‹ Le secret du gouffreChapitre 24 sur 32 · I.K SECHET 1)1 GOIFFUL · texte numérisé non relu

I.K SECHET 1)1 GOIFFUL

TaîWo cl(» cc^s paysims (ju'il cntoiulciiU à cjnohjiio Irois cenls pas plus loin, sNnterpell(M' gaicmenl en entassant leurs piles i\r bois résineux. La réîlexion Ten détourna, et aussi eelte petite vanité de erAnerie qui pousse souvent ti la témérité les hommes le plus naturellement, le plus tranquillement eourageux.

« Allons! lit-il, plusde pour()arlersavec la peur et le vertij^e. Prenons le taureau, non, la vache par les cornes. »

Kt, avant de descendre dans le f^ouffre, il eut un coup d'uM'l pour l'incomparable paysage étalé sous ses yeux.

Devant lui, par Téchancrure du ravin de la Melchaa, le [)Iateau se découvrait comme un tapis de velours, borné au nord |)ar la nappe luisante du lac des Ouatre-Cantons et le pied du Stanserhorn. Du milieu de cette plaine verte surgissaient, tels des joyaux, les toits de Kerns, d'Alpnach, de Slanz, les clochers blancs de Sarnen, la station dWlpnachstadl dominée par rénorme Pilate ; derrière: c'était le clocher de Sancl-Niklaus, avec son horloge, se détachant de la muraille du Gralhiiatt, noire de sapins; à gauche, les pentes du Sluckli, avec les cabanes de bergers où lîosch avait sauvé Lucile des atteintes du taureau; au-dessous, le Banft d'émeraude, la chapelle et rermilage de Nicolas de T'inhe, les jardins riants de riiôtel Xunal|)horn, et, à mi-cole, la nn'nuscule église de Kluhli.

Le vieux soldat éleva, vers le ciel bleu, ses veux et son

cœur pleins d'une religieuse admiration.

a Allons, murmura-t-il encore, allons conquérir le <( lait brillant » de la vache, le mêlai éclatant, que l'on traite habituellement de ^< vil », et qui, seul, en notre temjKS, permet à l'honinu* d'acquérir assc^z d'indé|>endance pour jouir d'aussi merveilleux tableaux. »

Derechef, il se pencha vers la paroi verticale et la mesura du regard.

« Les douze eriiinpoiis siiHironl, ('(mh-Ii Alors, il eheirhii la place où il pourrail pi ees crampons.

Le rocher oii il se Irouvail (Hait criiii ca H ne fallait pas trop se fier à sa résista déférés de fer. Winkelried, à le const véritable déception.

Mais, si la roche était molle, elle nV' entamer au pic, et le sentier qui sV ei être aisément élarjjfi et aplani. Kn racines de souches rompues s'y in

Ce fut au cœur de Tune de ces > enfonça son premier crampon.

A sa grande joie, les pointes r ment dans le hois et nulle secor arracher. Klles v tinrent aussi • d'un fauve dans Talvéole de sa le tronc d'un chêne.

Alors Toflicier déroula la c Hosch, s'attacha lui-même so avait porté et fixa Tune et 1* premier crampon de la mur

Ceci lui permit d'enplanl Ires plus bas, dans une de y passant, comme dans rampes mobiles cjue To clochers.

Tn mètre encore, et mur etTrayant.

A mesure qu'il de consolidait sa base d

•lia i.t: sixntiT du <;olkfre.

béant, il se servait du piolet comme d'un ]iic et d'une~peilo, et creusait des degr<>s forinant marches, <|ui cliangeaionl progressivement le redonlablo sentier en escalier. Ce labeur de titan, accompli sous un soleil d'août, le mettait en sueur, mais ne le rebutait point. A chaque pas gagné, il se l'approchait du but et se réliciiait d'avoir |)u mener à bien la pénible besogne.

Au-dessus de sa tête, le pauvre Uosch dormait les signes d'une terreur croissante.

Il Jie comprenait l'ien à ce travail de son vieux maître, «[u'il n'osait suivre sur la terrible pente. C'était, assui'énient, la première fois f|ue l'excellente béte reculait devant le danger. Mais l'instinct de la conservalioii était le plus fort, et les ehicns n'ont jamais [lossédé les ongles rétractilesi|ivi permettent aux chats de se rire dn vertige.

Se sentant inutile, presque nuisible à son maftre, Boseli exprimait donc son angoisse [tar de sourds gémissenienls, auxquels l'organe de M. de AA'inkelried, moiitant'du précipice, s'efforçait vainement d'imposer silence.

Cependant, l'ex-capitaine d'artillerie constatait, à son vif déplaisir, que vingt ans de plus on de moins créent une notal)le dilTéi'encc dans les moyens physiques que la nature a dépai-,tis à riiomnie. Il s'en fallait qu'il eftt encore le souffle de sa quarantième année, et il était contraint de s'avouer cpie l'escalade du l'oeher de la baie d'.\long hn avait par» beaucoup moins fatigante que celle descente tin rocher de Sanct- -Niklaus. N'imporle! Si ses memlires étaient moins souples, alourdis et raidis par le poids des années, sa volonté n'avait |)oint fléchi et son couiage restait le même. Il poursuivit donc son îlpre tAehe.

Celui-là peut comprendre ce que fut celle tâche, qui a eu. paifois en sa vie. l'occasion de dégringolei" d'une cime ardue

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par des chemins que les seuls gymnastes affrontent sans éblouissemenls. L'oncle Arnold, en cette circonstance, put se louer des exercices d'entraînement auxquels, dans la compagnie de son neveu, il s'était livré, deux mois durant, en son jardin d'Auteuil.

Cette fois, il ne s'agissait plus de simulacres. La réalité mortelle eût épouvanté tout aulre que lui.

A certains moments, le sol de rocailles se dérobait sous son pied, et il glissait sur la pente attirante. 11 pouvait se louer d avoir fait choix d'un câble d'acier et d'une corde de chanvre h toute épreuve, car il leur dut son salut. Cela n'alla pas sans mâchures et égratignures de son épiderme, mais, s'il ne put se préserver des chocs et des contusions, du moins échappa-t-il à la chute, prescpie fatale sans le secours de ce double soutien.

Enlin, au bout de deux heures d'un travail acharné, le vieux soldat eut la consolation de poser son pied sur une corniche large de trois à quatre mètres, dans laquelle il reconnut la saillie qui, à distance, figurait « l'œil de la vache ».

Arrivé là, il respira. Le filin d'acier était tendu dans toute la longueur de la pente hélicoïdale et fournissait, avec les crampons, un point d'appui sérieux, une rampe dont la main courante épousait les détours de l'effrayant escalier, les anfracluosités de la roche. Tout à l'heure, quand il remonterait, il prendrait moins de peine qu'il n'en avait pris à descendre.

Du haut de ce terrifiant balcon, il contempla de nouveau le paysage.

Le panorama était singulièrement rétréci. On ne voyait plus (ju'une moitié du Hanft, le reste était masfjué par l'angle sortant du rocher. On apercevait encore les environs de Kerns, d'Alpnach et d(* Stanz, dominés parla masse du Pilate. Mais

•m I.I-; si;r.iu:T nn c.oi ii-ui;.

S;in)('n (.'I son hir fiv.iicnl ilisjiiii'ii sous un |ili <lii terrain on

i-eboi-(l. rouroiitii'' d'un Iposijui-I toulTu.

" Misôricordo! s'cxcUinci \\'iiikeli-inl, sans pi'cndre g;u-(l<' iju'il parlait tout luiul. foiunK-nl cv. IMiilippus à Magno Campo s'y osl-il pris pour raclifi- ici ses doublons ol sos pierres pivoicuses? Il aurait dû cciil fois si! roni[tn' Ii' cou,

— Roin))ri^ le cou. " rcpcla disliuclcincnl nn<^ voix claire, i)ui sortait du fî^'iif^'"''-

Le vieillard s'inlorrotnpil, absoluiucul sluiiélait. An ristjiif de se livrer derecliel' aux allraclions du vcctific, il se pencha sur la faill<> ri>;ourcusejneiil verticale cl. sans iKÙsser le loii, demanda on lUie cxclanialion :

I. Parbleu! ([ui <'st-ee ijui me doinic ainsi la irplique? quel est le mauvais farceur?

— Mauvais farceur. •< répéta l'organe nellement ironiqu*-. .\loi".s l'oncle Arnold se redressa ef éclala de rire.

i< L'écho! munnui"i-l-il. Je n'y pensais pas. Kl celui-ci est de belle venue. Il parle diwtinclement le fran^-ais. ->

Il s'iiiterrompil, éuu'rveillé. Son rire de iiaj^uère résonnai! encore, répercuté [)ar toutes les parois, loules les arêtes du formidable cntonnoii*.

Et l'on eill dit ijm; des léirîons de l'ienrs s"élaient donné rendez-vous en ce lieu.

.1 Fichtre! gi'oiinnela le; vieillard, il ne faudrait pas coniîcr

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