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de la psychologie, que le mystère shakespearien constitue, à aucun degré, une anomalie. I] n’est rien qui, a priori, interdise à un historien d’en admettre l’existence. Au reste, si, au lieu de nous en tenir à la liftéra= ture, nous explorions, à ce point de vue, d'autre domaines de activité humaine, par exemple ceux de l’art, de la politique ou même de la science, il est hors de doute que les cas d’anonymat ou de substitution d’un nom à un autre se multiplieraient singulièrement.
English Poesie, publié en 1589 par l'éditeur Richard Field, et qui est attribué généralement à George Putten- A z ham. Aucun autre témoignage ne saurait l'emporter, en’ | # l'espèce, sur celui de ce remarquable traité, qui conquit … alors une ample réputation. Voici les observations fort = curieuses qu’il nous présente sur les poètes de l’aristocra-” tie élisabéthaine :
De nos jours... les poètes sont autant méprisés que la poésie ellemême, et ce nom est devenu infamant, d'honorable qu'il était, et sujet à mépris et à dérision; il est plutôt un reproche qu’un élogè pour celui qui en use, car, ordinairement, quiconque est amateur de cet art ou prouve qu’il excelle à le pratiquer, on l’appelle par dédain un fou (phantasticall) ; et un homme qui délire ou qui est fou (par réci-. procité), on l’appelle un poète...
Maintenant, en ce qui touche ceux qui font partie de la noblesse ou de la gentry et paraissent très bien doués pour la pratique de maintes sciences louables, et spécialement de la poésie, il est désormais reconnu aujourd’hui qu’ils n’ont pas le courage d'écrire; et s'ils viennent à l'avoir, ils éprouvent alors la plus grande répugnance à laisser connaître leur talent. Cela est si vrai que je connais maints notables « gentlemen », à la Cour, qui ont écrit des ouvrages mérttoires et les ont cependant détruits; ou bien S’ils se sont résignés à les voir publier, ils se sont abstenus d'y mettre leur nom: comme si cela eût été une honte pour un « gentleman » de paraître savant et de se rnontrer lui-même amoureux d’un bel art. A d’autres époques,
S | Lee M illustrer ces piquantes ‘emarques, formulées par le plus compétent des juges! ombien d'auteurs de l’époque élisabéthaine, surtout armirles nobles, ont négligé de publier eux-mêmes leurs suvres, insoucieux de la gloire littéraire, telle que nous la concevons. Presque tous les ouvrages d’un écrivain “aristocratique quasi contemporain de Shakespeare, Sir Philip Sidney, destinés à un si grand retentissement, ne virent le jour qu'après sa mort. Le comte d'Oxford, se proclamé par Meres, en son temps, l’un des meilleurs auteurs de tragédies et de comédies, et que la critique célèbre aujourd'hui comme un poète lyrique de premier ordre, n’a rien imprimé ; il a même laissé sombrer presque toutes ses œuvres (2). Nombre de grands seigneurs du -xvi° Siècle en ont fait autant. Edmond Spenser, d’autre - part, n’a montré aucun souci de ses œuvres dramatiques. …. … L’unique poète de haute valeur qui se place entre Dunbar — et Spenser, Sir Thomas Sackville, plus tard Lord Buck- …… hurst et comte de Dorset, laissa périr les « sonnets doucement assaisonnés » qui l’avaient rendu célèbre. | L'un des plus remarquables poètes anglais du commencement du xvii° siècle, né dix ans après l'acteur
(1) Edit. Arber, pp. 33 et 37: « So as 1 know very many notable Gentlemen in the Court that have written commendably, and sup- -pressed it agayne, or els suffred it to be publisht without their -.owne names to it: as if it were a discredit for a Gentleman to seeme learned and to shew him selfe amorous of any good Art... » Un bon juge a dit de cet auteur qu'il était le premier écrivain anglais qui mm attempted philosophical criticism of Literature or claimed for the ……literary profession a high position in social economy ». La dédicace de —Richsrd Field est adressée à Lord Burghley.
(2) N'oublions pas que le VIe Comte de Derby, qui a composé sûrement des pièces, en aurait fait autant, s’il n’est pas l’auteur du théître shakespearien.
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peare, sont remplis d’énigmes et de mystères, encore no résolus à l’heure actuelle. Sans parler des Sonnets, dont il y a près de quatre-vingts interprétations, on peut citer. Willobie his Avisa, À Lover’s Complaint, The Phoenix and the Turtle (2), etc.
Ce n'est pas ici le lieu de rappeler les nbpes énigmes, ni les aspects controversés, ni toutes les parties demeurées insolubles du problème shakespearien. II suffira, pour donner une idée de leur importance, totale ment méconnue par l’école APR d’ attirer lat.
a trait à la publication des œuvres mêmes du a Croirait-on qu'après tant d’études minutieuses, la ques tion de l’origine des éditions shakespeariennes est encore aussi obscure qu’au premier jour? (3). Comment se firent ces publications; qui les prépara; quel fut le rôle de l’auteur; comment les textes furent-ils choisis et
(1) L’England’s Helicon, dont M. Gosse note « les délicats mystères » et beaucoup d’autres. ;
(2) Ces énigmes shakespeariennes s’expliquent de la manière la plus naturelle par les circonstances de la vie de William Stanley. Le Phénix et la Tourterelle, pièce sur laquelle on a tant écrit, s’applique — je l’ai démontré — à la famille Derby. La sœur illégitime de William Stanley, Ursula Stanley, et son mari, Sir John Salisbury, sont les héros de ce curieux poème allégorique. j
(3) Nous assistons, sur ce point, à des changements à vue perpétuels. On n’imagine pas le « puzzle » que rep ésente la question des Quartos de Shakespeare. L'histoire des textes de Richard III, par exemple, constitue une véritable énigme. Nous en reparlerons.
d que par des hypothèses. Mystère et incertitude t. Les procédés varient constamment suivant les es. On a l'impression très nette de la carence de
ur en tout cela. Les choses se succèdent sans règle i logique. En aucun cas, on n’entrevoit l’action
as, l'auteur ne révèle son intervention. {1 demeure caché … ciinsaisissable. Aucune explication satisfaisante n’a jamais
[1] y a plus encore: il y a cette chose inouïe, prodiieuse, unique en ce temps, que le nom de Shakespeare “est employé par un certain nombre d’éditeurs et d’imprieurs avec une liberté et une désinvolture qui conndent. Toute une série de volumes paraissent sous son: om, qui répandent parmi ses contemporains des pièces des poèmes dans la composition desquelles il n’est our rien, ou du moins dont la paternité lui a toujours été … refusée par les éditeurs et les critiques modernes. On use de la firme William Shakespeare ou W. S., comme d’une rme que personne ne se soucie de défendre ni de revendiquer ouvertement. À coup sûr, le principal intéressé se dérobe; il ne paraît en aucun cas et laisse s’accomplir, Sans jamais protester, ces multiples usurpations de nom. Est-ce que John Lyly, Ben Jonson ou tel autre dramaturge notoire de l’époque se sont vu attribuer avec une