‹ Le secret du gouffreChapitre 5 sur 32 · LE PÈRE ET · texte numérisé non relu

LE PÈRE ET

« Il ferait beau voir que ce p tout cas, ma folie n'a rien de W pour quiconque. On n'en pour nelles entreprises. Savez-vous son compte?

— Qu'avez-vous donc ap ouvrant des yeux un peu efîn

— Je vais vous le dire. 11 rendre en Afrique pour le c( découvertes et inventions nout ce titre philanthropique e association de malfaiteur toute tentative accomplie Targent nécessaire pour

ou l'exploitation de lei informés m'ont assuré cinq parties du monde Taffùt de ces sortes d leur tour des bande?

organisées autour r grandes compagnie?

de la Californie, du

— Vous êtes s Mme Duval, pleine

— Aussi sûr q Car, vous le pei monde-là. »

Et il termina gente.

« Nous ver France par la

Paule Duval détourna la conversalion, en essayant de la reporter sur la marotte du vieil homme, le fameux « trésor ».

Mais les enfants rentraient au salon. L'heure du diner avait sonné.

Quand il fut achevé, Toncle Arnold, très ponctuel en ses habitudes, prit congé de son entourage.

Dix heures sonnaient à une horloge voisine du boulevard Beauséjour lorsque le vieil homme quitta la rue du Ranelagh pour descendre vers Autcuil, où il habitait, dans la rue La Fontaine, un petit rez-de-chaussée de six cents francs de loyer.

Il y avait plus de dix ans qu'il avait choisi ce logis dans ce quartier lointain, alors plein de jardins, aujourd'hui sans cesse transformé et dénaturé, dégradé, pourrait-on dire, par l'invasion des vastes maisons à six étages.

Il l'avait choisi d abord à cause de la tranquillité du séjour, rarement troublée par le bruit des voitures, à cause de son éloignement même du centre de l'immense ville, ensuite, parce que le logis dépendait d'une construction fort ancienne qui avait bien pu être la villa de plaisance d'un contemporain de La Tour d'Auvergne, sinon de Boileau lui-même. Telle quelle, cette chartreuse à l'italienne, sise au milieu d'un magnifique jardin, qui avait été jadis un parc, avait fort grand air en dépit de sa vétusté.

Avec son portique à colonnes de pierre, ses perrons larges, ses escaliers majestueux, sa terrasse dominant le cours de la Seine, dont un hideux édifice moderne lui dérobait présentement la vue, la vieille demeure ressemblait à celles que l'on admire sous le rutilant soleil des campagnes de l'Arno, aux bastides lumineuses, aux mas clairs et blancs de la Provence. Elle faisait songer de quelque temple antique transporté et res-

taure pierre à pierresous le ciel maussade des régions du Nord.

A dire le vrai, elle ne possédait tout son charme que pendant la belle saison.

Le printemps y attirait tout ce que le voisinage gardait encore de volatiles de tout genre, et les grands arbres du parc morcelé abritaient des nids qui n'étaient pas fécondés seulement par les moineaux.

Là, venaient des pinsons échappés du Bois de Boulogne. On y avait vu des fauvettes, on y avait entendu même un rossignol, on y entendait encore le sifflement des merles, Toiseau qui, après le pierrot, s'accommode le plus volontiers du voisinage de Thomme. Et les moulures des corniches recelaient d'innombrables nids d'hirondelles.

Celte population animale durait autant que les beaux jours, c'est-à-dire du commencement d'avril à la fin d'octobre, et comme, par bonheur, l'espace enfermé entre les hautes maisons de rapport contenait de vastes jardins, on y vivait à peu près rassuré contre l'éventualité d'un nouveau morcellement.

Voilà pourquoi Toncle Arnold avait fait élection de cette solitude privilégiée. L'appartement qu'il occupait se composait de trois pièces spacieuses et d'une cuisine, le tout sur caves, ce qui en atténuait l'humidité. Un perron de quatre marches permettait de sortir, soit du salon, soit de la cuisine, pour descendre dans le jardin, au centre duquel la maison se dressait telle qu'un îlot de pierre.

Et, ce jardin, c'était toute la joie du vieillard.

L'oncle Arnold, Arnold de Winkelried, de son nom véritable, avait, en ce moment, atteint sa soixantième année.

C'était un homme de haute taille, de carrure alhlélicjue, au visage d'un beau dessin rapi)elant les effigies de la statuaire anti(|ue.

Suisse d'origine, ainsi que l'indiquait son nom, Tun des plus glorieux de Thisloirc du monde, il portait même le prénom du héros de Sempach. Mais sa famille, fixée en France depuis un siècle et demi, avait donné de vaillants serviteurs à cette patrie d'adoption, et trois Winkelried avaient leur souvenir gravé dans la roche de Lucerne, aux pieds du lion blessé qui emblématise l'héroïque fidélité des fils de l'Helvétie pendant la journée du 10 août.

Arnold lui-même avait porté l'épée au service de la France. Capitaine d'artillerie, il avait été grièvement blessé au combat de Son-Tay et, réduit à se retirer avec une pension de deux cents francs par mois, toute sa fortune, il s'était consacré désormais aux études historiques, spécialement à celles dont l'objet était de glorifier simultanément ses deux patries : la France et la Suisse.

C'était de ce maigre revenu, dont un quart était absorbé par le loyer de l'appartement, que vivait le vieil officier dans sa studieuse retraite d'Auteuil. Une femme d'âge venait chaque jour faire sa parcimonieuse cuisine et mettre en ordre son ménage. Le dimanche et, fréquemment, le jeudi, Arnold dînait chez sa parente de la rue du Ranelagh.

Il menait cette sobre existence en vrai sage content de son sort et n'avait jamais une plainte sur les lèvres. Et tout était si bien réglé dans son mode de vivre qu'il trouvait encore le moyen de dépenser une dizaine de francs par mois pour acquérir des documents ou des livres.

Ce solitaire avait pourtant un compagnon, mieux qu'un compagnon, un ami dévoué jusqu'à la mort.

Seulement cet ami avait quatre pattes, un museau hirsute, de formidables canines blanches et une voix pareille à un rugissement.

Quatre ans plus tôt, en rentrant chez lui, à une heure relativement tardive, M. de Winkelried avait fait une trouvaille*

La nuit était noire et sans lune. Du ciel bas et cuivré où couraient des reflets rougeoyants de crépuscule, la neige commençait à tomber, d'abord fine et menue, bientôt drue et serrée, et, comme elle venait après toute une semaine de gelées très dures, elle ensevelissait rapidement les objets, murs, talus, grilles, ornières de la rue sans pavés, sous une couche friable et étincelante.

Au moment où il s'apprêtait à pousser la grille de l'enclos, M. de Winkelried s'arrêta court.

Son pied venait de butter contre quelque chose de mou qui, au choc, avait proféré une plainte.

Il se baissa vers l'être plaintif, et reconnut un petit chien grelottant, dont la rude fourrure était déjà couverte de neige.

« Pauvre petit! murmura le vieil officier, pitoyable pour toutes les misères et tous les abandons.

11 ramassa la gémissante bête, et, la couvrant d'un pan de son pardessus, l'emporta jusqu'en sa chambre à coucher.

Là, il put l'examiner à loisir.

Il n'était pas beau, cet enfant trouvé de la race canine. Il appartenait à l'espèce de ces griffons barbus et rugueux qui, dans les régions montagneuses, fournit les meilleurs des gardiens de troupeaux.

Celui-ci pouvait avoir deux mois d'âge, au premier examen. On avait dû le voler quelque part, puis, le «perdre » en ce coin obscur d'une rue relativement peu fréquentée.

Quand il se trouva à couvert, lorsque, à l'aide d'un linge, M. de Winkelrisd Teut soigneusement essuyé, il se ranima et exprima sa satisfaction par des jappements encore enfantins. Et le vieux soldat éprouva une émotion h sentir courir sur ses

doigts cette petite langue rose et reconnaissante, à voir frétiller cette queue informe, témoignant le premier signe d'une durable fidélité.

« Tu n'es pas beau, mon gars! prononça-t-il en riant. Tu es barbu comme un Bosch. »

Dès ce moment, le nom de « Bosch » devait rester au nouveau commensal de sa solitaire existence.

Un hommequi vil seul, avec dix-huit cent francs de rente, n'a pas beaucoup de reliefs de sa table essentiellement frugale.

II se trouva pourtant que ce soir-là il y eut quelques rogatons de viande et deux doigts de lait, restes du dîner.

Arnold fit assez gauchement une pâtée, qu'il offrit amicalement au nourrisson trop tôt sevré.

Il eut la satisfaction de voir la petite bête se jeter dessus « comme la misère sur les pauvres », ansi que le veut la locution familière.

Et, en fait, la locution était justifiée. C'était une double misère qui, en ce moment, se régalait de la bonne aubaine.

L'appétit apaisé, Bosch se roula en boule sur le tapis de la chambre et s'endormit jusqu'à Taube.

De ce jour, il fut Thôle et l'ami, presque le confident de son bienfaiteur. Il crût rapidement en force et en sagesse, H devint promptement un chien sobre, bien élevé, brave et dévoué à son maître, n'aboyant que dans les grandes occasions.

Donc, le 2 janvier au soir, en rentrant chez lui, M. de Winkelried trouva Bosch q^ui l'attendait.

N'ayant pas voulu l'emmener chez Mme Duval, le vieil officier avait confié à la femme de ménage le soin d'assurer la pitance du griffon, et celle-ci s'en était acquittée consciencieusement, après quoi, elle s'était retirée, laissant un bon feu allumé dans la cheminée.

Le jour de Tan avait eu ainsi ses joies pour 1 lui-même.

A la vue de son maître, il manifesta son a) habituelle manière, c'est-à-dire parquelques b pagnes de lechements de mains affectueux, e fin en s'installant devant le foyer, dans w velours vert.

A portée de sa main était un guéridon l la plus haute supportait les livres et le ture quotidienne, et les deux autres re ordinaires d'un vieux fumeur : pot à ta^

Soigneusement, quoique d'un ge»

vieillard prit, entre le pouce et Tinde cée de « pétun » suffisante pour bo* bruyère qu'il tenait avec trois doigf

Il allait recourir aux allumettes descent le rappela aux idées d'éc^

11 déchira la marge d'un jourr procha du charbon rouge.

Ceci fait, il aspira quelques* plusieurs secondes dans Tin lance.

Quand la pipe eutdégag(^ seulement le fumeur passi

Tout d'abord, il s'essa^ dont il venait de lacérer

Mais son esprit deva' après un coup d'œil ; geste nerveux et la rc et se mit à arpenter !

nologuait à haute v^

c< Parbleu, oui, c'est un coquin. Je n'ai pas tout dit à Paule. D'abord, elle ne m'aurait pas cru, ensuite, ça lui aurait fait de la peine. Pouvais-je lui apprendre que j'ai lu, l'autre jour, le nom de ce misérable parmi ceux d'une bande de voleurs de titres et de maquilleurs d'effets de commerce? Et, si je ne me trompe, il était des plus directement incriminés. Je ne sais pas comment ça a fini. »

Un brusque ressaut de colère le fit s'agiter, frapper du talon le plancher, en serrant ses robustes poings.

« Et c'est ce mauvais drôle qui se permet de persifler, de railler « mon trésor » ! Ha ! ha ! L'ami, ce n'est pas pour loi que le chevalier de Granchamp, sire de Cosne, a rédigé le cryptogramme dont l'étude absorbe mes moments, sans que.... »

Il s'interrompit, et, toujours soliloquant, acheva sa phrase avec un soupir de mécontentement, presque de lassitude.

«... Sans que je sois parvenu à trouver le mot du cadenas qui ferme ce coffre-fort. Ah ! si je pouvais seulement savoir par quel bout il faut commencer! Mais c'est un écheveau embrouillé que ce manuscrit, et je n'en vois ni la tète, ni la queue. »

C'était bien véritablement une obsession, car il alla prendre, dans un vieux bahut de chêne, deux parchemins jaunis, dont la gothique écriture, datant du quinzième siècle, présentait un texte identique en deux langues différentes, latine et allemande.

Le texte latin apparaissait ainsi conçu, sous une forme qui eût certainement fait jaillir l'anathème, même de la bouche d'un contemporain d'Ausone. ^

« Inter pascua virentia^ qua mil unda nitom^ quxre sinistrum cornu et pane bis septemim characterem sacmm. In fauces dein descende et salientem sequere spumam. Est pimctum quoddam atrum

profundvmqtiey ubi oculm vaccXy supra abyssum^ spécial ad dextrum cornu. Illud esl judicis impii. Prudens eslo el perilus; mors enim te inquiril et vocal. Si autem quindecim passibus descenderis, aut ascenderis centuM et trigiiila , quo bestiavergit ad occidentem solem^ lac ftdgens mamillœ ejiis licebit hanrire . »

C'était peut-être la millième fois que le vieil officier attachait ses regards sur le manuscrit. Ce texte de basse latinité n'avait pas môme le mérite d'appartenir à la bonne époque du moyer âge. Il décelait la plume d'un scribe ou, tout au moins, d'ur personne inexpérimentée, que ne préoccupaient ni les bar rismes, ni les solécismes. Un commentaire en vieille la* française l'accompagnait, racontant que ce crj^plogr? une fois déchiffré, livrerait l'emplacement d'un trésor, jadis, en un point inconnu, par un gentilhomme Bour réfugié en Suisse, après la bataille de Grandson,et p maille à partir avec le Téméraire.

Ce gentilhomme qui signait « Philippus, eques a Condàte Carnulum senior el cornes », avait dû f? pour des motifs sur lesquels il ne s'expliquait f toutefois, que le duc de Bourgogne avait mif qu'il n'avait dû son salut qu'à l'hospitalité r^ de l'Obwâlden, celle d'Arnold de Winkeln

Mais, avant de recevoir le pain et l'f tagnards, il avait erré à l'aventure et qu'il déclarait considérable, en un er double texte, latin et allemand, ce livrerait le secret.

Et c'était ce secret que recherr infassable patience.

« Voyons, voyons ! se disaitson front plissé. Toute cette

ce bon sire Philippe de Grandchamp, en un exécrable charabia, ne lient pas debout. Du temps de ce gentilhomme, la fortune ne pouvait se mettre en portefeuille comme de nos jours. Elle consistait en ducats, florins, doublons d'Espagne, rpyaux d'or et d'argent, écus et besants, toute monnaie qui tient de la place et exige un volumineux coiTre-fort. A qui cet excellent homme fera-t-il accroire qu'il a pu rôder à. travers les gorges helvétiennes, roulant son coffret avec lui à une époque ou Pascal n'avait pas encore inventé la brouette? Et, même à l'aide d'une brouette, ce charroi a dû lui être très difficile à accomplir, pour ne pas dire impossible. Son récit couvre donc un mensonge, à moins qu'il n'ait voulu faire entendre qu'il avait caché son trésor avant de s'abandonner lui-même à la charité publi(|ue, ce qui n'est pas plus vraisemblable que vrai. »

Arnold s'interrompit avec un geste d'impatience et, laissant ce problème insoluble, reprit :

« Donc, le seigneur de Cosne déclare qu'il lègue tout ce bien enfoui aux descendants delà noble famille de Winkelried, sa bienfaitrice. Or, je suis le dernier de ces descendants. En conséquence, c'est à moi que revient légitimement ce trésor. Seulement, il faut le trouver. Voilà l'essentiel. »

Il se pencha de nouveau sur le document bizarre et se prit à relire la traduction française qu'il en avait faite aussi* littérale que possible : .

« Parmi les verts pâturages, à travers lesquels se rue Teau neigeuse, cherche la corne gauche et place le .quatrième carac-

tère (ou signe) sacré. Puis, descends dans les gorges et suis l'écume bondissante. Il est un point noir et profond, où l'œil de la vache, au-dessus du gouffre, regarde la corne droite. «Ctla est du juge impie. Sois prudent et habile, car la mort te guette et t'appelle. Mais si tu descends douze pas, ou si tu en montes

quatre-vingt-dix-sept, là où la bêle se toi lu pourras traire le lait brillant de sa ma*

« Bête toi-même, stupide inventeur de rébus, entasseur d'hiéroglyphes! s'excl HA restant de colère. Où veux-tu que j' celte apocalypse? Les vaches ne man les cornes iQU plus. Est-ce que les m rissée ne sont jmls autant de cornes,

Il s'arrêta net el resta bouche ^ quoi, agité d'un frisson nerveux, i"

« Serait-ce la lumière? Hé! hé C'est pourtant vrai que les moato cornes. Même, nombre de pics r cette désignation hom. Wetterh c'est vraisemblable et je comm trouver le horn qui peut servir cherches. Ce ne sera pas comi

Déambulant dans la chamb médita à haute voix, afin de n

<( Oui, c'est ça, c'est bien vrir le hom de gauche, mm un État formé de vingt-d»

allemande, ont au moins i il prendre? »

11 marcha vers la mur la lueur sur une carte af noms de pics fameux.

« Alpes Bernoises, C st(M'aarhorn, est-ce çr horn; Uri : Sustenaavois là-dedans ni ga'

36 l,E SECRET DU GOUFFRE.

Ici, nouvelle intorruplion, suivie d'un nouvel éclat de voix :

i< Parbleu! c'est le soir aux trouvailles. Où donc avais-je la tête? Il est question des cornes de la vache. Or, il n'y a qu'une vache en Suisse, une vache historique, la « Vache d'Unterwalden », comme il n'y a qu'un taureau, le Taureau d'Uri. »

Pour le coup, la joie du vieil officier fut si grande qu'il en faillit lâcher la lampe, et commença à haltre un entrechat.

Ce que voyant Bosch, dont les yeux, n'avaient jamais contemplé pareil spectacle, se réveilla en sursaut et se mit de la partie. Et l'oncle Arnold, après avoir déposé son luminaire, prit les pattes de devant du chien et esquissa avec lui un pas de valse.

« Dansons, mon brave Hosch, dansons. Ce n'est pas tout à fait pour ton agrément, mais une fois n'est pas coutume. On ne trouve pas un trésor tous les jours. Une, — deux, — trois, en trois temps, Bosch, mon ami, et trois hourrahs, trois bans d'honneur pour la corne gauche de la Vache d'Unterwalden. »

Et, quand ils eurent pivoté ainsi trois ou quatre minutes enthousiastes, l'homme et le chien se couelièrent, fatigués, mais contents.

Celle tcirasse de Sain

Le jeudi qui suivit ccl Winkelried tint sa pror Mme Duval pour les co

a Ce sera bien plus montrant les arbres leurs feuilles.

— Nous y rcvien l'oncle, et comme notre goûter. <y

L'idée fut ac^ d'une dînette s Jeanne.

Car, bien qu'il ne fût pas prodigue de cadeaux, et pour cause, le vieil oncle n'en était pas moins le plus aJTeclueuxdes parents pour sa famille.

« Il n'a pas le sou », avait dit Pierre, en un élan d'élourderie. Pourtant Pierre l'aimait bien. Peut-être même lenail-il d'une bouche étrangère ce propos qu'il avait répété, en faisant allusion au fameux « trésor » dont le vieillard avait naguère la promesse constamment aux lèvres.

Mais, depuis la soirée du 2 janvier, l'oncle Arnold gardait sur ce H trésor « une résene qui étonna l'esprit curieux de l'enfant.

« Avez-vous remarqué, dit un jour Pierre, en souriant, que l'oncle ne nous parle plus de sa fortune à venir.

— Oui, appuya Jeanne. C'est étonnant, car, autrefois, il ne venait pas une seule fois sans en parler.

— C'est peut-être qu'il l'a perdue, cette fortune? riposta naïvement Lucile.

— Oh ! ricana Pierre, en ce cas, il n'a pas perdugrand'chose et il n'en est pas plus panne qu'auparavant. Des fortunes comme ça!... »

Le petit Arnold n'avait pas exprimé son avis. C'était un enfant concentré et réfléchi, que son bavard de frère Irailait volontiers de « sournois »,

Quand il vit les yeux de son atné fixés sur lui avec un air de raillerie, il crut devoir donner son opinion. Il le fit avec justesse et modération :

« Je crois, moi, que si l'oncle ne parle plus de son trésor, c'est parce qu'il s'est aperçu qu'on était tout prêt à se moquer de lui à ce sujet. Pourtant, il est certain qu'il possède un

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