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testament.
Or, tout cela s’est accompli, pour ainsi dire sous yeux, il y a trois quarts de siècle à peine. Beaucou parmi nous, ont pu connaître encore l’un des deux acteur. de cette étrange aventure, mort seulement en 1888 fallu la volonté tenace d’un érudit et tout le bruit produit par un conflit judiciaire récent pour amener le public. connaître enfin une vérité qui aurait pu rester encor longtemps cachée. Que la correspondance de Maquet et de Dumas eût été anéantie, et la démonstration devenait dè
cédés semblables. Pour ne parler que du roman, le cas de Walter Scott et celui des sœurs Bronté figurent parmi les plus impressionnants qui soient. Personne n’ignore que le célèbre auteur des Waverley Novels publia une notable partie de ses romans sous un pseudonyme, et qu’il s’obs=
(1) Voyez GUSTAVÉ SIMON, Histoire d’une collaboration. Alexandre Dumas et Auguste Maquet. Documents inédits. Paris, Crès, 1919, ‘in-16. De nombreux articles de journaux et de revues ont, Vers le même moment, et tout récemment encore (juillet 1922), amplement 5 étudié cette question si passionnante: par ex. Le Temps des 21 juin et 8 juillet 1922, etc. — Sans vouloir mettre en parallèle une question aussi importante avec celle d’'Ubu-Roi, il sera peut-être à propos de remarquer que l’auteur véritable de cette pièce singulière, que nombre de critiques saluèrent en son temps comme un chef-d'œuvre, était resté complètement inconnu jusqu'à ces derniers mois. Il paraît bien” établi que Jarry, qui fit jouer et publia la pièce sous son nom, ny fut en réalité pour rien. Voir sur ce piquant problème: Sous le” Masque d'Alfred Jarry (?) Les sources d’ « Ubu-Roi », par Charles Chassé, curieuse et probante brochure, et les nombreux articles dont elle a été l’occasion. — Que d’énigmes du même ordre il serait facile de découvrir dans l’histoire littéraire de notre temps, à commencer par le cas si curieux d’un auteur très lu, tel que « Pierre de Coulevain » !
« On S’arracha nuriey (juillet 1814), qui fut aussitôt raduit dans toutes les langues. Nul ne savait qui l’avait écrit; ce secret fut si parfaitement gardé que, de 1814 à 1826, pendant treize ans, aucune indiscrétion ne le trahit. Ballantyne faisait copier le manuscrit avant de le livrer aux typographes. L’original ne passait sous les yeux d’aucune autre personne. En vain l'Angleterre, l’Europe se demandaient qui donc était ce mystérieux génie dont les chefs-d'œuvre se succédaient d'année en année. .. Mille suppositions s’échafaudaient. Tantôt c'était Rob-Roy où lon voulait voir des mémoires, tantôt Péveril du Pic que … l'on attribuait à un frère de l’auteur de la Dame du lac, … parce qu'il avait habité l’île de Man. Walter Scott lui- — même s’amusait à égarer le public (1). »
Dans la Préface générale de ses œuvres (1829), romancier essaya d'expliquer les raisons de son anony- … mat. À toutes les questions posées sur cette obstination dans l'incognito, il était difficile de donner une réponse …… satisfaisante. Aussi, comme on l’a dit avec raison, n’en at-il donné aucune. « J'ai déjà dit dans l'introduction des … Chroniques de la Canongate que je n’avais guère de meilleures raisons à alléguer que celle de Shylock : « Tel était mon caprice du moment. » Ÿ a-t-il tout simplement un certain appétit « du mystère », lequel caractérise d’ailleurs oudoit caractériser « l’organisation intellectuelle du romancier? ou encore une cerfaine pudeur, pour un …. grave sheriff, à signer des œuvres qui passent pour fri- …— voles? Toujours est-il qu’il n’avoua que très tard, et à la
(1) Walter Scott, par CHARLES SIMOND. (Paris, Louis Michaud), p. 9.
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s’en est épargné les souffrances: Walter Scott a gardé pendant trente
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dernière extrémité, la paternité de ses romans » ({ fait a frappé au plus haut point l'attention de Balzac (2). :
L'histoire du mystère qui environna Ru œuvres des sœurs Brontë et spécialement celles de C lotte, l’auteur de Jeanne Eyre, n’est, certes, pas surprenante. 11 faut lire chez les biographes de cette der nière, par exemple chez M Gaskell, les détails rela tifs au secret littéraire de celle qui devint illustre sou: pseudonyme de Currer Bell. Charlotte n’hésita pas
+ productions marquait simplement les époques res ee
de son développement littéraire (3). » Les trois sœurs avaient tenu secrètes leurs aventures littéraires même à, leur père, et celui-ci ignora longtemps les publications faites par ses filles, tout en habitant avec elles dans un petit presbytère, fort isolé, du nord de l'Angleterre. Ce ne. fut qu'après la seconde édition de Jeanne Eyre que Char-
(1) Walter Scott, par LOUIS MAIGRON. (Paris, La Renaissance du Livre), p. 8.
(2) « Tôt ou tard, l’avenir ou le présent vous savent gré d’avoir souffert en silence. Il est un grand homme, qui, prévoyant sa gloire,
ans Panonymat le plus sévère, il a joué sans amertume de toute sa" renommée. » (Le Lys dans la Vallée, préface de l'édition de 1836, p. XIII). Voyez aussi VICTOR HUGO dans le Conservateur littéraire, éd. Marsan, t. I, p. 66, etc. .
(3) Vie de Charlotte Brontë {Currer Bell), par Mme GASKELL (trad. Mme Ambr. Tardieu). Paris, 1877, p. 157. Voyez aussi p. 141 à 155:
iu otles son père dans son secret. Un jour ce. était rencontré dans lé jardin de la cure avec le tu pportant un Le paquet à l’adresse de Currer Ê x « Currer Sie », dit le vieux ministre, « nous
utile de ue ces faits pour montrer à quel gloire littéraire a été diversement appréciée par
Avrages, souvent considérables, sans se soucier de les publier, ni même de les faire connaître à leur entourage. els d’entre eux ont composé des chefs-d’œuvre, qui ont “négligé tous les moyens de conquérir la réputation à uelle ils pouvaient prétendre. Le cas de Brantôme, ont les œuvres ne parurent que cinquante ans après sa iont, et celui du duc de Saint-Simon, l’un des plus rands écrivains français, sont bien faits pour nous er à réfléchir. Pour peu qu’on examine de près les choses, il est aisé d’apercevoir que l’uniformité d’aspiations, qui semble naturelle en pareille matière, chez es auteurs, n’a jamais été réalisée.
IV. Anonymat et substitution de noms chez les écrivains - de l'aristocratie élisabéthaine. L'utilisation du nom de Shakespeare. Le silence obstiné de l'acteur.
Si donc, il s’est rencontré, à travers les âges, d’incontestables exemples du désir qu'ont éprouvé certains écrivains, et non parmi les moindres, de demeurer cachés, on peut affirmer, sans crainte de heurter les lois
(1) E. DIMNET, Les sœurs Brontë. Paris, 1910, p. 168 et passim.
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