‹ Le secret du gouffreChapitre 21 sur 32 · HORNS ET CORNES · texte numérisé non relu

HORNS ET CORNES

I4O K'iKleiiiaiii, lorcc fui au vieil (illicicr de laisser se re[K>seises jeunes aealyles, Lucile siirloul «fui, moins » enfrainée » ([u'Ai'nuld, avail jfa^'iié à celle eNeursion des eoni-l»alnres et de nombreuses i-slalilades, dues aux épines aeih'ées îles ajoncs el des i-oiu;es,

M. de W'inkelried ju-olila de ce i'é|)it ibreé piMii' examiner deroclief avec Arm.ld le doeumenl hiliii el en diseuler les lormes.

I7i M-; SKCKET 1)1 (iOllTlU:.

ic Voyons! (lisait-il. Procédons avi>r iiuWIkhIo. Tixoiis liicii CI' «|ui est ai"i[uis (ii'-jà. aliii tie [iouvi)ir nous faîri! une liasiiI"o|)ci':iUon. "

Arnold (Icssiiiail forl agréablciiuMit ol, au lycée, aviiil toujours eu le pivniiei" |)ri\ dans celte branche de ses études. Il nvail un ^ont livs vif p<»ui' les cai'les de géognipliie où il excellait. Il proposa donc à son onele de divsser une sorfe de carte, ()ui \i\\\ servir do plan, tui de schéma, à leurs ciilculs.

Le crayon à la main, après avoir tracé. |iar à peu pi'ès, la lo[)ojïra[)hie des lieux, il insci-ivait, sur eluujue [)oint saillant, tel mot ou tc;l nienibre de |>ln'ase du document qui, selon leur (-oiuniuti Jugement, pouvait s'y ap|iliipiei'.

L"oncl<' el le neveu obtinrent de la sorte ntie lij^ure j^éograpliiipie bizarre, el t|ui ne devait avoir de sens (|ue poui" eux.

Le petit gari;on, en etîot, pour plus de piéeision el <!e clarté, et selon i|ue le lalia ou le t'ran<;ais l'oui'nissait une indication plus brève, cai'actérisait les désignations de la carte pniune appro|)riation correspondante du rnanuseril.

.\insi an-dessous dn nom .Melchsee (bir de Melchaai, il traça les mots iinifa nirosa; sous le mont Xiinalphorn, à la fois les mois 'c corne jfanclic^ ■>. et « ipuitoi-zième lettre », le tout l'Utre parentlièses. et, par ce procédé, il parvint à lixer très nelli-nient les divers points de repère enti-e lesquels devaii-nl se poursuivre les reehendies, du pied du Ninialphorn à celui du l'ilate.

Ccrtti' inéthodi! avait pour premier avantage de déb"miter tout de suite li> champ de leui's investigations.

•I Allons! Voilà déjà de la bonne besogne, s'écria l'oncle en se frottant les mains. Nous n'avons guère (|u'une dizaine de kilonièfrcïs à exploi-er.

— C"est égal, mon onde, soii|)ira Arnold, je ne serai cou-

EKIHNS I:T CdRXliS.

Iriit i|ii(; loi'srjiH' je |»oiliTai liessinci" un t

— L'œil de la Viiche'Nlil li- vieux so ri' soi'a la roncluKion. Il ne nous iiiiiiui

Ci' fut à découvrir cri » (i-il » que s' tous leurs elTorU.

Mais comment le découvrir? Depr <|u<' le trésor était enfoui, en suppo

voyjuice ne l'eûl «iéjà de i'in|)aré, on ne pouvait «luelcomjue désignai V <pii en iiiar<piail t'em|»[,'

(^oninicnl, d'ailleui' .. œil ■••!

(ne preniièi-e (rii M. de WinUelried l'L'nlerwalden. Cei-

17i LE SIXRET Dr (iOrFFHK.

mais on ne pouvait chercher a Tœil » de Tlnlerwalden, car ce magnifique canton, s'il possédait d'innombrahles « cornes » en ses pics, ne pouvait avoir d'autres assimilations avec la bête nourricière qui pAture dans ses vertes Alpes. Il fallait donc, de toute nécessité, passer du sens symbolique à une détermination prati(jue, matérielle, et chercher cet « œil de la vache » dans la configuration d'un sommet, d'un coteau, d'une gorge, voire au besoin, d'un simple rocher pris à part dans la masse.

Sur ce point, comme sur tous les autres, l'accord fut complet entre les deux interprètes.

<i 11 faut recommencer nos explorations, mon oncle, fouiller la Melchaa dans toute ses profondeurs.

— Reprendrons-nous à partir de Melchthal?

— Je ne crois pas que ce soit bien utile, puisque nous Tavons déjà fait. Il me semble plus pressant de descendre la rivière du point où nous nous sommes arrêtés, c'est-à-dire du Ranft, en allant vers le Melchaabrùcke. »

Le petit garçon ajouta avec une judicieuse j)erspicacité : « Je crois, mon oncle, (|ue nous ferons bien de ne pas emmener Lulu. Ce sera peut-être dangereux.

— Tu as raison, approuva M. de Winkelried. Elle pourrait nous être une gêne. Kn revandie, nous emmènerons Bosch. »

Il fut décidé (|u'on profiterait de la journée du lendemain, une dame, mère de deux petites filles, ayant invité Lucile, pour ce jour-là, à une promenade aux glaciers de Giswyl et au lac de Lungern.

Donc, à peine la voiture qui emportait les promeneuses eutelle quitté rhùlel qu'Arnold et son parrain, escortés du bondissant Bosch, gravirent le coleau de Flùhli, descendirent dans le val du Ranft et commencèrent l'exploration.

HOHXS ET CORNES

Ils furent arrêtés, dès Tiibord, par h' cours du torrent.

Mais il la tournèrent au moyen de h que rhôlel de Nûnalphorn a jetée su <|ui permet d'accéder aux sentiers ard opposée, par lesquels on monte au v

Là, au lieu de s'élever vers le vilf cendre la pente de « Fécume bondisr

Oui, certes, le petit Arnold avaî redouter même des dangers.

Cette descente, sur un parcourir vrai dire, qu'une succession de r chaa tombe de huit cents met soixante-treize, niveau du lac Elncore faut-il expliquer que, [ se frayer une effrayante route jusqu'à la profondeur de quat?

exactement à l'endroit où le haut du globe », ainsi que gravée à ses extrémités, frar vertigineux, large de vingt- Or, c'était en cette tranc' deux explorateurs, un viei

Ils avaient prévu la di cjuence, des instruments

Chacun d'eux était po* n'eût ni glaces ni neig< crochet et pouvait ser rudes végétations du outre, enroulée auto ceptible de soutenir

176 LE SICCHKT lH' tiOLI-FtlE.

lîH|U('llp on [MMivail se- liissLT II II -dessus des pn'-cipiees jtar Irop verticaux. Dans le inéme dessein, il avail fixé au collier (le Boscii une garnilure également d'acier, permetlant de soulever vivement U bi^le, dans le eas d'un faux pas périlleux.

N'importe! au bout des pi-eniiers ecnl mètres parcourus, les deux alpinistes din-enl souftlei".

Ce n'élail pas tant la fatigue qui les gagnait que eelte faiblesse physiologique, ee tremblement nerveux, parfois incoercible, qui saisit les plus vaillants en face des grandes profondeurs. Ce qui manquait à l'un et à l'anlre, c'étail l'habitude des vues dniites de l'abfme, eetle habitude qui annule les mortelles allraetions du vertige et permet aux montagnards desealatler sur des corniches, larges à i>ein<' d'un pied, tlv^ mui'ailles à pie de deux et troi.s cents mètres de hauteur.

Ils étaient parvenus à une deuxième schludit, beaucoup plus profonde que la première, soit d'une dizaine de toises. Les eaux, avec ini vacarme assourdissant, .s'y ruaient entre une d<tuble muraille hérissée de plantes épineuses. Xnl sentier luse laissait voir sur ee point <'f, à droite comme à gauche, la paroi verticale montait dans le ciel sans oITrir. au-dessus de?ronces, des genêts et des lianes, autre chose qu'une sui-face lisse, dont la crête de droite se perdait à un niveau d'une centaine de mètres.

II était d'autant plus vexant de se trouver arrêté sur cette crête, (pi'an bas de la cascade, la goi-ge s'élargissait en une sorte de lapis de velours, analogue au lîanfl, où les eaux. a|)aisées après un bond de soixante pieds, couraient en

HORNS ET COHNES. 177

soulier ferré, aucune crevasse, aucune racine où le piolet trouvât à s'acci'ocher.

" Oncle Arnold, s'écria l'enfant, dont les poings se sei'raicnt d'impatience, il ne sera pas dit ([ue nous aurons éli^ arriMés, par un obstacle aussi slupide, par celte eau «jui m'a l'air de ressembler au torrent do La Fontaine, et de faire plus de bruit ijue de mal.

— Parblou! mon gars, voilà ce ijue je me répèle depuis cinq bonnes minutes. N'empêche que nous ne savons pas du tout quelle peut être ici la force du courant, et si, en nous v engageant, nous ne courons pas le risque d'être emportés comme un fétu. »

En fait, cette eau mugissante, celle « bondissanle écume ■), selon les termes du manuscrit, n'était ])as rassurante à voir.

'< Attends! dit brusquement le vieillard, nous allons tenter une épreuve qui sera concluante. •>

Il siffla Bosch, et ramassa une pierre sur les rocaille;-.

« Qn'allez-vous faire, mon oncle? cjuestionna le petit garçon, un peu alarmé par ce geste.

— Tu vas voir. »

M. de Winkeh-ied flatta de la inain gauche le poil rude du griffon, et, lui montrant la pierre, il la lan<;a dans la calarat-te, en criant :

" Apporte, Bosch! apporte icîl "

C'était im chien de berger, cet excellent Bosch, mais les chiens de berger sont proches parents des chiens d'ai'rél. Déjà, dans le lac de Sarnen. la bonne bêle avait prouvé qu'elle rivalisait, an besoin, avec les tci-re-neuve et les Iabra<)ors. Sans hésiter, d'une série de sauts magiiiliques à travers les rejaillissemenls et les clameurs de la chute, elle se ru;t, de bloc eti hloc, à la poursuite du caillou, (pi'elle ne ratlrapn

lïi' I.E SECRET Di: GOLKFRE.

«[u'au fond, el il fui \isiblc pour les deux spectateurs, qu'aucun dommage n'clait résulti^ pour elle de celle rapide descenle dans l'eau torrentueuse.

Et, d'en bas, immergé jusqu'à mi-corps dans le lit du torrent, Bosch, ne pouvant revenir par le même chemin, rendu trop glissant par su déclivité humide, se mil à aboyer pitoyablement, suppliant ses amis de le venir rejoindre dans le frais vallon.

Il Voih'i qui est clair, conclut \\ iiilielrrcd, en rianl. Si Bosch n'a pas été entraîné par les rapides, nous qui sommes • [dus lourds que lui. le serons encore moins. Seulement, nous allons nous mouiller les pieds, et peut-^lre autre chose. »

Ce disant, il déroulait la corde d'acier, la faisait passer derrière un bloc de marbre en saillîc, et, tenant les deux bouts entre ses mains, se risquait fi son tour, au milieu des éclaboussures de l'écume, en criant à son iillcul ;

'i Pas plus malin que ça, petit. Tu feras comme moi. Cette chute n'est qu'une bavarde. Je vais l'attendre au dernier palier. »

Le tour d'Ai-nold était venu, mais renfanl n'avait plus peur. Il prit le cilblc d'acier, revêtu de caoutchouc, el se laissa glisser.

L'instant d'aprè.'i, les deux hommes el le chien étaient sortis, passablement trem|iés, de In casealelle, mais rianl de leur aventure, les bipèdes, eu éclats qui faisaient tonner les échos de la gorge, le quatre-pattes en secouant sa queue ruisselante comme un goupillon.

» Kst-ccjoli ici! s'exclama Arnold en contemplant l'obscur vallon tapissé de plantes. A la [)Iace du bon Nicolas, c'est ici (pie je me serais logé.

— Heu ! Iipu I plaisanta l'oacle. excellent pour la méditation:

HORNS ET COHNES

meilleur encore pour les rhumalismes.

Ton y trouve Teau n discrétion, le pain Kl dame! les approvisionnements y c^

I/enlint releva la tt^le vers TefTrava

liait la rivedi'oite du torrent.

<i Oncle, cria4-il, regardez-donc I en saillie. Ne diraîlK^n pas un œil d

— Tu dis vrai, ma loi! Un groi que ce serait là? »

Ils se turent, interrogeant tap de marbre poli. Le vieux soldat r

« Si c'est là, morbleu! impo moins cent mètres de fil à plom

— Pourtant, si c'est là, mo est allé, puisqu'il en parle. Jf comme un sentier.

— Décidément, tu as une raisonnons. Si c>st là « l'œi

Celte objection, bien sim Arnold.

dépendant, il remonta le

« Mon oncle, vous auri H est vrai que, du fond d< ciel, à quarante mélres, gauche. Nous ne pouv< Pilate. Mais si nous élf il me parait certain q montagnes.

— Ilein! Ceci mes pelil. Pour nous en v

litO l.K SECBKT DU liOLFI-nE.

de la falaise, ce ([iii n'est pas du luiil coininode, si j'en ju-^e

par cette doublo paroi rocheuse.

— Oui, conclut, Arnold avec un i-clal de rir'e [)ins sonore que les prtict^tlcnts, nous sommes dans la situation du Bouc «'I du Renard dont |»arle La Fontaine :

Aprf-s qu'abniKlaiumont lous driix t-n l'iiivuf pris, Le n-naiil ilil nu bmic :'■ yiio rci-ons-nons. ciniij>ti-cî Ce iiVs) pas Iniil tli> bnin'. il faut smiir il'iri. >

L'oncle (^taild'au.ssi belle humeur. Il donna la réplique ù sa façon.

," Ln effet, il faut sortir d'ici, et je n'ai pas, comme le boiu". le moyen d'aider le renard. Kn fait de « cornes », il n'y a f]ii»' celles des Alpes qui seraient assez lonj^ues pour nous pennelli-e de nous faire la courte i^cliellc. Et, par niallicui-, elles ne sont pas maniables.

— Eh bien ! mon oncle, le proverbe enseigne qu'il faiil i< faire contre foi'tune bon cœur », Suivons donc la Melchaa. Nous savons que, si profond<>ment qu'elle s'enfonce, elle tinil par sortir des gorges dans la plaine, puis(pi'elle se jette dans le lac de Sarnen. >•'

II n'y avait pas autre chose à faire pi-ésenlenient. Tout |»as en arrière eût élé un vain effort de reti'aile. Les deux compagnons et leur chien conlinui'rent donc à descendre dans les noirceurs du gontîi'e, tantiM ci'Vtoyant l'eau sur des berges faciles, tanti^t obligés de sauter de rnclie en roche dans le chaos des éboulis qui pavaient le fond de la rivière.

Ce fut un |)arcours fort pénible et que rendait plus désagréable encore l'obscurilé ci'oissanle, à mesure que le joui" déclinait à l'occidenl.

Une sorte d'oppression pesait sur les poitrines des deu\ explorateurs et Bosch lui-nième donnait des signes do malaise.

Tons avaient ginanlos, d'o pierre et le li

Ils arrivère rénorme lian

Deux cents (le quatre mè laine.

« Attention Evitons de pr

Pendus aux ils franehirenl nagea hardim<

Arnold et s( loir, en un jail

C'était le tei teau s'abaissa sa geôle sépu mètres, sur de

« VoiUi qui ne pense pas q venons d'accoi pour nous. Mj sorti de ce toni

— Moi non je suis moulu Ions les jours.

Il faut encore i marchons. »

Ce fut par 1 qu'ils regagne!

relrouvèrenl Lucile, ravie de son excursion à Giswyl et Lungern. Mais Arnold n'eut guère Tenvie de fournir une longue conversation. Il i^tait tellement éreinté, que pendant le diner, il faillit se laisser tomber le nez dans Tassiette de crème posée devant lui.

« Avec tout ça, oncle Arnold, murmura-t-il en souhaitant h son parrain un bonsoir coupé de bâillements, nous n'avons pas encore trouvé « l'œil ».

— Bah ! Nous le trouverons demain, ou le jour suivant. Pour le moment, lâche de passer une bonne nuit et de dormir à poings fermés.

— Ce ne sera pas difficile, mon oncle. J'ai tous les rochers de la Melchaa sur les paupières; et c'est le cas de dire que je vais « taper de l'œil ».

Et, sur celte parole, attestant que la gaieté ne perd jamais ses droits dans l'âme d'un écolier de treize ans, Arnold s'alla coucher avec volupté.

Le lendemain, on fut sur pied de très bonne heure.

Tout le monde avait le pressentiment que cette journée serait décisive, ou, du moins, féconde en événements.

On déjeuna donc promptement, et les trois explorateurs, car, ce jour-là, Lucile était de la partie, se mirent en route.

Chemin faisant, la fillette interrogeait avidement son cousin. La veille, ensommeillé comme il l'était, Arnold n'avait fourni que de très vagues réponses. Reposé et valide, à cette heure, il parlait d'abondance.

« Alors, comme ça, Xol, vous êtes descendus dans la rivière, tout au fond ?

— Je te crois, que nous y sommes descendus. Tout ce qu'il y a de plus au fond. Nous sommes passés sous le Melchaabrucke.

HORNS ET CORNKS. Jsr,

— Comme ça devait être amusant! Vous auriez bien pu m'atlendre pour faire celte promenade.

— . Pas si an^usanl que ça, Lulu. Nous en avions assez, Toncle. et moi. Et Bosch aussi, je l'assure. Monter, descendre, toujours, c'est' fatigant, comme dit Jeannette. Et puis, il faisait froid dans ce trou; il faisait noir, sans parler de l'eau qu' vous mouille, et des serpents qui grouillent dans les herbe Tu y serais morte de peur.

# — Oh ! Tu as vu des serpents?

— Je n'en ai pas vu, c'est vrai, mais je les ai devinés. — ^.Ce n'est pas la mOme chose, Nol. Tant qu'on ne '

les^dèviner, ils ne'vous mordent pas. »

. Tout en bavardant de la sorte, on avait atteint les Stuckli; Laissait sur leur gaiiche la petite chapell'

lesJtrois excursionnistes se lancèrent bravement,

sapins, à l'assaut des pentes gazonnées.

Elles sont merveilleuses, ces pentes tapis?

vert et sans cesse irriguées ,i)ar Teau cristallf

Encore, faut-il, pour les gravir, une assez I

afin que le pied ne s'enfonce pas trop dans le A mesure qu'ils s'élevaient, lepanorair

grandiose à leurs yeux. La vue s'étenda

première anse du lac desQualre-Canto

le plateau, Sarnen, Kerns, Kôpgiswyl,

sladL. Le Pilate, h gauche, le massif

gral,' à droite,-Hi>rvaient.de cadre à c

Stanserhorn, apparaissaient les 1"

horn, le coteau du Burgensto

comme un miroir sous le solei^

croyait le toucher, se dres

féerique et sublime.

184 LE SECllET DU GOUFFRE.

Ils inonlèrenl encore ; ils gagnèrent une crêle où quatre cal)anes de bergers s'offraient comme un ^abri toujours ouvert aux touristes. Grisée par le grand air, Lucile, toute rose, les cheveux au vent, n'entendant plus les rappels de loncle Arnold, escalada, en courant, le versant supérieur et, sans y penser, poussa devant elle la barrière d'une pâture.

Et là, se retournant, multipliant les signes, elle cria à son cousin des paroles que lui porta le vent des cimes :

« Viens vite, Nol, viens voir! Oh! les jolis moutons ! Et des agneaux, des agneaux; on les dirait en sucre. » ■ L'imprudente fillette venait d'entrer, à son insu, dans la clôture d'un de ces parcs fermés qui constituent proprement les « alps » dont le nom est resté à toute la chaîne. Dans ce kraàl, il y avait, certes, des moutons et des agneaux, bêtes inoffénsives, en grand nombre. Mais il n'y avait pas qiie des agneaux et des brebis, gardés, d'ailleurs, par des béliers au front, bombé, aux cornes enroulées et puissantes. Il y avait aussi des vaches et des génisses, des veaux, et, parmi eux, quelques taureaux.

Or, en ce moment, précisément, le petit Arnold, montrant du doigt à son oncle les divers points de la chaîne développée sous leurs regards, en dénombrait les pics et les désignait par leurs noms :

« Nûnalphorn, Buochserhorn, Slanserhorn, Rothorn, Malthorn, Tomlishorn. Que de cornes, oncle Arnold, que decornesî

— Ce ne sont pas là les plus dangereuses, mon gars, répliqua le vieillard en riant. Il y en a de plus acér.... >»

Un cri terrible, jailli au-dessus d'eux, coupa la phrase en glaçant le sang dans leurs veines.

Ils se retournèrent vivement. Un effrayant spectacle paralysa quelques secondes leur énergie.

IIORNS ET CORNES.

Là-haut, en deçà de la palissade du d'épouvante, accourait, bondissante, suri consciente des faux pas, des vertiges, de rante ou cinquante pas en arrière, un je^ bavant, Tœil rouge, le naseau fumant, \ valles de sourds mugissements.

L'enfant était perdue; elle fuyait, av voyant pas la crt^te du mur déroches La béte redoutable était sur elle, pr cornes courtes et aiguës, à la piétine

Winkelried et Arnold, sans pron< élancés vers Lucile. Plus agile qu< le devançait sur la pente ardue. I?

apporter celte faiblesse à celte au

Mais l'écolier ne raisonnait pa

fl

vu que le péril de sa cousine, ne criant de toutes ses forces, ess de la bête irritée.

Il n arriverait pas à temps.

Tout à coup la lilletle br les mains en avant. Deux la faille.

Le taureau s'arrêta cour son encolui'c noire, piafTaF

Arnold accourait devai course. La béte meuglf charger.

A son tour, le génért plus assez de place pr « écarleurs » dans les allait ralleindre, le la

188 LE SECRET Dl' OOrFI-nE.

Mais, en ce niomcnl critique, une diversion se |H'c»diiisil : im auxilinii'c inattendu changea la face des i^v<>ncmeiils.

Au lieu de bondir sur Arnold, le taureau poussa une elameur sauvage, presque une plainte. Il se retourna contre un assaillant imprévu. lîoscli venait de lui planter ses eroes aigus dans le jarret.

Car, cetle fois, le brave chien jouait son véritable i-ôlc. l..'iiifaillible instinct, le séculaire atavisme de sa race, venaient de se manifester souverainement. Il ne s'agissait plus de contrefaire les terre-neuve ni les pointers, lî.osch redevenait ce que la nature avait fait de ses ancêtres et de lui-même ; un cliieii de berger authentique.

Aboyant à perdre haleine, il avait deviné le danger eoui't) par les deux enfants, ses amis; il était venu à la rescousse.

Kn un clin d'œil, selon la lactique innée de ses pareils, il avait" tourné » le bœuf et l'avait saisi à la jambe.

Cette morsure avait suffi à rompre l'élan du taureau, bêle vindicative et stupidc. Maintenant, .sa fureur ne voyait plus que le chien et, revenant sur ses pas, l'animal exaspéré lui donnait la chasse en remontant vei's l'enclos.

Arnold, surpris, à bout de souffle, regardait, hébété, ce spectacle. Et, avant (ju'il eiH songé à se mettre à l'abi'i, M. de W'inkelried avait relevé Jeanne évanouie et l'emportait vers les cabanes, en criant au petit garçon de le suivre.

Mais l'écolier n'avait plus la conscience du péi-il, il contemplait, d'un œil fasciné, celte merveilleuse joute de cinpie.

Bosch avait ])ris goilt au jeu. A trois reprises, renouvelant son " mouvement tournant », il avait mordu .son adversaire.

Et maintenant, la brute, affolée, comniençiait à redouter l'insaisissable ennemi qu'elle ne [)ouvail atteindre.

Le chien comprenait évidcnnuent sa propre sui)ériorifé. Il

HOHNS ET COHNES.

siMiUûl <iue le géant cornu avait jUMir. Il r victoire par un de ces coups d'audace don routumiers.

Brusciuenient il s'arréla, s'accula à laissa venir à lui le taureau.

Kt d'une prodifçieuse délente, s'enh niidable, à la façon des grands félins il coilTa la bête frémissante, et se lais Toreille gauche ensanglantée.

Le bœuf mugit d'angoisse, essay sur les poteaux de la clôture. Mai prise et, se glissant sous le venin Irième fois le mordit à la hauteur

Alors ce fut la déroule.

Trouvant la porle du pâlurr un asile parmi ses compagn leurs yeux tranquilles, sans < virent rentrer penaud et d(' d'où |)leuvaient sur le vert sous les dents du chien.

L'alerle avait été chaude journée. Par bonheur, L^ s'élait fait aucun mal dan elle s'efforçait de sourire

« Oncle, je ne savais .le croyais qu'elles élai

— Ilum! répondit ?

émolion, il ne faut pa c'esl un taureau qui *

— Pauvre Lulu, bien cru cpie lu n'e^

I9it LE SECRKT Dl" (;Oi:FFrn;.

— Toutde même lu as élé brave, NoI, puisque lues venu à mon secours. Je ne sais pas t'en remercier.

— Ce n'est pas moi qu'il faut remercier, conclut modestement l'enfflnt, c'est cet hiîroïque Bosch. Tu lui dois, ou plutôt, nous lui devons, tous, une fameuse chandelle. »

Lucile noua ses bras au cou du chien et lui prodigua ses plus chaleureuses caresses.

<< Allons, fit M. de Winliclried, descendons jusqu'à Flûlili. Nous lâcherons de nous y réconforter en buvant quelque chose de chaud. Lulu surtout en a besoin, apr('s la terrible secousse qu'elle vlenlde subir. »

Malgré les dénégations de la fillette, le vieil offfcier la prit sur sqn épaule herculéenne et se mit à dévaler vers l'hAtel de Nunalpborn. Il n'avait pas fait dix pas qu'un ori d'Arnold l'arrêta.

■• yu'y a-t-il encore, demanda-l-il ému. Kst-ce le taureau qui revient sur nous?

— Non, mon oncle, fil gaiement l'écolier, il ne doit plus en avoir l'envie. Il doit se li'ouver mieux chez lui.

— En ce cas, pourquoi donc as-tu crié comme tu viens de le faire?

— Pour attirer voire altenlion,mon oncle. Regardez là-bas, sous l'église de Sancl Niklaus... notre rocher d'hier. »

Kl comme le vieillard paraissait ne pas saisir sa [>enséc, il ajouta :

" Mais oui, vous savez bien, le rocher que nous regardions d'en bas, au fond de la schhichl ; l'u-il de la vache? »

Sa main lendue indicpiait à ses compagnons, un peu audessous el à gauche du sanctuaire, le sommet de la falaise dominant le lit de In Melchaa. Vue du point où ils se trouvaienl. la roche dessinait, avec une slupélianlc exactitude, le mufle

HOnNS ET CORNES, (rurio Viirlic f,'iganlosqup émergeanl du milieu d dVmcraude. Mt^me front obtus ci t^lii, moines n.tf ment évasés. Elsuf la droite de cette l^te fantaslir par la nature, un bloc apparaissait, tourné vers ' (■liant, simulant assez bien un gros œil à la prui Il n'y avait pas h s'y tromper.

" Palsambleu! petit garnement, s'écria le vi siasiTié, il est écrit que tu feras toutes les Iroi

Ils (ixèrent d'un Irait de crayon, la place carie dressée par NoI, et reprirent leur des^

-M. d*i Winkriried ol S' Saclisoln, le copui'on joi< veau, bien aulroment re< dV^cliapper, se levait nie

Car, lanilis i|ue se StiH'kli les dranialiijnf vie à Lnrile ol ;i Aniol (rois voynf^i'urs fort p

Mainlenanllesliôlc coin mon sa n\, étaiei m'sfcs et des causer

lut I.K stxHET Di: i;oi;ffiie.

roi'l'iilc, cil riiiiil valoiiliers de la naïvoté du vieux soldai, des

riiroiilîirs très vaptues sur le mystérieux « trésor ».

Il devait élrefou. ce Français l'écenl, ce Suisse déraciné, pour croire aussi l'aeilenient à ces « contes de ma mère l'Oie >>. comme on dil en l'rance.

Mais on ne ri;nt pas devant le vieil homme, toujours aiinalde, dont l'urdinaire sens commun faisait dire aux plus indulgents :

» T»>ut de même, ce que c'est que de nous î Qui croirait, à causer avec lui, (ju'il porte une telle araignée dans sou plafond? '■

Car. en Suisse, de même qu'en bien d'autres pays d'Europe, ou se pique de parler l'argot de Paris eOiuine un Parisieu.

Ces propos dés<ibligeanls n'avaient pas encore échauffé les oreilles de M. de \\'inkelried, el, d'ailleurs, les ertl-il connus que. selon toule apparence, il se fût contenté d'en rire le premier, en attendant d'en rire le dernier, ainsi que le veut l'adage.

Mais ils étaient tombés, en revanche, dans d'autres oreilles qui en avaient fait leur ju'util.

Depuis six jours, en eiTet, lo Kiirham GoIdU (\e Sarnen avait re(;u trois hôtes nouveaux.

Ils étaient Français également et, qui plus est. Parisiens. Kn vérité, ni au pliysique, ni au moral, ils ne faisaient honneur à la capitale, tant leurs dehors cauteleux, leurs allures louches, leui's mines [)eu engageantes inspiraient de la métiance.

L'un des trois hommes se nommait Rascal; un autre s'ap- [)elait Frison. Le troisième n'était autre (jue M. Fdgar Amond, le |)ropre père de Lucile, qui, à le revoir en compagnie de ses acolytes suspects, crtt été ressaisie de ses précédentes terreurs.

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