LE GOUFFRE. 22Ô
Tout près de lui, à son oreille, une rumeur glissa, dolente, apeurée. Un souffle, à peine distinct, prononça :
« Pas de trésor.
— Ah! pour le coup, c'est trop fort! gronda le vieux capitaine. Nous allons bien voir. »
Et se retournant vers le pan de mur en retrait qui surplombait la corniche, il le sonda du regard.
Une lézarde y courait, traçant une ligne onduleuse et bizarre, analogue au tracé d'une porcelaine recousue, ou bien encore de ces fêlures capricieuses qui s'enroulent progressivement autour d'un verre de lampe surchaufTé.
D'un coup sec, M. de Winkelried planta la pointe de son piolet dans la fissure, qui sonna creux.
<( Ho! ho! fit-il, plein d'une intense émotion. L'écho a menti. H y a quelque chose là. »
Oui, l'écho avait menti, et la preuve en était que, confus sans doute de son imposture, il n'osait tourner Tangle de pierre, se contentant d'intimider les grimpeurs de rochers de l'autre côté de cet angle.
Aucune moquerie, en effet, ne vint troubler l'oncle Arnold, cette fois, en sa recherche.
La dent de fer mordit une seconde fois la muraille. Le piocheur imprima une vigoureuse pesée, et, comme il retirait à lui l'instrument trop profondément enfoncé, il vit, à sa joyeuse surprise, qu'il ramenait, en même temps, tout un bloc. Et, derrière le bloc, lentement retourné, une excavation se laissait voir, dont les rayons du couchant doraient l'entrée.
Le vieillard demeura quelques secondes en contemplation devant cet orifice. Son cœur battait avec violence.
Cette découverte lui prouvait que ses calculs et ceux de son neveu avaient été exacts. Il était bel et bien en présence de la
cachette du trésor. La question ne serait résolue que par une investigation nouvelle, par une exploration de la caverne ellemême. Il voulut la tenter sur-le-champ.
Par malheur, Tentrée de cette grotte, naturelle ou artificielle, n'était pas facile-
Elle se présentait sous la figure d'un entonnoir, donnant jour à un couloir obscur, dont il était impossible de mesurer la longueur ni de présumer la profondeur.
Elle n'avait pas plus d'un mètre en hauteur comme en largeur. Pour y pénétrer, il fallait ramper sur les mains et les genoux.
M. de Winkelried en fit l'essai. A grand'peine, il se glissa dans l'étroil pertuis. La constatation qu'il se trouvait sur un plan incliné aboutissant peut-être à un second gouffre, intérieur et souterrain, cette fois, la menaçante perspective de quelque affreuse chute ténébreuse dans les entrailles mêmes du rocher, le firent rétrograder vers la lumière.
Revenu vers la plate-forme en saillie, il se sentit en proie à d'angoissantes perplexités.
Qu'allait-il faire? A quel moyen recourir pour se renseigner? Devait-il s'engager à tout prix dans ce goulot sinistre, au riscjue d'y laisser sa vie, ou bien faudrait-il qu'il remontât la pente vers Sanct-Nicklaus et, parvenu à ce point de sa tentative, si proche du succès définitif, qu'il revînt bredouille à Sachseln, ignorant même si cet antre noir contenait autre chose que des pierres et de la nuit?
Il ne put supporter la pensée d'une telle déconvenue et se résolut à faire sur l'heure Tépreuvc qui dissiperait ses doutes.
Elle était périlleuse au premier chef, cette épreuve. A peine rentré dans l'étroit conduit, l'oncle Arnold, dont la corpulence robuste bouchait prescpie toute la largeur de l'orifice, s'aperçut