L'IDÉE D'ARNOLD
Tel était le secrol odieux qui étoulTait 1»
<|u'e!Ie n'osait livrer h sa mère d'adoplif accuser son pire.
A la suite de sou évanouissement, 1" |)ar Mme Duval dans sa propre cliambr rappelée au sentiment par des soins »' la veuve avait fait nifinder le méde de prendre conseil de l'un et de l'ai
Car, à la veille du départ de léi^itirnes craintes en jtrésenee tuclle.
La menace crime maladie grave suspendue sur la tête de la lillette n affligeait pas seulement son affection pour lenfant; elle Talarmait aussi dans sa position réduite, hélas ! aux plus strictes ressources. Quelles mesures préventives fallait-il prendre, s'il en était encore temps?
Par bonheur, le médecin se montra, lui, beaucoup moins inquiet qu'il n'avait paru au début.
Après un attentif examen de la petite malade, quand il se fut assuré que la température et le pouls étaient normaux, qu'aucun trouble cérébral n'était à redouter immédiatement, il conclut qu'on se trouvait en présence d'une syncope accidentelle due à une surexcitation nerveuse excessive.
En conséquence, écartant tout remède positif, il se borna à prescrire, ainsi qu'il l'avait fait pour Arnold, une hygiène pratique, l'air, l'exercice, le mouvement, la distraction. Lucile se trouvait donc soumise au même régime que le petit garçon. Cela n'allait point, à vrai dire, sans créer un nouveau souci à Mme Duval.
Car, comme les études d'Arnold, celles de Lucile étaient interrompues. Mais le dommage n'était pas grand, vu l'imminence de la fin de l'année scolaire.
Le problème le plus difficile à résoudre tenait tout entier dans le peu de temps que Mme Duval pouvait consacrer aux sorties et aux promenades, et l'absence de M. de Winkelried allait empêcher qu'on recourût à son obligeance pour y suppléer.
Le vieux soldat ne laissait pas d'être embarrassé devant cette difficulté inattendue.
« Parbleu! disait-il, voilà qui tombe fort mal à propos. Si je restais ici, je me ferais une joie d'emmener tous les jours ces enfants en promenade. Mais, à présent, il est un peu
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lard. J'ai traittïavec un hôtel de Sachselii pour loulc [a durée du mois d'aoAl, et je ne puis me dédire.
— N'imporlc, ojoula-t-il, il s'en faut d'une semaine que nous partions. Je vais donc m'employer à distraire un peu celte petite. »
Et, regardant Mme Duval avec une expression singulière, il ajouta :
« Que dites-vous de ce père qui, après avoir ramené sa fille malade, \ous la laisse, sans se mettre autrement en peine de sa santé? »
La veuve ne répondit pas k cette question, et pour cause. Elle ne voulait rien dire de ce « père », n'en ayant rien de bon à dire.
M. de Winkelried tinl sa promesse. Tous les jours qui précédèrent son départ il vint chercher Lucile, pour la conduire, en compagnie d'Arnold, en de longues et profitables excursions. Ce qu'il ne révéla Ji personne, ce fut son intention de soumettre l'enfant à une surveillance attentive.
Un soupçon lui était venu, que corroborait l'obstination de In petite fille à se taire, même devant l'insistance affectueuse de Mme Duval.
Il la connaissait assez pour savoir qu'avant son voyage, Lucile n'eût jamais gardé pareille attitude envers sa mère adoplive.
Pour qu'elle oùt ainsi changé de caractère, il fallait que quelque événement grave se fût produit au cours de ce voyage, que la fillette eût subi quelque fûclieuse influence. Or, quelle pouvait être celle influence, sinon celle de son père, de cet homme dont il se méfiail instinctivement?
Il profilait donc de ces promenades quotidiennes pour tenir l'enfant en observation et tâcher de surprendre son secrel.
iift LE SECRET DU GOUFFRE.
A vrai dire, son soupçon était encore très vague et manquait de fondements. Le vieillard ne pouvait i'étayer d'aucune présomption.
Un incident suffit pour éclairer brusquement sa sagacité et la mettre sur la voie de la certitude.
Un matin, Arnold, qui avait emporté une carte de la Suisse avec une copie du document, s'assit sur un banc, près de la cascade du Bois, et se mit, pour la centième fois au moins, à contrôler Tune par l'autre les deux pièces servant de base à l'induction
Lucile, qui venait de courir h perdre haleine, en compagnie de l'infatigable Bosch, vint, toute haletante, s'asseoir à côté du petit garçon.
Elle se pencha sur son épaule et, les yeux écarquillés par la curiosité, lui demanda :
« Qu'est-ce que tu étudies donc comme ça, Nol? Est-ce que tu veux apprendre celte carte par cœur?
— Peut-être bien, répliqua le garçonnet en riant.
— C'est donc pour ça que tu as fait des marques au crayon rouge, sans doute pour indiquer les endroits où vous devez
aller?
— Oui, c'est pour cela,^ma petite Lulu. Tu peux voir que ces marques tiennent toutes autour du Lac des Qualre- Cantons.
— Que tues heureux de faire un aussi beau voyage, Nol! murmura Lucile avec un soupir. C'est moi qui voudrais bien le faire avec toi !
— Mais, remarqua Arnold, tu viens d'en faire un tout aussi beau. C'est bien joli, dit-on, la Belgique. »
Elle fit une moue dédaigneusement significative, et répliqua, avec une sorte de lassitude :
LIDÉE D'ARNOLD.
« Oh! ce n'est pas la même chose. D'abord, je qu'une ville et, quand on habite Paris, on n'admire i autres villes. Ensuite, même cette ville, je ne l'ai pas vue. J'ai passé presque tout mon temps dans ma c i l'hôtel.
— Comment? se récria Arnold, sans cacher sa restais à Thôtel? Ton père ne te faisait donc pas ^
— Si... quelquefois... mais pas toujours, occupé et n'avait pas l'occasion de m'emmener >
Sans qu'ils s'en aperçussent, M. de Winke leur conversation, était venu se placer dr enfants, à portée d'ouïe, et prêtait une on !
propos qu'ils échangeaient, sans prendre gf étrangère.
« C'est drôle, tout de même, reprit Arr i
t'emmenât point avec lui ! 11 aurait aussi i
séparer de nous.
— Oh! oui, il aurait aussi bien fg
échapper la fillette, avec un accent sf i
Arnold en tressaillit.
Le petit garçon lui-même subit c l\ interroger sa compagne avec solli
« Comme tu dis ça, Lulu? On r as été très malheureuse pendant (
Elle garda un instant le silène M. de Winkelried vit la poitrir lence.
En même temps, d'une \oh i
il arrive lorsque la gorge es répondit :
H Écoule, Xol; tu ne le
même à ma tante. Eh bien! oui, j'ai été bien malheureuse
là-bas.
— Malheureuse? Pourquoi, ma petite Lulu? Est-ce que lu n'étais pas avec ton père?
— Si, j'étais avec papa, et c'est précisément pour ça que j'ai été malheureuse. Papa a lu la lettre que tu m'écrivais, tu sais, celle où tu me parlais du trésor de l'oncle Arnold. Alors, il m'a questionnée là-dessus et j'ai entendu des choses qu'il a dites à deux messieurs.... »
Elle s'arrêta court, comme si elle eût craint tout à coup d'avoir trop parlé. Une expression de terreur se (il jour sur ses traits.
« Quelles choses, Lulu? interrogea le petit garçon subilement intéressé. Quelle espèce de choses?
— Je ne peux pas te le dire, Nol; non, je ne peux pas. Ce serait très mal, parce que, vois-tu, c'est mon papa, et que je ne veux pas.... »
Soudain, les sanglots, longtemps comprimés avec peine, firent explosion et secouèrent la pauvre petite créature. Des mots coupés, des syllabes hachées jaillirent pourtant du milieu de ces spasmes et de ces pleurs. Lucile murmurait avec effort :
« Oh! comme je... vou... je vou... drais... par... tir, m'en al... 1er... avec... vous... bien... loin! »
M. de Winkelried n'eut pas besoin d'en entendre davantage. Ce peu lui suffit. Il eut la rapide, la fulgurante intuition de la vérité.
« Je devine, pensa-t-il. Ce mauvais drôle a eu connaissance de nos projets. 11 a voulu en savoir plus long, faire parler cette enfant.... Canaille, qui n'a pas même reculé devant la candeur de sa propre fille. Mais me voilà sur mes gardes. « Un homme averti en vaut deux », dit le proverbe. »
LIDEE D'ARNOLD.
Et, jugeant qu'il en savait assez pour ce j à tousser bruyamment, alin de signaler sa p:
causeurs.
Instantanément, Lucile refoula son chag yeux avec son mouchoir. Mais des hoquc nuèrent à agiter sa poitrine.
Pour mieux dissimuler son émotion, e du banc et se mit à courir dans l'allée, avec le chien.
L'oncle Arnold feignit de n'avoir rier a son filleul et, lui tapant gaiment sur
« Eh bien, quête racontait donc I vous faire des confidences en secre leurs. »
Le petit garçon n'était pas préps pas, d'ailleurs les mêmes motifs (' répondit donc :
« Oncle Arnold, Lucile m'a ^ choses que je ne comprends pa
11 oubliait totalement que sa c le silence. Le vieillard ne lui 1 venir.
« Et que t'a-t-elle dit, mo heureux que toi pour la com
Arnold répéta mot pour confier. 11 ajouta :
« Elle m'a dit aussi qu avec nous. Mon oncle, es mener?
— Heu!... Evidemm nous serions trois au 1*
\W Lli SECIIET DU G01FI--Rt:.
— C'eslvrai, .Mais ça lui ferait lant déplaisir, el peut-être beaucoup de bien, puisque le docteur lui conseille le grand air. >■
M. de Winkelried hocha la tête. Avait-il prévu cette hypothèse? Il se borna h répliquer :
(i Je vais réfléchir. Nous pourrions... peut-être le faire? Je vais calculer la dépense, et nous déciderons ensuite. »
Il donna le signal du retour k la maison, retour qui s'effectua lestement, car la distance n'est pas grande de la Cascade à Passy.
Chemin faisant, tandis que les enfants couraient en avant avec Bosch, le vieil officier calcula mentalement :
« Trois personnes fi raison de quatre francs par jour, douze francs, ou trois cent soixante francs par mois; trois billets circulaires à cent vingt francs l'un, ci trois cent soixante autres francs, soit sept cent vingt francs. J'en ai douze cents. Reste quatre cent quatre-vingts francs pour les frais d'excursions, de recherches, de guides, d'instruments. Bah! C'est faisable. »
Et, satisfait de n'avoir pas eu à aligner une plus longue addition pour résoudre le problème, il prit un pas allègre.
Arnold et Lucile avaient une bonne avance sur lui, si bien qu'ils avaient atteint le carrefour des lacs, tandis que leur vieux compagnon était encore de trois ou quatre cents mètres en arrière.
Alors se produisit un nouvel incident qui, derechef, alarma le petit garçon.
Comme ils doublaient la pointe inférieure du grand lac, Bosch qui s'était élancé joyeusement k travers les rochers factices du réservoir, jeta soudain une plainte aiguë et revint vers les enfants, la queue entre les jambes, comme une bêle battue.
L'IDKE irAH.NOLI
Une voix glapissante sortait en n allée; un honune en déboucha, branc nant :
« Ah! le sale cabot! Je pense que coup de trique et que lu n'iras plus '■
C'était évidemment là le persor brutalement un terme aux ébats du
II traversa le chemin des enfanta Arnold ne le vit que de dos, mais
Et, à cette vue, la fillette s'arn notisée par l'aspect de l'individu
Tout d'abord, le garçonnet ne de sa compagne. Puis, la " accourut :
« Ou'as-tu donc, Lulu? Qv es vraiment bien singulière ai
Elle ne répondit pas, et A regard fixe qu'ont les yeux d
11 lui prit le bras.
L'oncle Arnold, heureuse stant. Lui aussi s'émut. 11 s à celte sorte d'hallucinati paternelle sollicitude.
L'hallucination, si tanf nom, laissait l'esprit de 1
Elle étendit brusquer quelque cinquante pas frappé Bosch :
« L'homme, articul de la gare, l'homme df
— Quel homme, L
£tlc l'ôpoiidit de sa voix clmngée, toule blanche, sans paraître s'effrayer toutefois :
" L'un des hommes (|ui sonl venus voir papa à l'hôtel de Hruxelles,et aussi au départ du train. C'est le plus petit des deux. »
Le renseignement manquait de précision. Il n'apprenailrien il M. de Winkeln'ed et à son filleul. Le vieillard prit une décision.
" Allons le voir de plus près, cet homme, ina petite Lucile. Tu me diras ensuite ce qu'îlest et ce qu'il le veut. »
Mais Lulu fut prise d'un tremblement. Ses dénis claquèrent. Elle haleta :
« Non, non, n'yallozpas. Il est bien méchant; je 'suis sûre qu'il est 1res méchant. lia battu liosch. Il vous battrait aussi.
— Me battre? Moi? Je serais curieux do voir cela, par exemple! »
Kl avec un éclat de rire tonitruant, la canne sifflant au bout de son poignet, le vigoui'eux vieillard s'élança à la poursuite (lu personnage suspect.
Ce que voyant, Arnold et Lucile le suivirent en courant, alln d'assister à cette émouvante rencontre.
Ils en furent, les uns et les autres, pour leurs frais de mouvement et d'anhélation. La rencontre n'eut pas lieu.
Car, avantqueM.de Winkelried fût arrivé à portée de vue lui permettant de distinguer les traits du promeneur, une voiture automobile le dépassa subitement. Un chauffeur masqué héla l'homme qui, d'un bond, prit place sur le siège, à son côté, et le char de feu fila à la vitesse de quarante à l'heure, dans la direction de l'hippodrome d'AuteutI, laissant derrière lui un sillage de poussière et de puanteur de pétrole.
•' Nous l'avons manqué de bien peu, lit l'ex-officier, en
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revenant essoufflé sur ses pas. Si nous le rencontrons encore, tu me le montreras, Lulu. »
Mais, déjà, Lulu avait eu le temps de méditer. Elle bais tristementla tête et murmura, sans conviction, pour dire q» que chose :
« Oui, monsieur, oui, je vous le montrerai. ».
Le vieillard lui prit le menton, lui releva affectueusen tête et la regarda dans le blanc des yeux, moitié série tié plaisant:
« Ah! ça, petite, qu'est-ce qui te prend? Est-ce veux pas que je sois l'oncle Arnold? Tu m'appr sieur » à présent? »
Elle bégaya, rougissante, embarrassée, repris^ pleurer :
« C'est papa qui m'a dit ça, que je devais vou sieur », que vous êtes l'oncle d'Arnold, de Pi mais pas le mien. »
M. de Winkelried s'engoua violemmer imprécation à moitié jaillie de son gosier répliqua :
a Qu'est-ce qu'il va chercher là, ton commun. Si tu veux me faire plaisir, me dire « oncle »?
— Oh ! oui, je veux bien, moi. Ç dire « Monsieur », et, encore, je r
— Eh bien, voilà qui est conv cjuc cVst moi qui l'ai voulu e sérieusement, s'il veut t'en en^
Cette menace était tout à f^ le moins du monde à en infc Ni elle, ni personne d'ail
du Ranelagh ne pouvait présumer à quelle date on reverrait M. Ainond.
Quand il fut en lête-à-tête avec Mme Duval, le vieil officier lui raconta le double épisode de la promenade.
Puis, après avoir exprimé son opinion sur ces incidents, il lit part du désir manifesté par la fillette, et dont Arnold s'était fait l'écho.
<^ Emmener Lucile avec vous? Mais vous n'y pensez pas, mon oncle? Avez-vous calculé ce que ça va vous coûter?
— J'ai fait ce calcul, ma chère Paule, et je me décide h prendre ce surcroît de dépense. Je n'ai qu'un regret, celui de ne pouvoir vous emmener tous. »
Et, avec un petit rire plein de joyeuses réticences, il ajouta : « Hé ! hé ! Qui sait? Le mois d'août a trente et un jours. Que
diriez-vous si, le 15 ou le 20, je vous écrivais de venir nous
rejoindre avec Pierre et Jeanne?
— Je ne dirais probablement rien, car je ne nie pas les miracles, mon oncle, et vraiment, c'en serait un. »
Elle prononça ces mots d'un accent où l'incrédulité ne se montrait pas aussi tenace qu'elle l'eût été quelques semaines plus tôt.
Dès qu'on sut dans l'entourage la nouvelle décision de M. de VVinkelried, ce fut une explosion de cris, un feu roulant d'apostrophes.
« Oh! oui! Oh! oui! oncle Arnold, clamait Pierre; faitesnous venir en Suisse, nous aussi?
— Ça sera bien plus drôle d'écouter les histoires là-bas! répétait Jeanne en battant des mains et dansant sur la pointe de ses petits pieds. Je serai bien contente d'aller dans les montagnes, de voir des méchants ours.
— Bah ! petite, riposta le vieillard mis en gaîlé, tu ne ver-