LE CURÉ
Quelques heures auparavant, comme nous le savons, Noëmi avait reçu de Maumenèsche le message emblématique dont l'avait chargé le fils du kebbir. La jeune fille se trouvait alors dans une salle basse dubureau arabe, occupée à préparer ime potion pour son père. Grande fut sa surprise en recevant la petite gerbe de fleurs, et, quand le guide eut dit qu'il la lui remettait de la part d'Etienne, une soudaine rougeur lui monta aux joues.
Maumenèsche l'ayant laissée seule, elle abaissa les yeux sur le bouquet, et, le trouvant assez singulièrement composé, l'idée lui vint qu'il n'était pas une
simple marque de souvenir. Alors, et en rougissant de nouveau, elle sépara chaque branche fleurie du tout de Tongle et se mit à chercher sa signification.
— Cette tige de pavot moucheté qui s'élève audessus des autres, dit-elle à demi voix, annonce que notre secret a étédécouvert.
Ici, elle s'arrêta, pâlit, promena les yeux autour d'elle, puis, anxieuse de connaître la suite du message, elle reprit son examen.
— Cette branche de citronnelle à fleurs jaunes indique les peines du cœur. Cette absinthe signifie absence, et cet héliotrope sauvage, amour sans fin.
Là, elle.. s'arrêta encore. Elle était oppressée, ne comprenant qu'à demi mot;, ou plutôt n'osant plus chercher à comprendre. Cependant elle continua, après quelques secondes de méditation.
— Ce brin de jonc fleuri est l'emblème d'une docilité à toute épreuve. Cette fougère est celui de la discrétion. « Mes beaux jours sont passés, » dit cette colchique. Et cette digitale aux fleurs rouges parle du plaisir qu'on éprouve à rêver aux amis absents.
Les fleurs étaient tombées de ses mains.
— Qu'est-ce que cela signifie, mon Dieu ! murmura-t-elle.
liî: secret du bonheur. 119
Et, repassant dans son esprit les choses énigmatiques dont Etienne venait de lui faire part :
— Il est donc parti! se dit-elle. Pourquoi?... et qui a découvert notre secret? Hélas! il est bien temps pour lui de m'assurer de sa discrétion !
Elle en était là de ses réflexions quand la porte s'ouvrit, et, voys^nt entrer le kebbir, elle se liàta de cacher les fleurs dans son corsage.
Le kebbir, depuis le départ de sonflls, avait été pris d'une sorte de remords en songeant au chagrin que l'absence d'Etienne pouvait causer à NoOmi. Il s'était dit que, sans rien divulguer du mystère qu'il avait surpris, il parviendrait peut-être à rassurer indirectement la jeune fille. Sa conduite lui semblait étrange, mais il ne la pouvait attribuer à une mauvaise intention. Craignant qu'elle n'apprît l'exil d'Etienne par d'autres que lui, et redoutant l'effet de cette nouvelle imprévue sur une âme dont il connaissait la sensibilité, il se hâta de faire seller sa jument, et, au moment où Maumenèsche franchissait le Montararach, se dirigeant vers l'oued Dhamous, le kebbir pénétrait au grand trot dans le village.
— Est-ce que ma présence vous gène, chère
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enfant ? dit-il à la jeune fille en lui serrant les mains et la regardant avec une affectueuse sollicitude.
— Au contraire, fit-elle en lui avançant un siège.
n avait suffi de la vue du kebbir pour la rassurer. Elle se sentait auprès d*un ami, et, persuadée que c'était lui qui avait surpris le secret de son affection, elle voulait apprendre immédiatement s'il la condamnait, et si c'était à ce sujet qu'elle devait attribuer le^ départ d'Etienne.
— Je désirais vous voir, lui dit-elle, et demain, — si vous n'étiez venu ici aujourd'hui — je serais alléeau bordje.
— Avez-vous donc quelque chose à me demander ? dit le kebbir.
— Oui.
— Me voici prêt à vous répondre.
— Eh bien, dit Noëmi, faisant appel à son courage, vous allez me trouver peut-être indiscrète, mais je voudrais apprendre de vous le motif du départ de votre fils.
Le père tressaillit à cette question si peu attendue et demeura quelques secondes à réfléchir.
— Mais..., dit-il, vous avez vraisemblablement
entendu parler du projet de déplacement des Beni- Haoua ?
— Sans doute, dit la jeune fille.
— J'ai envoyé Etienne à Milianah, reprit le kebbir, pour lui faire plaider leur cause auprès de Vautorité.
— Il ne va donc qu'à Milianah ? s'écria Noëmi avec l'accent de la surprise.
Ici le kebbir fronça les sourcils. Puis, comme il lui déplaisait de mentir :
— Etienne ira aussi à Alger, et, de là, peut-être à Paris.
A ces mots, Noëmi perdit contenance. Elle baissa les yeux, et, enfin, dominant son émotion :
— Est-ce qu'il doit demeurer longtemps à Paris ? demanda- t-elle.
— Mais... non. Peut-être quelques mois, dit le kebbir.
Noëmi aussitôt releva la tête.
— Pourquoi donc n'est-il pas venu nous dire adieu ?
Le kebbir tressaillit de nouveau, et, d'un ton paternel, mais un peu sérieux, cette fois, car la question de Noëmr lui inspirait d'étranges doutes:
— S'il ne vous a pas dît adieu, mon enfant, comme ntavez-vous connu son départ?
— Hélas! ne le condamnez pas, monsieur, dit Noëmi... Votre fils... je neTaipas vu... et, ce départ... il me Ta appris en m'envoyant ce bouquet de fleurs.
Son ingénuité, encore plus que sa grâce au moment où, en rougissant, elle tira le bouquet de so» sein, dissipa immédiatement les soupçons du kebbir. Cependant, il se sentait embarrassé. Il était venu au village pour la rassurer, et, peu à peu, en dépit de lui, il se trouvait conduit à lui parler du secret qu'il avait surpris et que, dans sa délicatesse, il avait résolu de taire. Il ne savait comment continuer. Il attendait un mot, un seul, qui lui permît de s'expliquer. La jeune fille le comprit-elle ? De nouveau, elle domina son émotion, et, avec un air doux, craintif:
— Si j'étais sûre que vous daigniez m'écouter !... murmura-t-elle.
— Parlez ! s'écria le kebbir. Je ne suis venu ici que pour votre bien, et, Dieu m'en est témoin! sans connaître la cause de votre conduite, je vous ai toujours excusée dans mon cœur.
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— Je n'attendais pas moins de votre bonté, répondit-elle. Je vois que je n'ai rien à vous apprendre au sujet des sentiments que, votre fils et moi, nous avons conçus l'un pour l'autre, et, s'il a cru devoir vous les confier, je ne puis le blâmer, car, en lui demandant de les tenir secrets, j'avais trop oublié que vous êtes son père.
— Etienne ne m'a rien confié, mon enfant, dit le kebbir. C'est le hasard qui s'est chargé de me révéler vos sentiments.
— Et..., reprit Noëmi avec gêne, ces sentiments... vous les condamnez ?
— Au contraire ! s'écria le kebbir. Et quoique Etienne, tout d'abord, m'ait semblé un peu jeune pour se marier, sa mère m'a fait revenir sur mon opinion. Ni l'un ni l'autre, nous n'avons pu résister au bonheur de vous appeler notre fille,
Noëmi, à ces mots, devint pourpre ; elle serra les mains du kebbir. Celui-ci se sentait les yeux un peu humides :
— C'est alors, reprit-il, qu'Etienne a refusé de m'accompagner ici pour y solliciter l'assentiment de votre père.
— Quel prétexte vous a-t-il donné? demanda Noëmî.
— 11 ne m'en a donné aucun. Il s'est contenté de me dire qu'une telle démarche vous causerait une grande peine.
— Et..., reprit Noëmi, comment vous êtes-vous alors expliqué ma conduite ?
— D'abord, j'ai cru à quelque enfantillage. Ensuite, en y réfléchissant, je me suis dit qu'une personne sensée comme vous n'avait pu obéir qu'à tin motif des plus honorables. Ce motif, je ne le pressentais même pas, et, maintenant, je ne viens pas vous demander de me le confier. Vos secrets sont à vous, mon enfant, et je les respecte. Mais, ayant cru devoir éloigner Etienne...
— A cause des Beni-Haoua? fit Noëmi.
— Oui. Et surtout à cause de vous, répondit le kebbir en souriant. A cause de votre réputation qui m'est aussi précieuse que celle de ma fille. Eh bien, ayant cru devoir éloigner Etienne, j'ai craint que la nouvelle de son départ ne vous affligeât, et je suis venu pour vous dire que son retour dépend de vous seule.
— Hélas ! s'il ne dépendait que de moi ! dit Noëmi.
LE SECRET DU BOiNHEUR. 125
— Votre père, selon vous, s'opposerait donc à ce mariage ?
— Mon père, si je l'en priais, n'y ferait probablement aucune objection, répondit la jeune fille. Mais... tenez, monsieur, s'écria-t-elle, je me suis peut-être trompée dans mes prévisions, et le ciel, en vous envoyant ici, a sans doute voulu se servir de vous pour me tirer de mon erreur. Souffrez que je ne m'explique pas immédiatement. Demeurez à dîner ici. Observez attentivement toutes choses. Retenez la moindre parole qui se prononcera, cherchez à vous rendre compte des actions les plus futiles, et, si la vérité vous apparaît, dites-moi si j'ai eu tort ou raison d'agir comme je l'ai fait. Alors, îl sera temps, pour moi, de ne plus me gouverner que par vos conseils.
Elle se leva en parlant ainsi. Le kebbir se leva également, et, passant son bras sous le sien, il lui dit affectueusement :
— J'accepte la mission que vous me donnez. Maintenant, mon enfant, permettez- moi de vous adresser une question, une seule.
— Laquelle ? dit Noëmi.
— Pourquoi, ne manquant pas de confiance en
im LE SECRET DU BONHElftt.
moi, m'avez-vous fait un mystère de votre affection pour Etienne î
— Ah! parce que..., fit Noëmi.
— Parce que ? reprit le kebbir.
— Eh bien,... dit la jeune fille, cette affection.... le devoir m'ordonnait de la combattre, et... vous connaissant si bon, si humain, j*ai craint que, prenant en pitié les maux que j'endurais, vous n'essayiez de m'en empêcher.
Le kebbir étonné allait demander de nouvelle > explications, quand on entendit un bruit de pas, et le capitaine entra dans la salle.
Il accueillit fraternellement son ancien camarade, et, apprenant qu'il s'était invité à dîner chez lui, il s'empressa de faire venir Ourida, et lui commanda de dresser la table. Quelques instants plus tard, le lieutenant Marcel, serré dans son frac, la mousta* che cirée, les mains gantées et chaussé de bottes vernies, arriva avec le major. Le curé ne tarda pas h se joindre à eux, et, le couvert ayant été mis, le kebbir s'assit à la droite de la jeune fille. Le lieutenant prit place à sa gauche. Les deux autres convives s'attablèrent de chaque côté de M. Thierry.
A peine le dîner fut-il commencé, que le kebbir»
dont rattentioii avait élé excitée par la recommandation de Noêmi, fut frappé de la mauvaise humeur de son hôte. Jusqu'alors, il l'avait vu triste, soucieux, mais bienveillant et résigné. Maintenant, il le trouvait amer, agressif. Nulle chose ne le contentait. Le kebbir attribua d'abord la morosité du capitaine aux accès de fièvre qui l'avaient repris depuis deux jours ; mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle provenait d'une autre cause, et cette cause, à sa grande surprise, n'était autre que la présence du jeune lieutenant.
Ce lieutenant, comme nous le savons, était tout jeune, et il y avait dans ses manières, aussi bien que dans son costume, ime certaine recherche qui sentait l'afféterie. Cela paraissait déplaire à son chef. Ce qui le choquait davantage encore, c'étaient les soins respectueux, mais attentionnés, que l'officier prodiguait à Noëmi. Le père ne le perdait pas de vue une minute, et, relevant inflexiblement chaque parole qui lui échappait, il semblait avoir pris à tâche de mettre sa patience à une rude épreuve.
— Croiriez-vous, dit-il au liebbir en voyant le jeune officier retrousser ses manchettes pour découper un poulet que Noëmi n'avait pu entamer —
le couteau dont elle se servait n*ayant pas le fil — croiriez-TOUs que, dans ce désert, au milieu de ces ouvriers et de ces soldats, un homme, un officier surtout, puisse avoir l'idée de faire trois toilettes par jour ! Et pour plaire à qui, je vous le demande ?
— Mon capitaine, répondit le lieutenant en souriant — il avait Je caractère tolérant, et n'était que trop habitué aux boutades de son supérieur — mon capitaine, je ne cherche à plaire à personne, si ce n'est à vous, et je vois malheureusement que j'y perds mon temps.
— Vous me plaisez beaucoup par votre aptitude, dit le capitaine, mais fort peu, je vous le répète, par vos manières de dandy.
— On ne se refait pas, dit le major.
— On peut se corriger, dit le curé.
Le curé était un brave homme de Périgourdin, qui avait sollicité la faveur d'une paroisse en Afrique, poussé par le besoin de « voir du pays. » Il avait rencontré dans le major un homme selon son goût — le major avait un caractère des plus doux — et tous les deux, ayant peu de chose à faire au village, où il n'y avait pas de malades, et où, quoique Méridionaux pour la plupart, les colons pensaient plus
aux défrichements qu'à la messe, passaient la plus grande partie de leur temps à herboriser. En toute chose, par suite de son respect pour l'autorité, le curé paraissait approuver les façons de voir du capitaine ; mais il avait une sincère amitié pour le lieutenant Marcel, et, s'il se joignait parfois à M. Thierry pour le sermonner, lui absent, il le soutenait, en toute occasion, auprès de son chef. Le lieutenant n'ignorait pas ces bons procédés ; aussi ne relevat-il pas l'observation de Texcellent homme.
— Je vois que vous êtes à peu près installé maintenant, dit le kebbir au capitaine, et je crains bien que, ma femme et moi, nous ne soyons privés prochainement de la société de votre fille.
— Y pensez-vous, bon Dieu ! s'écria M. Thierry. Et Noêmi vous gênerait-elle ?
Le kebbir se récria sur ces mots, et le lieutenant baissa la tète.
— n fallait être fou comme je l'étais, dit le capitaine, pour avoir eu l'idée d'emmener nia fille avec moi. Si je n'avais eu le bonheur de vous rencontrer, et si vous ne m'aviez proposé de la garder auprès de vous, j'aurais été obligé de la renvoyer à Alger ou àMilianah le jour même de mon arrivée dans ce
lieu sauvage. Pensez donc aux inconvénients qui résultent pour une jeune fille de la fréquentation obligée de tant de gens grossiers comme le sont la plupart de ces ouvriers ; sans cc^mpter que la vie des camps est bien peu faite pour une femme. Non, mon cher colonel. Si Noëmi ne vous cause aucun embarras, comme vous le dites, je compte la laisser chez vous jusqu'à ce que, les travaux du village étant terminés, je puisse demander l'autorisation de rentrer en France.
— Comment, en France? dit le kebbir. Mais c'est à votre sollicitation que Vtn vous a envoyé ici.
— Cela est vrai, répondit le capitaine. Mais que voulez-vous ! l'air de ce pays ne me convient pas.
— L'air est très-pur sur cette côte, dit le major. Mais vous travaillez trop, mon capitaine.
— Faut-il pas que je laisse toute la besogne à mon lieutenant !
— Mon cher ami, dit le kebbir, je n'ai pas de conseils à vous donner, et vous trouverez peut-être que je me répète : mais vous êtes souffrant, fatigué, que ne prenez-vous enfin du repos î A votre place, il y aurait longtemps déjà que je ne serais plus au ^(Tvice.
— Je le crois pardieu bien ! fit M. Thierry; vous qui, ayant devant vous le plus magnifique avenir, avez renoncé à votre carrière pour vous faire cultivateur !
A ces mots, le kebbir ne put s'empêcher de rire.
— Non ! non ! dit-il ; vous le savez bien. J'ai quitté le brillant pour le solide, l'alliage pour l'or, mille tourments, sans cesse renaisçants, pour l'existence la plus paisible. Tenez, permettez-moi de vous le dire : depuis six mois que je vous vois presque tous les jours, une conviction s'est faite dans mon esprit.. C'est que, vous qui ne vous trouvez bien nulle part, qui êtes inquiet, irrité, si vous vouliez, malgré vos chagrins, et le temps aidant, vous pourriez être l'un des hommes les plus heureux de la terre.
— Vous êtesun excellent homme, dit le capitaine,
et je vous aime, et je vous respecte; mais je ne suivrai point vos conseils, et cela, par une bonne raison : c'est que nous n'avons pas les mêmes goûts. Chacun cherche ici-bas la satisfaction de ses désirs et de ses passions. Pour le curé, qui ne nous écoute pas, occupé qu'il est à se battre avec ce poulet coriace, le bonheur réside dans le changement. Il était fait pour voyager indéfiniment. Il a manqué sa
vocation, ne s'étant pas fait missionnaiie. Le martyre seul a dû Téloigner du désir de convertir les Chinois et les Japonais, car il est tant soit peu douillet et aime ses aises. Pour le major, la suprême félicité consiste dans l'étude des herbes. C'est une passion innocente et que Ton peut partout contenter ; aussi lui voyez-vous toujours l'air satisfait, excepté, toutefois, pendant la saison: de la sécheresse. Quant à M. Marcel, qui se cure les dents sans nécessité, sans doute pour montrer qu'il les a fort blanches, rien ne lui platt autant que s'attifer et se regarder au miroir. Pour vous, mon cher, le paradis est dans la solitude, dans la contemplation, dans l'étude, dans le soulagement de ceux qui vous entourent. C'est noble, grand, je ne peux que vous envier. Mais, j'en conviens, je ne me sens point fait pour cette poétique existence. Ma profession me plaît ; j'aurais à recommencer la vie, que je la choisirais encore. Je ne regrette qu'une seule chose, c'est de n'avoir pas eu de chances, et de... Mais en voilà assez sur ce sujet, vous m'avez compris.
— Pourquoi, dit le kebbir, nous passant ainsi en revue, n'avéz-vous pas parlé de votre charmante mie ?
— Ma fille ?... dit le capitaine.
El, reportant les yeux sur elle, une subite émotion détendit ses traits.
— Ma fille, reprit-il, elle nous est supérieure à tous, carvous-méme, mon cher, malgré vos vertus, souffrez que je vous le dise, il ne vous déplaît pas de soumettre les gens à vos volontés. Noëmi, au contraire, quand elle le voudrait, ne pourrait s'empêcher de sacrifier ses goûts, ses idées, son repos au bonheur de tous ceux qu'elle aime... Voilà que je la fais rougir : cependant je continuerai... Elle seule nie console de vivre, et, si je devais jamais la quitter, j'aimerais mieux me tuer sur-le-champ, car, sans clic, l'existence me semblerait plus vide que la mon.
Le kebbir tressaillit en entendant ces derniers mois. La vérité lui apparaissait. Il comprenait enfin ce qu'il y avait de sublime désintéressement dans la conduite de la jeune fille. Son père, naïvement cgolfete, comme le sont les gens malheureux, croyait assez faire pour elle en lui rendant ainsi justice. Le pauvre homme ne se doutait pas qu'un autre occupait son cœur avec lui. Noëmi, cependant, se senlaitbien triste. Elle ne disait rien, mais les larmes