‹ Le secret des plaines d'Abraham [microforme]Chapitre 51 sur 56 · CLAIRE · texte numérisé non relu

CLAIRE

(Allant ouvrir la porte à C'uvilliers qui vient de frapper :) Entrez... M. Cuvilliers. ... veuillez nous faire cet honneur, avec ce plaisir. ... SCENE II.

“ Les mêmes, plus Cuvilliers.” CüvizLiers. (Entrant et s’inclinant.) Mesdemoiselles. que désirez-vous de votre humble serviteur? . * CLAIRE, Des nouvelles de la bataille, lieutenant .....

YVONNE

Et de...

Cuviiers. ( Tristement.)

Hélas ! Mesdemoiselles, je ne puis vous en fournir aucune relativement, et je suis moi-même dans une grande perplexité sur son issue !.... Le général de Montcalm, croyant faire une faveur, à ma femme et à moi, m'a obligé d’accepter la garde des quelques édifices de Sa Majesté dans la ville, pour toute la durée du combat !.... Ce

bon général, il aurait bien dû se douter que c’est là le plus grand

sacrifice de ma vie, que de rester ainsi inactif, cependant que les

camarades sont à faire le coup de feu pour la défense du pays !..….. CLAIRE,

C’est que le général a compris que vous avez suffisamment fait votre devoir, lieutenant, et que vous et votre digne épouse, vous avez amplement payé, tous deux, votre tribut envers la Nouvelle- France,

CuviLLiers. (Surpris.)

Comment savez-vous ?...

YVONNE

Plus que cela, nous sommes certaines, lieutenant, que vous serez créé bientôt : Capitaine !. Voyez-vous, les nouvelles se rapportent vite par le temps qui court.

CuvirLiers. (Souriant.)

Vous avez, sans doute, reçu la visite du nouveau lieutenant, M. Vergor ?.... ou bien encore. .. celle du sergent Rouvigny ?.... et alors...

YVOxXxE. (Embarrassée.)

Oui... un peu avant le combat... ces messieurs sont venus nous présenter leurs hommages, nous apprenant, en même temps, la noble conduite de Madame Cuvilliers.

Cuvizuiers, (Emu.)

Ah l'oui....cette chère petite femme... elle a bravement agi !....J'allais justement prendre des nouvelles, de la bataille, provenantes (l’elle, lorsque vous m'avez appeler.

YVONXE.

CUviLLiers,.

Au fait !.... vous ne savez pas. Quelques minutes avant le combat, lorsque nous nous sommes séparés du général de Montcalm, j'exprimais alors à celui-ci mon extrême regret de constater qu'il ne voulait pas me laisser avoir l’insigne honneur «de prendre part à cette nouvelle lutte, et surtout, je lui expliquais que je ne pourrais jamais résister ainsi dans la ville, sans aucune nou elle sur le succès :

de la bataille. ... Alors, ma charmante compagne, qui, naturellement, était près de moi à ce moment, entendit ces dernières paroles, et, prévenant mon désir, elle me chuchotta à l'oreille, qu’elle allait se rendre à l'instant sur la plus haute tourellé de la citadelle, munie d’un grand drapeau blanc, au moyen duquel, par un signal convenu, elle pourra me faire savoir le succès ou la défaite de nos armes, et ce, de toutes parties de la ville d’où les murs sont visibles !.... Vous comprenez que je me suis empressé d'accepter cette intelligente proposition, car, évidemment, de son point d'observation, ma gent’.: Voit entièrement voir se qui se passe sur les Plaines d'Abraham. (LS: nant vers le fond.) Voilà donc pourquoi, Mesdemoiselles, je remontais cette rue tout à l'heure, vu qu’à sa source, on doit y apercevoir les remparts à merveille !.

Cuviliers,.

Oh ! non, pas du tout, Mademoiselle. Si notre armée est vainqueur—comme je l’espère—ma femme arbore, simplement, le drapeau blanc, au bout d’une hampe, qu’elle doit tenir jusqu’à ce que j'aille la rejoindre.

YVONNE

Et si, au contraire, nous sommes vaincus, par hasard ?.... Cuviliers. - |

Si, hélas, nous étions vaincus, elle dégarnit d’abord le drapeau blanc de sa hampe, puis, tenant un de ses replis, dans la main gauche, elle devra alors faire des signaux de détresse en l’agitant très lente-

ment, le bras pendant par dessus le parapet du rempart .... voilà tout !....

CLAIRE. (Allant vers la fenêtre, avec joie :) Attendez... j'y pense !.... on voit très bien les murs d'ici... CuviLLiERS, (Suivant Claire, à la fenêtre.) Vraiment ?....

YvVONNE. (Même jeu.) En effet !.... (Quelques instants après avoir regardé :) Oh !....

je la vois bien, moi, Madame Cuvilliers !.... La voyez-vous, vous autres ?.... (Désignant un endroit dans le lointain.) là !.... CuvizLiers. (Après un silence.) Ah ! oui.... parfaitement, c’est bien elle !. ... CLAIRE. (Cherchant.) Mais où donc ?....

Cuvizuiers, (Désignant.) A droite....là!.... Bon!.... voyez-vous maintenant ?.... CLAIRE. (Satisfaite.) Ah ! enfin, ce n’est pas trop tôt.

CuviLuiers. (Souriant.) Oui....la curiosité, commençait à vous agacer.... n'est-ce pas ?....

CLAIRE. (Boudeuse.)

Lieutenant !....

YvoxxE, (Joyeuse.)

Et le drapeau ?.... mais regardez done le drapeau !. Cuviziers. (Qui a jeté un nouveau coup d'œil au-dehors, joyeux, reprenant la scène :)

Il est au bout de la hampe !.... Vive M. de Montcalm !... vive la Nouvelle-France !....et vive ma petite femme !.

CLAIRE ET YvONNE. (Même jeu.) Bravo !.... bravo !.... vive la Nouvelle-France !.... Cuviziers. (Retournant à la fenêtre.)

Ah ! pardonnez, Mesdemoiselles, il faut que j’envoie des baisers à ma charmante, pour la remercier du bonheur qu’elle vient de me procurer encore !.... ({l envoie quelques baisers à l'adresse du dehors,

allons donc !. :.. cela n’est pas possible !. (Mouvement d'anriété de la part d’Y ronne.) CLAIRE, (Même jeu.) : Qu'est-ce done, lieutenant ?....

CuvizLiers. (Continuant, toujours appuyé de côté à la fenêtre; et regardant fizement vers la droite du dehors.) Elle descend le drapeau... elle le dégarnit de sa hampe.

Mais que veut-elle done faire ?...

-... mon Dieu ! mon Dieu !.... (Dans un brusque moment de délire.) Mais, voyons donc, Léa.... perdrais-tu la raison, par hasard ?.... je t’en conjure, laisse donc là ce drapeau. .

-- ne Vois-tü pas, que nous sommes Vainqueurs ?.... (Redevenant maître de lui, maïs regardant

-. je comprends maintenant...

Je vous en supplie, lieutenant, ne pleurez pas ainsi....du épouse peut bien s'être trom-

Cuviuiers, (Même jeu.)

Elle a l'œil trop militaire pour cela !.... (Avec vigueur, se levant debout et se: ‘yant définitivement les yeux.) Ah! que ne puis-je aller rejoindre mon régiment !. Oh ! cette discipline !. ... cette discipline !.... qui me retient dans la Vie: ::..

Par ordre du général lui-

même que vous êtes ainsi onsi né ; il n’a voulu, en agissant de cette q » EN agi

désirant vous conserver à votre Mille. ... à l'avenir du pays, et, .. lui ! qui n’a envisagé que ce qui est votre

bien.

CuviLiers, (Consolé el apaisé.) Hélas... vous avez raison... Mademoiselle. je me rends injuste envers mon bienfaiteur. Je

comprends parfaitement qu’il ne m'a pas donné cet ordre d'inactivité pour me rendre le martyr du devoir, mais, malheureusement, je le suis en ce moment. CLAIRE, (Même jeu.) Vous n’en avez peut-être que plus de mérite, lieutenant. UVILLIERS.

Que cela soit ou non, j'aimerais mieux être à la tête de ma compagnie, chargeant quelques centaines “ d’habits-rouges !..., ” (Bruit au dehors, £e rapprochant, d'un cheval arrivant au galop.)

CLAIRE. (Courant à la fenêtre.)

Qu'est-ce ?....

HeNe avoir regardé quelques instants à la fenêtre, surpris :) Ah ! bah !.... c’est ma femme !.... (Appelant au dehors :) Léa !.... Léa !... (Le bruit du galop cesse.) Ici!.... chérie!....icil.... Entre donc vite !..….

Léa. (Encore au-dehors.)

Ah ! enfin... c’est toi, Eugène ?.... je te cherchais depuis quelques instants... (Changeant de ton.) Le temps d'’attacher mon cheval... . et je suis à toi !.

Cuviiiers. (Revenant en scène, suivi de Claire et Yvonne.) Qu'’allons-nous apprendre ?

MSA

porle ouverte, depuis quelques instants.) Venez, Madame, venez... vous êtes la bienvenue !.... A ce moment, Léa entre, tenant sur son bras gauche, un drapeau blanc, qu’elle dépose, tout en parlant, sur un des meubles de l’apparte-

ment.) SCENE III.

“ Les mêmes, plus Léa.” Cuviiuiers, (Allant vers Léa, anxieux :) Eh bien, mignonne, les nouvelles ?....

Léa. (Tristement.)

Cuviliers.

LÉa.

Hélas, je n’ai plus rien à t’apprendre.

| Cuvizzrers. (Anéanti.) Ainsi, chérie, c’est donc tristement vrai ?....Nous sommes vaincus ?.... Ah! puisse cette première défaite ne pas entraîner la capitulation de Québec, (Après un temps.) Malheureusement,

Oui.

nous Manquions de tout, et ceci ne pauvait qu’arriver d’une journée à l’autre... abandonnés comme nous le sommes, de la mère-patrie ! -... C'était fatal !.... Oh ! quel malheur !.... quel malheur !.... LÉA. (Très grave.) | Hélas... si ce n’était que celui-là !....

CLAIRE, CUVILLIERS ET YVONNE. (Ensemble.) Qu'est-ce donc encore ?....

LéA. (Continuant, même jeu.) Notre vaillant général est blessé !

Cuvizuiers. (Surpris.)

Comment ?.... Lui ?....Cet homme invincible... ‘le héror de Carillon.... blessé ?.... Allons donc! cela n'est pas possihet...

\ Léa.

Cependant, Eugène, cela est !....Le général de Montcalm revient lentement à cheval, tout ensanglanté, soutenu de chaque côté, par un grenadier. On dit qu'il a été deux fois touché dans la mêlée, et qu’en ralliant les tirailleurs pendant la retraite, il a reçu une balle dans les reins !....Cet excellent docteur Arnoux, son intime médecin et ami, le précède dans sa marche, et je n’ai ancun doute que c’est ici même qu’on va amener le malheureux blessé, car cette demeure est à peu près la seule convenable, et puis, étant chez lui, le chirurgien sera aussi plus en mesure de procurer les soins nécessaires. 3

CUVvILLIERS.

En effet !.... (S'adressant à Claire.) À tout hasard, voulezvous, Mademoiselle, aller de suite prévenir Monseigneur de Pontbriand ?.... (A Yvonne,) et Vous, courir immédiatement chercher quelques-unes de nos bonnes sœurs des Ursulines ?.. La vue de l’un et des autres, sera, sans doute, très douce à M. Je marquis. ‘

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