‹ Le secret des plaines d'Abraham [microforme]Chapitre 10 sur 56 · MONSEIGNEUR DE PONTBRIAND · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR DE PONTBRIAND

Bravo, mon fils, voilà qui est parlé en homme généreux. Je vois avec plaisir, qu’ aussitôt après le combat, le mot “ennemi ” n'existe plus pour vous. Vous avez le cœur d’un grand guerrier, général.

DE MonrTcaLM.

Je vous en prie, trève de compliments, Monseigneur, je n'ai exprimé là que l’exacte vérité envers le général Wolfe, comme, d’ailleurs, tout soldat doit traiter son adversaire. . Je ne suis pas de ceux qui ne voient pas le mérite 1à où se trouve le vaincu.

De Sr-Luc.

Et vous avez cent fois raison, marquis: il s’en trouve toujours trop qui sont aveuglés par l’esprit de parti!. . (Changeant de ton et un peu ironique.) Mais, permettez, Messieurs, ceci nous fait oublier la fameuse demande du lieutenant Cuvilliers. Il doit cependant brûler d’impatience de recevoir sa nomination relativement.

Cuviziers. (Souriant.)

Je l'avoue.

Tous. (Riant.) Très bien!.. très'bien!

De MonrcaLs.

Oh!.. pardon, mon ami, nous allions nous écarter un peu trop du sujet, mais, en retour, comme nous vous sommes redevables d’un manque d'attention, nous vous accordons votre réquisition à l'instant sans même insister sur le motif qui vous pousse à vouloir absolument devenir de garde ici cette nuit.

Cuviziers. (Avec joe.)

Ah!.. veuillez croire, mon général, que je vous en suis reconnaissant.

DE Monrcaiu. (Insinuant.)

Ehl!.. fleur de lys! lieutenant, je présume, dans votre secret, que vous avez le désir d'offrir bientôt à votre jeune femme, la douceur d’erabrasser un capitaine? . Voyons. . là! avouez-lel.. avouez-lel.

CuviLLiers.

Oh!.. Je n'oserais jamais espérer un tel honneur, mon général]...

et je vous le dis encore en toute franchise, d'ailleurs, ce n’est pas pour

gagner les épaulettes que j'ai voulu servir de sentinelle pour cette nuit.

DE MoNTcaLm.

Et quand cela serait, votre raison n’en pourrait être que plus louable. Souvenez-vous qu'il n’y a que quelques mois que vous êtes marié, mon ami, et que vous n’étiez alors qu’un simple lieutenant ‘ad referendum ”’; c’est donc vous dire que votre avancement à été rapide depuis votre début comme tel, à notre mémorable victoire de Carillon!. . Pourquoi votre étoile ne se continuerait-elle pas7. .

CUVILLIERS.

Je laisse humblement la divine Providence exécuter son destin, mon général... Sans doute, je suis certain qu'un grade de plus ne déplairait pas du tout à ma vaillante petite épouse,.. (Souriant.) mais, en attendant, je la dédommage un peu... en lui prodiguant mon amour!

Tous. (Riant.)

Ah! Ah! Ah!.. le fat de lieutenant!.

ER Ve

De Sr-Luc.

Sabretache!.. vous êtes donc bien amoureux, jeune homme? CuviLLiers. (Avec orgueil.) J'aime ma femme comme elle le mérite, commandant. DE Sr-Luc. (Vivement.)

Diable!. . si j'avais aimé la mienne de cette manière-là, je crois

qu'elle ne l'aurait pas été beaucoup.

Cuviziers. (Lentement.)

C’est que, voyez-vous, commandant, vous n'avez pas épousé une Canadienne!...

Tous. (Applaudissant.)

Bravo, lieutenant... bravo!

DE MonTcaALm.

C'est ça, Cuvilliers, défendez votre Dame, car, je le sais, vous avez le droit d’en être fier!. . Vous l’aimez beaucoup, c’est bien, et votre bravoure émane, sans doute, de ce chaste amour... D'ailleurs, j'ai toujours eu la ferme conviction que la vaillance— cette vaillance qui. nous porte à effronter un péril si grand qu’il soit— prend sa source, presqu'invariablement, dans le sincère amour, c'est ce qui la fortifie en l’élevant davantage vers les actions nobles, phalanges du Bon, du Beau et du Vrai.

DocTEUR ARNOUX.

Mes félicitations, général. ... Il me fait plaisir de constater, encore une fois, que le cœur de l’homme n’a pas plus de secret pour vous que le défaut d’une cuirasse.

DE MonrTcaLm.

Comme Monseigneur de Pontbriand, vous me flattez beaucoup

trop pour ce que je le mérite, docteur Arnoux; je suis un peu obser-

vateur, rien de plus!..

CuVILLIERS.

Je vous dois tout de même des remerciements, mon général,

pour m'avoir si bien compris. .

De Sr-Luc.

Eh! Ventre-de-Biche!.. moi aussi, je vous ai compris, lieutenant... ..Mais je ne voulais m'empêcher de me le faire croire à moi-

même. Voyez-vous, sous les balles et la mitraille, nous vieillissons vite!

De Moreau.

Allons, allons, Messieurs, je reviens à la charge. . encore une fois descendons!. . Il se fait déjà tard et nous avons plusieurs autres inspections à faire. . ainsi, à votre poste, lieutenant Cuvilliers!

Cuvizuiers. (Saluant.)

A vos ordres, mon général!

De MonrTcaim.

Vous ne craignez pas la froide température de cette nuit, Cuvilliers?

CuviLLiers.

J'ai tout prévu, mon général. . (Montrant la capole et le mousquet qui sont au fond.) J'ai là une capote et un mousquet, pour le cas où cela me scrait nécessaire

De Monrcaw.

Pour sûr, vous êtes de précaution ct vous n’avez pas oublié votre temps de service, lieutenant... .(Tendant la main à Cuvilliers que celui-ci presse cordialement.) Donc, bonne nuit, mon amil!.. (Il sort à droile suivi de sa suite.)

Tous. (Sortant Joyeusement.) Oui, oui.... et beau rêve... disciple de la lune!. CuviLLLIERS.

Riez, riez, Messieurs, je ne donnerais pas ma puit pour toutes vos rations de pain.

MOoNSEIGNEUR DE PONTBRIAND. (Sortant le dernier.) Que Dieu vous bénisse, mon fils...

CuviLiers. (S’inclinant.) Mille remerciements pour votre bon souhait , Monseigneur... SCENE III.

| CuviLier. (seul.)

Enfin, me voici seul, je l’ai obtenu ce poste, mais, diable!.. ça n’a pas été sans peine. (Se frottant les mains de satisfaction.) Allons, maintenant, tout va à merveille, et je pourrai, certes! tout à l'heure

amplement me dédommager du temps perdu. (Allant examiner de droite à gauche.) Bon,. ... comme je le présumais, les camarades sont trop éloignés d'ici pour voir ce qui pourrait. . s'y produire .. J'ai bien choisi ma placel.. (S’avancant sur la scène, d'une manière confidentielle.)Ce n'est pas peu banal... un rendez-vous d'amour sur les remparts d’une citadelle!. . (Riant.) Pouf!.. ça ferait tressaillir d'émotion tous ceux qui se targuent de la bosse de la Poésie, (Changeant de ton et frissonnant.) Brr!.. brr!.. brr!.. décidément, le Général avait raison, la nuit sera froide. (1! va prendre la capote qui est au fond et se la passe.) Ah! voilà qui est bien, par exemple!. (Prenant le mousquet.) Maintenant, faisons les ‘cent pas”!.. (/L se promène en suivan: les muraïlles.) Oh! comme ceci me rappelle des souvenirs chers!.. Voix DANS LE LOINTAIN: (Ton chantant.)

Sentinelles!. . prenez garde à vous! .

D'AUTRES voix: (Se rapprochant.) Sentinelles!.. prenez garde à vous!..

Cuvizziers. (A son tour, se tournant vers la gauche.) Sentinelles!. . prer2z garde à vous! - (Plusieurs voix se répondant dans la coulisse en se perdant peu à peu.)

Cuviziers. (Pensi/.)

Que peut donc faire cette chère Léa?. . voici déjà le premier appel passé et elle n’a pas encore paru!l.. Pourvu qu'aucun malheur ne lui soit arrivé?.. (Changeant de ton.) Allons, pourquoi cette inquiétude?.. Je suis fou, en vérité!.. (S’asseyant au fond, sur le bord du parapel.) Contemplons plutôt cetie belle lune... qui a fortement l'air de rire de moi. . et attendons paisiblement.

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