‹ Le secret du gouffreChapitre 20 sur 32 · LE € QUATORZIÈME CHARACTER · texte numérisé non relu

LE € QUATORZIÈME CHARACTER

comprendre, il me faut dire quel élait a celte époque Télat de ce pays-ci. Le 2 mars 147G, à Grandson, le 22 juin de la même année, à Morat, les Suisses avaient, par deux fois, mis en déroute le terrible duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. Puis, l'année suivante, le 5 janvier, ils avaient prêté le concours de leurs armes victorieuses à René de Lorraine, et le trop violent Charles avait trouvé devant Nancy une mort sans

gloire.

<c Redoutables à l'Europe, vainqueurs de rAutriche et de la Bourgogne, ils le furent encore de Tltalie, et le 28 décembre 1478, à Giornico, six cents soldats d'Uri, commandés par Troguer et Theilig, et mille Leventins, sous la conduite de leur capitaine Stanga, taillèrent en pièces quinze mille Milanais, leur enlevant chevaux, canons, armes et bagages.

— C'étaient des braves gens, ces Suisses! proféra le petit Arnold, dont les yeux étincelaient d'admiration.

— Oncle Arnold, demanda Lucile, toute lière de montrer ses connaissances historiques, n'est-ce pas à cette bataille que fut pris le fameux diamant le Sancy, qui fut placé sur la couronne des rois de France?

— Non, ma petite, le Sancy, ainsi nommé parce qu'il fut acheté par le sire de Sancy, fut pris à la bataille de Grandson, dans les bagages de Charles le Téméraire, avec plusieurs autres. On raconte même qu'un pâtre, ayant trouvé un diamant gros comme la moitié d'une noix, vendit, pour trois livres, à un prêtre, ce joyau que le pape Jules II paya, plus tard, vingt mille écus. Tu vois qu'à ce moment encore les pauvres Suisses n'étaient pas blasés sur l'opulence. Ils faisaient tenir toute leur richesse dans la possession de pâtures plus ou moins grasses, de troupeaux plus ou moins florissants, et se vantaient d'avoir reçu de l'empereur Charlemagne leurs fameuses

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trompes do guerre : le Taureau d'Uri et la Vache d'Lnterwalden.

« Les peuples voisins, qui redoutaient ces terribles montagnards, qualifiés du titre trop orgueilleux de « Dompteurs de Rois », entreprirent de les vaincre, non par le fer, mais par For. L'or est le plus grand corrupteur des vertus héroïques ei familiales. Ce fut à qui, parmi les potentats de l'Europe, achèterait le secours armé des Suisses. A partir de ce moment, la vénalité entra dans les cantons. On vit les robustes enfants de rHelvétie vendre leur courage et leur sang aux Etats qui les payaient le plus cher.

« Alors un conflit prit naissance entre les populations des villes et celles des campagnes. Celles-ci, moins nombreuses, moins bien partagées dans la répartition du butin, reprochèrent aux cités de former entre elles des ligues d'intérêt privé contraires au premier pacte fondamental de la Confédération. Des reproches, on vint aux injures. On s'accusa mutuellement de concussion et de vol. L'Obwalden, la région où nous sommes en ce moment, poussa à la révolte les paysans de l'Entlebûch, vallée soumise à Lucerne. Un des héros de Moral, l'aubergiste Am-Stalden, fut arrêté, enfermé dans la Wasserthurm, mis a la torture, et malgré le souvenir de ses glorieux exploits, malgré les cicatrices de sa poitrine, finalement décapité.

« De ce coup, les haines furent portées au paroxysme. La guerre civile était mûre, les armes prêtes à briller au soleil. Un suprême effort, néanmoins, réunit à Slanz, au pied de ce mont Slanserhorn, que vous pouvez voir d'ici, les députés des cantons en fermentation. Ils ne purent s'entendre et se séparèrent, les yeux et les cœurs pleins de colère et de désir de

vengeance.

LE . OUATOnZIKMK CHAHACTEH ..

« Ceci se passait le 20 dt^cembre 1 IHl. La Confédéralio perdue, la Suisse allait mourir au lendemain même de s fructueuses victoires, si deux hommes ne s'étaient ren Tun sage et avisé, Am-Grund, curé de Slanz, Tautre de Flûhe, un saint. »

Ici, M. de Winkelried (il une pause, l'ne pairie tien avait fait battre violemment sa poitrine.

« Continuez, oncle Arnold, pressa Lucile, suslèvres ; continuez, c'est si intéressant. »

Le vieil officier d'artillerie étendit le bras large, montra aux deux enfants le vallon fra [)ar la torrentueuse rivière et ceint de tor forêts de noirs sapins.

C'était. là le Ranflde Fluhli, consacré |)?

dont il venait de prononcer le nom. Ausentier qui menait à Sachsein, se dref^ origine de c(* nom. Il reprit :

« En ce tem|>s-là, vivait dans cette ans, un homme que Tâge et la vie éi sans le courber; Nicolas, ou Nikiau avait habité cinquante ans la mais' de* Sachsein. Pour obéir au vœu :

et fondé une famille. Pendant c?

armes au service de la patrie, v< contres, administré et jugé sa cinq tîls et cin(| iîlles, étaient

<« Mais ce père juste, ce c toujours été sollicité par 1 voulait se donner tout cuti lence. Le Kioctobre llt>7 devant sa i*(»inme Dorol'

LE SKCIŒT I)L' GOITFRK.

dans la poussière, supplia sa compajçne et sos enianls, s'ils le jugeaient digne de leur estime, de lui permettre, en signe d'affection, de renoncer désormais au monde pour vivre dans la solitude, sous le regard de Dieu. Tous, en pleurant, le bénirent et lui accordèrent Tobjet de sa demande. Ils raccompagnèrent au chant des cantiques, et ce furent ses propres fils, dit la* tradition, qui construisirent cette chaumière sur les marches de laquelle nous sommes assis. »

Lucile secoua la télé et, avec la belle sincérité dont elle avait toujours fait preuve, risqua une remarque.

« Est-ce que vous trouvez ça bien, oncle Arnold, de quitter comme ca sa femme, tout ce qu'on aime, pour aller vivre tout seul? »

L'oncle se gratta le front. La logique des (< enfants terril)les » a souvent de gênantes franchises. Il répondit néanmoins :

« Voilà bien la question (|ue pouvait nie poser une petite lille étourdie. Sache donc qu'au point de vue de la sagesse mondaine, l'acte de Nicolas de Fliihe pouvait passer, non pour blâmable, certes, mais peut-être pour peu conforme aux devoirs de sa condition. Apprends toutefois que ce que l'on ne peut admettre à l'état de règle générale, on peut le louer même en une circonstance exceptionnelle, surtout quand cette circonstance met en relief la haute vertu d'un homme et lui permet déjouer un grand rôle dans l'histoire.

« N'as-lu pas appris que Hrutus et Manlius Torquatus condamnèrent leurs propres fils à mort pour désobéissance? L'histoire, qui déplore celte cruelle sévérité, nen loue pas moins ces deux Romains d'en avoir donné l'exemple. »

Derechef, Lucile secoua sa jolie tête et répliqua :

«f Oncle, je n'aime pas du tout ce Brulus cl ce Manlius. Ils

LE « yUATOHZIKME C

iHaienl très méchants. Au moins sail-il de mal à personne. Et puis n'est pas à des enfants de juge prendrai peut-être plus tard.

— Revenons au récit, conclu' (pialoiv.e ans rpie Nicolas de 1 i tude, vénéré par ses compatr' les prêtres, les théologiens, I grand clerc lui-même. Mais il le secret des paroles simple Téclat de ses mérites avait couchait sur une planche, a

« Or, voici que le 2 1 décr après une longue oraison, on frappe vivement à la } naît le curé de Stanz, soir lui ouvrant ses bras, le j i

« Frère Xikiaus, ser i

Tennemi des hommes, r sacrée des Cantons, ( Levez-vous, prenez V( veulent se frapper m de s'entre-dévorer, ( doux comme des ai Suisse! »

a Au dehors, la i

Nicolas se lève, p seule robe de bur i

client toute la nu i

Grund court dai Cantons de se r

ifi* T.c si:i:uKT m (iiPtKKKi;.

et 110 loin- îkIi-cssc (nriiii ln-cf tliscoiirs : « Ci-iiigiio/ le Cù>l, (]oiif('drn''s. t*l il vous donnera Ih force. Ne vous immiscez point dans les (|iiereHes des jieuples qui vous enloui'cnt ; n'élargissez pHs li-o|i les barrières de voire propre domaine. Repoussez l'or t'orrupteur qu'on vous offre pour prix de votre san^; gardez-vous de dissensions intestines, et que le Tout- Puissant l'-tendr sur vous sa elémonee. comme il l'a fait jusqu'à eejour. »

« Puis, il franelie U's difTéi-ends, eontirme la première Alliance, y i-e(,*oit quelques Ktats nouveaux, rompt le traité des villes enti'c elles; href, règle si bien les destinées de son peuple. qu4', selon la clu-onique. « en une heure tout fut mis en oi-dre .'. Ht, tandis que toutes les eloeiies sonnaient, des Alpes Itlu'-ti(|ues au .lura, poui' annoncer la grande joie de la réconciliation, fi'ère Niklaus i-eloiu'nait à son ermitage, où il devail vivre six ans eiu'ore. dans la pratique des plus austères i-enoncemenls. -

Tel fut le récit de l'oncle Arnold. Il avait ému les deuv enfants, en leur inspirant une reliffieuse admiration.

L'heure du <iéjeuiiei' élail venue, et l'IiiMel n'était pas loin. I..e vieillard et ses jeunes com[>agn(Mis Orenl bonneui' à son excellente cuisine. Ht, malgré la chaleur (caniculaire, ils prirent, sous le couvert des bois, le eliemiii de Melehtbal.

Ce chemin, tout de |daiii-pied. court eu eorniclie autour di> la base de la chafne de rArnigral, dctniinant, par une pente de (|uatre^vingls inèti-es, la rive gaïudie de la Melcbaa. Plus âpre, plus escai"|ié<'. la rive droite s'élève à pic vers les massifs du Ciraliinatt et sapjiMie aux contreforts du Xiinalpboi'n et du Widdei'feld. dont 1rs larges tètes escaladent les nues. Sur l'une et sni- l'autre, les forêts ilescendent des cimes jusqu'au lorreal qui s'insinue, en mugissanl. sous leurs voûtes obscures. Dans

M.'iim-, w-(ii .!-■ -;i seule mbi' .k-

LK « QUATORZIÈME CHARAC

la noire épaisscMir des sapins, des boule de verts espaces se découvrent, (;à et là.

trant à Tœil charme les pAluratçes peu' bœufs, à peine entourés d'une barrie?

veillés par une humble cabane, dont lourdes pierres contre les furies du fœ les volutes d'une maigre fumée. Tôt zèle pour les touristes, les habitants ont ménagé, autant que possible, < ferrées, avec, tous les deux kilomèf de bois pour les promeneurs, si

niveau, par un beau temps, le vo

Suisse pour un grand parc bic

jardin anglais.

L'oncle et ses deux neveux m

tableau. Ce premier parcours

problème. « L'œil de la Vache >

et c'était sur la rive opposée e Ils atteignirent ainsi Melc

minée en impasse. Comme (

du vieil Arnold se mouillera « Voici donc la terre d

grand frémissement; voie Hélas! Si Melchthal f

bourgade propre, saine

gardé le culte des grai

d'autres traces. (Jiii d<

la petite église, aux m'

rait la survivance de

de spoliation par le

ses neveux, ses val

1G8 I.K SKCUl'T DU UOl KKHK,

mit en Tuile les sicaires du lynin? En i\\uû lieu |»ouiTail-oii relcvci" les marques du saug du ffénéreux vieillard <|ui, les yeux arraeliés par l'ordre de Landenberg, hénif son Ilis el hn ordonna d'aller se jc)i3ulre au baron Waller Fursl, de Schwitz. au landammau SlaulTaeher. d'Allorf, pour préparer avec eux ie soulèvement libérateur?

Winkelried et sesjeuues compagnons pareourureul la jolie vallée et contemplèrent de sa base l'énorme masse rocheus»; du Niinalptiorn. Kt Arnold, désignant de la main le pic superbe, dit à son parrain :

« Je crois, mon oncle, iju'il sera inutile de pousser plus liant nos recherches. C'est, ici (ju'elles doivent commencer. Voilà bien, en elTet, la « ipiatorzièmc lettre » de l'alphabet « sacré >•. à partir de laquelle il nous faut suivre « l'écume bondissante » jusqu'à la << corne droile ", ((ui est le mont IMIate. Malheureusement, du point où nous sommes, il est ini|)ossible d'apercevoir le Pilale. »

Le cas était assez embarrassant. Le vieil oClicier ré|i<nidi(, avec un geste évasif :

<i Mon garçon, nous sommes déjà renseignés sur une première donnée du [iroblème. .Nous savons que, sur la rive gauelie, la Meleliaa n'a pas d'escarpements atleignant les iiauteurs qu'indique le manuscrit.

— Pardon, mon oncle, pardon. Vous oubliez que le poni eouvcri. le Melchaabriicke, que nous avons visité hier, est juste à quatre-vingt-dix-sept mètres au-dessus du torrent. Oice cbitTrc quatre-vingt-dix-sept est |>réeisément celui du manuscrit. »

M. de Winkelried Ut la. grimace. Il ne se souciait pas de tenter, eu compagnie de deux enfants, soit l'escalade de l'elfrayanle pai'oi, soit ht descente dans le gouffi'e. «lescentequi

I.K « yLATOnZIKMK CHAd/ lie poiirniit se fiiirr ()u';i l'îiidr »l(M•ol■lll'^• il n'y riilliiil pas soiif,'<'i'.

II ne iV'pondit rien :i Iji jndiciensi' ■ Miiis foninie il n'élail p;n('i-c pins do h rlail d'un mafruifique a/.ui". il enli'ept et Lneile, le lil tie l'oiiu dans sa eoni

( j' fut une merveilleuse promenât l'on put côtoyer le torrent snr les s

Mais, à ta preniii^i'e eliute. il falf s'rnloneei- dans la l)i-oussailIe épi rites dn roc. au i-isque de rouler f d'éennie. La fiorj^e se transforr rinextrieahle fouillis des arlui ratif,'ne ;»aj);iiail les trois expl heures du soir, ils se retrouvé de lieurls vioh-nls, les niHJiis ou Nicolas de Klulie avait n'avaient rien découvert et icernent.

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