbDeéare, acteur et exclusivement homme de théâtre, ne availlant que pour la scène ei pour le profit immédiat, t pu ainsi composer des pièces qui restaient injouables puisque le mot tend à s'imposer — tant qu’elles “n'avaient pas été abrégées et remaniées pour la repréntation ? Cette phrase, de tout point incroyable, pour - peu qu'on y réfléchisse, relative à un texte « rigoureusement abrégé à l’usage du théâtre, c’est-à-dire en vue des exigences de la scène », suffirait, à elle seule, à faire oucher du doigt les incohérences de la tradition stratfordienne. Il me semble impossible que quiconque professe les règles élémentaires du raisonnement puisse admettre … de pareilles assertions. À notre avis, la contradiction est ici absolue. Imagine-t-on Molière modifiant ses pièces pour réussir à les rendre jouables? Le seul énoncé d’une - telle supposition ferait sourire quiconque se pique d’un peu de bon sens.
Il n'est qu’une seule chose que MM. Gollancz, Sidney