UNE
cadet, dont elle apprécia jugement.
« Arnold a raison, m c'est, bien certaineme étiez trop disposés à le vos sentiments, vous que soient les traver?
jamais rire. »
Si celui dont il et tion maternelle, peu
Sa susceptibilité « travers d'un viei val une foi chance
Mais Toncle ne bait de plus en pi près le texte.
Il se fit donc p longèrent, et k moitié d'Avril s
On ne l'avait l'appartement
L'impatienc demeure le vi dans le parc
Mme Duvr air. Ils ne p des gâteau?
place, afin bouteilles
Tout ce
M. de
heure. H avait accepté, et, à riieure dite, c'est-à-dire tout de suite après le déjeuner, on le trouva prêt à la course. Mme Duval et Jeanne, portant les menus paquets, prirent le tramway, tandis que les trois autres enfants s'en allèrent à pied sur la magnifique route, précédés ou suivis, selon sa fantaisie, par Bosch aboyant et bondissant.
C'était une journée de printemps déjà très chaude. Deux semaines avaient suffi pour verdir les branches et envelopper les troncs rajeunis d'une atmosphère de renouveau. La vie éclatait dans toute la nature et le soleil versait la joie dans les cœurs, aussi bien que les gouttes de sueur sur les fronts.
Le programme de la marche avait été réglé de telle sorte que les piétons devaient arriver à la tête du pont de Saint- Cloud en même temps que le tramway.
Ceci s'accomplit à la lettre. Mme Duval et Jeanne quittèrent le marchepied de la lourde voiture au moment même où Arnold et ses jeunes compagnons atteignaient la station. Et, sans arrêt, afin de profiter sur le champ des belles heures, on gravit vivement les degrés qui mènent à la merveilleuse terrasse.
Cette terrasse de Saint-Cloud est, en effet, l'une des merveilles de l'incomparable paysage qui entoure Paris à l'Occident.
Moins étendue que celle de Saint-Germain, elle ne domine aussi qu'un moins vaste panorama. Mais elle rachète par le charme ce qu'elle j)erd en ampleur.
Au-dessous d'elle, au delà des pentes d'un jardin miraculeusement fleuri dans la belle saison, le coteau descend rapidement vers la Seine, et, de l'autre cAté de la Seine, se dévelo[)pent, en terrain plat, les verdoyantes perspectives de Neuilly et du Bois de Boulogne, après les(juelles la capitale
découvre ses plus beaux quarliers Muette, Passv et Auteuil. Le vovaf n'aborde l'immense cité que par s ijînore les mauvais refro«^nementi la barrière de V^incennes résen Test, et les hideurs nues de S:
Gentiljy, de la Glacière, d'Issy ( minées d'usines et hantées de '
Là n'est pas le seul agrén Cloud. Elle possède cette bc sence de grands arbres, borc^ du milieu de pelouses ve' dimanches populaires n'o?
salies. Par là, elle ressenn du Petit Trianon et, con plus longtemps dans ser d'automne.
A peine parvenus dar joie, incitant Bosch à fond de la grande alh' bois qu'ils accotèrent du parapet servit à di M. de VVinkelried pelouses n'est poir soleil pour qu'on s
Tout de suite, encore la mère op écoulées depuis ' courses et les g une boisson fr soif et l'appétit
Ce jugement fut promptement accepté. Comme on était on semaine, les promeneurs étaient rares et n'appartenaient qu'à la population d'alentour.
Les quatre enfants purent donc s'ébattre à leur aise, pendant que leur mère et leur oncle conversaient en admirant l'incomparable tableau.
Bosch fut de toutes les parties avec d'autant plus d'entrain que son intelligence de bonne bête gardienne s'adaptait vite aux initiations. On le dressa ainsi à divers jeux dont un atavisme obscur lui faisait peut-être deviner les lois. Il joua, à sa manière, aux barres, à la découverte, aux quatre coins. On parvint à lui imposer silence, quand sa forte voix dérogeait aux règles par des jappements indiscrets et révélateurs.
Vers quatre heures, toute la bande, ainsi que l'avait prévu Paule Duval, rallia le camp, ou plutôt la cantine maternelle.
Ils accoururent essoufflés, les joues rouges. Les fillettes surtout faisaient plaisir à voir avec leurs mines de santé et leurs cheveux au vent.
Dans sa furie du jeu, Jeanne avait perdu Tune de ses jarretières. Il fallut procéder à la recherche de cet indispensable anneau de caoutchouc, et Pierre, qui le retrouva, au beau milieu d'une pelouse, reçut du vieil oncle, très gai, un brevet de chevalier discret, analogue aux titres britanniques de l'ordre illustre qui dut son origine à l'accident du même genre, survenu en 13 18, à la comtesse de Salisbury, en présence du roi Edouard III.
La langue pendante et baveuse, l'œil allumé de Bosch, témoignèrent de son empressement au repas comme à la course.
On respira donc; on s'assit sur les bancs, et, quand la faim et la soif eurent reçu satisfaction, la voix claire de Jeanne éclata :
« Maintenant, bon oncle, une histoire? »
Le « bon oncle » feignit de ne pas entendre. Lenfants échangèrent d'obliques œillades, en di* sourires.
Ils savaient, en effet, que, si le vieux sol merveilleuses « histoires », il aimait aus l'oreille pour les raconter.
En ce cas, il n'y avait qu'un moyen de faisait donner Jeanne. Bien que n'étan garde, la fillette avait une manière à e' grognard. Elle l'entortillait si bien, 1' douceur, mettait une telle insista M. Arnold de Winkelried finissa* quand il avait commencé, on él gnifîque.
Donc l'oncle ayant feint de r rut aux « grands moyens ».
D'un bond de ses jambes m la jarretière retrouvée tendr les genoux du vieillard.
<( Vous voulez bien, n'e?
lez bien nous dconter une '
Et un baiser sonore si rative.
Le baiser, le barbr « tonton », autant de dat ne pouvait résis^
« Ah ! petit tabac laisseras-tu trano
— Oui, si ellf
Il n'y avait p
vieillard s'avouait vaincu, quand il recourait à celle exclamalion languedocienne de « taon bourdonnant » qu'il appliquait gaîment à sa petite persécutrice, et qu'il avait rapportée d'un séjour de garnison à Toulouse ou à Carcassonne.
Il parut toutefois hésiter sur le choix du récit, et interrogea Fauditoire sur ce problème.
« Qu'est-ce que je vais vous « aconter »? Je suis au bout de mon rouleau et je crois bien n'avoir plus rien dans mon sac à légendes.
— Oh! que si, que vous en avez, oncle Arnold! >» s'écrièrent sur des tons différents, avec une égale impatience, Pierre, Arnold et Lucile. »
Et Jeanne, pendue au cou du narrateur, appuya d'une manière décisive :
« Vous savez bien, l'affaire de votre père, du gendarme qui est mort en prenant des méchants hommes par le bout de leurs fusils?
Il fallut laisser passer le vent d'orageuse hilarité qui secoua toute l'assistance en entendant cette interprétation bien à elle de la fillette.
Quand Arnold eut calmé son propre rire, il pinça amicalement l'oreille rose toute proche de sa bouche, et dit :
« Bien! Je vais raconter cette histoire, puisqu'elle te plaît tant. Le « gendarme » dont tu parles n'était pas mon père, mais le plus glorieux de mes ancêtres. De plus, il ne prit pas ses ennemis par le a bout de leurs fusils », mais par la pointe de leurs lances. Sauras-tu retenir cela. Jeannette?
— Oui, oui, oui, je le retiendrai. Des lances, pas des fusils. Maintenant, acontez vite. »
L'oncle fit une pause. Puis, lentement, d'un accent profond, avec un grand charme de diction, il commença sa narration :
« Mes enfanls, ceci se passait, il y a plus de cinq siècles, en 138G, le î) du mois de juillet. La Suisse, mon pays d'origine la patrie de mes pères, n'était encore qu'une confédération naissante, bien faible, bien pauvre d'argent, mais déjà forte par le courage et riche par les vertus familiales qui fleurissaient dans ses foyers. Soixante et onze ans plus tôt, le 1 1 novembre, elle avait affirmé son indépendance par une première victoire sur la féodalité, à Morgarten.
— Oncle, questionna gravement Arnold, qu'est-ce que c'étaient que ces hommes et pourquoi se battaient-ils?
— C'est juste, et il me faut vous le dire. L'histoire, celle qui mérite vraiment ce nom, n'est pas très bien fixée sur l'origine des populations de nos montagnes. Elle croit, sans en être bien sûre, que ces peuples ne sont pas les descendants directs de ceux qui, jadis, portaient le nom d'IIelvétiens. Elle leur attribuerait volontiers une origine Scandinave, que semblent confirmer, non seulement une grande similitude physiologique, mais encore la conformité des mœurs, des habitudes patriarcales, de la nourriture, et même celle des légendes, dont notre souvenir de Guillaume Tell ne serait qu'une variante.
« Quoi qu'il en soit de ces données douteuses, sachez, mes enfants, que, selon l'avis des penseurs, de Voltaire comme de Bossuet, Dieu, qui tire les plus grands effets des ])lus petites causes, assigna les plus humbles origines à Tindépendance du vaillant peuple dont je sors. »
Il avait prononcé ces derniers mots avec une fierté (l'accenl qui fit tressaillir son jeune entourage. Il poursuivit :
« Au pied des chaînes centrales de Tllelvélie, autour d'un des lacs les plus poétiques du monde, habitaient trois peuplades vigoureuses et pieuses, qu'on nomme encore aujour-
d1mi les Cantons Forestiers ou Waldsteiten. Les gens d'Uri relevaient des rois Franks, à qui, depuis Louis le Germanique, avaient succédé les empereurs d'Allemagne. Ceux d'Unterwalden, compris entre les monts Titlis et Pilate, dépendaient surtout de monastères et de seigneuries placés sous l'obéissance de la maison de Habsbourg. Eniin, un groupe d'hommes libres et de nobles pauvres avait fondé une petite ville très fière, Schwitz, qui devait donner plus tard son nom à toute la Confédération.
— Ah! interrompit étourdiment Pierre, je comprends, cette fois, pourquoi la Suisse s'appelle ainsi, au lieu de se nommer rHelvélie.
— Pierre, dit doucement Mme Duval, il est très mal élevé de parler lorsque voire oncle a lui-même la parole.
— Ma chère Paule, fit le vieillard en souriant, je ne suis pas fâché de cette réflexion de Pierrot. Désormais, ce détail ne sortira plus de sa mémoire. Mais, continuons notre histoire.
« Il arriva qu'à la suite de querelles locales dans lesquelles les pâtres et les bouviers d'Uri et d'Unterwalden eurent maille à parlir avec les hommes de Schwitz, de Zug, de Stanz, avec les vassaux de la riche abbave d'Iilnsiedeln et du Frai'imunster, ou couvent de femmes de Zurich, il arriva, dis-je, que ces braves gens, menacés par d'ambitieux voisins, comprirent la puérilité et le danger de leurs propres dissensions et se dirent entre eux :
« Nous avons les mêmes ennemis; pourquoi n'aurions-nous pas les mêmes destinées? »
« El ce fut, dans celte commune pensée d'indépendance et de fraternelle défense que, le l^aoùl 1291, les trois cantons fondèrent leur première alliance.
« Seize ans plus lard, dans la prairie, du Rûtli, Werner Slauffacher, de Schwilz, Walter Furst, d'Uri, et Arnold de Melchtal, chacun à la tête de dix compagnons, prononçaient le fameux serment qui allait délivrer leurs cantons de la tyrannie de Gessler et des autres baillis autrichiens.
— Oncle, interrompit de nouveau Pierre, voilà que vous prononcez le nom de Gessler. Cependant, vous avez dit tout à rheure que l'histoire de Guillaume Tell n'est qu'une légende. Ce n'est donc pas vrai, cette histoire, et Guillaume Tell n'a jamais existé?
— Mon enfant, répondit le vieux soldat, trahissant une certaine émotion, j'ai dit qu'on trouvait dans les chroniques norvégiennes une légende tout à fait semblable à celle de notre héros national. Or, l'histoire, dans le sens absolu de ce mot, ne saurait accepter les légendes. Elle ne dit rien de Guillaume Tell. »
La voix du jeune Arnold s'éleva, vibrante; elle décelait en ce frêle enfant un enthousiasme viril, une énergie peu commune.
« Oncle, s'écria-t-il, qu'importe que l'histoire n'en dise rien. Puisque le souvenir des peuples a conservé cette figure, c'est qu'elle a existé, ou, du moins, qu'il a existé des hommes aussi héroïques que Guillaume Tell, et qu'il en existera aussi longtemps que leurs compatriotes rendront hommage à leur héroïsme. »
M. de Winkelrîed ouvrit ses bras à l'enfant. Ses vieilles, paupières étaient humides.
« Viens m'embrasser, mon fils, murmura-t-il. Tes paroles me prouvent que tu comprends ce que peut être un héros. Oui, tu l'as dit, il suffit que Timajifinalion d'un j)euple ait conçu l'idée d'un Guillaume Tell pour que Guillaume Tell soit j)Ossil)le, je dirai même soit réel. »
Cet incident avait troublé le récit du vieux brave. 11 fut ({uelques minutes à se remettre et ces minutes parurent longues à Jeanne.
« Oncle, demanda-t-elle en sourdine et d'un air détaché, est-ce que c'était un gendarme, Guillaume Tell? »
Derechef, on dut faire la part au rire, qui, par une heureuse diversion, ramena le narrateur à son sujet :
« Je te vois venir, petite finaude, dit-il en caressant les boucles ébouriffées de l'enfant. Tu me signales que je dois reprendre mon récit. Allons! C'est bien. Je m'y remets, et je ne m'arrête plus. Mais, cette fois, il ne faut pas m'interrompre. »
Et, en un langage chaud, coloré, électrisant, il raconta la bataille de Sempach et le glorieux épisode qui avait à jamais immortalisé le nom de Winkelried.
Il leur montra l'armée féodale du duc Léopold d'Autriche, forte de seize mille hommes, dont quatre mille chevaliers, s'avançant le long des rives du lac de Sempach et se dirigeant •sur Lucerne pour y écraser les prétentions de cette ville à la liberté, les soldats allemands fauchant les blés dans les . champs et criant ironiquement aux habitants de Sempach de leur apporter à boire et h manger pour les rémunérer d'avoir si bien fait la moisson. Il fit revivre devant eux les dramatiques incidents de la lutte, engagée en plein soleil de juillet, par les treize cents confédérés débouchant des bois d'Hildisrieden, au son de leurs gigantesques trompes de guerre : le Taureau d'Uri et la Vache d'Unter\valden. Et, emporté par la fièvre de son récit :
a Ce fut alors, s'écria le vieil officier, que se produisit l'acte héroïque qui illustra le nom de mon ancêtre. La contrée était monlueuse, accidentée, les troupes à cheval ne pouvaient