UNE BELI
Jes notes parvenues à ma c jeunesse passablement com de l'Océan en compagnie de.verte de rAmérirjue allait 1fortune au Nouveau-Monde dans le courant de l'année à ïa tète d'une fortune ce moine lourdement obéré les plus riches seigne suzerain, le terriWe Cha le contraignit à s'enfui « Du moins, ne s'enf t^t, comme à cette épo avaient accru leur noi étroites avec Zurich, bourg, ce fut en Sui.<^ seigneur de Cosne, i bourreau du duc mf « Là même, il ne déclarer la guerre par la terreur, acr mille hommes, et heure de la libf Granchamp se j dans les gorges cueilli, hébergé les descendant!
« Je vous ai Cette fortune, « Mais, par il institua les
qu'il le fit en termes si obscurs, si nébuleux, que ce legs constitue une vc^rilable énigme, dont nul n'a pu trouver le mot depuis trois si«>cles, une façon de rébus, de grille, dont la clef est encore à découvrir. Il mourut au moment même où la double défaite du duc de Bourgogne à Grandson et h Morat, suivie de sa mort à Nancy, dissipaient (ouïes les terreurs du pauvre exilé.
— Kl c'est peut-être celle fortune, mon oncle, qui constitue le trésor dont vous nous parliez naguère? interrogea Mme Duval.
— Vous l'avez dit, ma chère Paule. Mon trésor n'est que le legs, encore à échoir, de Philippe de Granchamp, seigneur de Cosne. "
Ces paroles terminaient le récit.
Jeanne ne l'avait pas trouvé palpitant, mais, vu sa durée assez longue, elle n'osa pas en demander davantage.
Dans le courant dôlouma l'oncle Ar
Son filleul, eelii nom, lomba grav latine qui, pend; «jujind il lit ses p attristé de la ru que le niédeci La scailaliittoiis de l'or
lanle, elle ouvre la porte à d'autres maladies dangereuses et se fait leur introductrice : la diphtérie, lalbuminurie, les affections des viscères ou de la moelle.
Le vieil officier avait toujours chéri son filleul d'une tendresse particulière. Il s'alarma donc grandement à le voir ainsi défait et anémié et interrogea anxieusement le praticien surles remèdes qu'il conviendrait d'opposer à cette infériorité physiologique.
a Monsieur, répondit l'homme de l'art, le meilleur des remèdes, c'est encore de n'en prescrire aucun, j'entends des drogues qui, sans profit certain pour tel ou tel organe spécifiquement déterminé, courent le risque de léser tous les autres. Le moyen curatif le plus sûr, c'est l'hygiène sagement observée, le mouvement et l'exercice méthodiquement pratiqués. Et tenez, s'il était possible à Mme Duval de conduire cet enfant dans les montagnes, ne fût-ce que pendant un mois, je suis convaincu qu'il rentrerait à Paris entièrement rétabli. »
Le vieil homme soupira en entendant cette consultation. Où Mme Duval pourrait-elle prendre l'argent pour mener le petit Arnold « dans les montagnes » ?
Il ne dit rien à la mère de cet avis décourageant. Mais, le lendemain de ce jour, il recouvra lui-même toute sa confiance.
Une idée avait germé en son es[)rit, idée fort ancienne, quant h ses origines, mais dont il n'avait encore osé s'ouvrir h personne.
Il ne s'en ouvrit pas davantage l\ la veuve du colonel et se borna à la ruminer en ses propres réflexions.
Seulement, dès qu'Arnold fut en mesure de descendre jusqu'aux ombrages de la Muelle, le j)arrain j)rop()sa à la mère de se charger du garçonnet et de l'enimener avec lui, soil dans sa
« vil cleP Le s occn le Irn le le) C^ Une tait r Jans< graiK L'i à le (] AI( de va neiix port l\ Ils cieiis( s'élan La Fc kelriet Sur sailles au Boi le cou^ chant i v«'h\s à au bec Ils
champ, les ombrages de Bagatelle, ou les bords de la Seine, en face de Suresnes.
Et, si leurs jambes « Iricottaieut » bien, leurs langues ne chAmaienl pas.
Le petit Arnold ne se lassait pas de questionner, le grand Arnold de fournir la réponse k ces questions.
De la sorte, une intimité profonde, une affection de père à fils croissait entre Tenfant et le vieillard.
Celui-ci, un instant troublé dans ses recherches par l'inquiétude que lui avait causée la maladie de Tenfant, s'était définitivement remis à Tétude du manuscrit. El, après la première illumination d'esprit qui lui avait livré le mot « corne » dans le terme horn de plusieurs montagnes helvétiques, dans le mot vache la désignation probable du canton d'Unterwalden, il était arrêté de nouveau par les obscurités du texte. Le grimoire lui paraissait indéchiffrable, et c'était vraiment le cas de dire c< qu'il y perdait son latin ».
L'obsession était devenue si forte que, maintenant, M. deWinkelried ne sortait plus sans emporter le parchemin révélateur.
Il le consultait à tout instant, et il lui arrivait de le lire à haute voix et de le commenter distraitement, à la grande stupeur de son filleul.
Si bien que celui-ci osa prendre un jour la liberté d'interroger son parrain au sujet du document.
M. de Winkelried ne fit aucune difficulté pour s'en expliquer. On eût même dit qu'il n'attendait que celte occasion de prendre l'enfant pour confident.
« Voyons, Arnold, dit-il, tu dois être plus fort que moi en latin. En quelle classe es-tu cette année ?
— En quatrième classique, mon onch».
LA CLEF
— Bon ! En ce cas, tu dois traduire Vii Commentaires de César. Tu n'auras donc p' duire ceci. »
Eli il tendit à l'enfant le parchemin ér de Grandchamp, comte et seigneur de (
Ils se trouvaient dans l'allée du boi moulin de Bagatelle, assis sous un hf
La matinée était radieuse, les nidr leurs têtes, tandis que le fleuve pieds.
Le petit garçon lut tranquillenr sans quelque peine, cette écriture étant pas familière.
Après quoi, relevant la tête, et dit ;
« Tout ça, c'est du bien ma c'est incompréhensible. Ça n
— Parbleu ! grogna l'exc'est du latin exécrable. Mf ça veut dire beaucoup. »
Arnold riait toujours e^ flamme de malice, se If dulité.
« Ça veut dire beaudr vaches, d'œils, d'al matias. »
L'hilarité de l'onc
Puis, M. de Win
« C'est en ceci < précis et c'est ce trouver?
TiS
— Je ne deinandc pas mieux, mon oncle. Mais comment nous débrouiller dans ces phrases ? Par quel hout commencer? »
Alors le vieillard fil connaître à IVnfanl les |>remiers points de repère qu'il avait déterminés, la valeur du mol //on« traduisant le latin for/<?/, la tradu<*tion, peut-être un peu arbitraire, ([V\\l faisait du mot « vache » par le nom du canton d'L'nterwalden.
En Técoutant, le garçonnet oubliait de rire. Peu à peu, son front se faisait plus grave. Une ride d'effort le creusait. Il réfléchissait.
" Eh bien ! interrogea l'ancien capitaine, commences-tu à croire que je ne suis pas tout à fait fou ? As-tu compris, cette fois ? »
Arnold secoua la tête et un éclair de vive intelligence s'alluma
au fond de ses veux.
« Il me semble que oui, mon oncle. Et, pom* vous le prouver, voulez-vous me permettre une première réflexion ?
— Dix, cent réflexions, autant que tu voudras, s'écria l'onde. Les enfants sont souvent plus persj)icaces que les hommes faits. Parle. »
Avec une lucidité extraordinaire pour son Age, une souveraine puissance de logique, le convalescent exposa son raisonnement.
Il tenait le document h la main et le commentait mot par mot.
« Parmi les verts pAturages. Le mot alp. cpii a donné son nom à toute la chaîne, signifie [)Alurage. C'est donc bien des Alpes qu'il est question. Le mot latin cor/n/, que vous traduisez par horti^ s'applique à beaucoup de sommets de la Suisse. Mais, selon votre interprétation, le mot vache indique qu'il faut
LA CLEF
se cantonner dans TUnlerwalden. Je ci vous avez enlièremenl raison sur ce poî les pics de TUnlerwald^n, dont le no qu'il faut diriger nos recherches. »
La face du vieux soldat rayonna. II Tépaule de l'enfant.
« Sais-tu que tu raisonnes comr
avec la sagacité d'un élève deTEcof Le petit garçon rougit et sourit €
sa démonstration :
« Donc, premier point : chercl
canton d'Untorwalden qui se t
point... Ah ! ici, c'est plus d*
unda nirosa et, en français, il f
neige. » C'est donc une eau
tagnes, où l'écume la fait par
sez-vous que ce soit cela, me
— Tout à fait cela, mon |
— Bien. L'eau neigeuse, trouver ce torrent et le salientem spumam^ jusqu' tum qtuoddam atvum prol au-dessus de Tabîme, rc commence la véritable Qu'est-ce que c'est que
je pense, du canton d' (|ue le « quatorzième qui êtes savant, voi
L'oncle ne put d'avouer:
« Dame ! mon
Je ne sais pas du tout ce que sont ce « caractère sacré » et cet ce œil de la Vache ».
Et il esquissa un geste de découragement véritable.
Ce fut son jeune compagnon qui le réconforta. Avec une tranquille énergie, il releva le courage du vieil officier d'artillerie.
a Voyons, mon oncle, il nV a pas lieu de perdre patience. Vous avez, en votre carrière, résolu des problèmes plus difficiles que celui-là.
— Hé ! hé ! Je n'en sais rien. C'étaient des problèmes de mathématiques, ef , pour ceux-là, il y a des méthodes, des formules algébriques, qui déterminent la valeur et la position des inconnues. Tout se ramène à des chiffres. Rien de pareil dans le cas qui nous occupe.
— Mais si, mais si ; il y a un chiffre, ce nombre «quatorze» qui, certainement, n'a pas été mis là pour rien.
— Parbleu! tu as encore raison. Quatorze? C'est exact. Là doit être le point de départ. Mais que veut dire le mot character'! »
Arnold se leva brusquement, le sourcil froncé, avec ce regard intérieur qui décèle les grandes contentions de l'esprit.
« 'Oncle, dit-il, il est neuf heures moins un (juart. Voulezvous que nous retournions chez vous ? Vous avez des dictionnaires et des caries. Nous interrogerons les uns et les autres, et nous trouverons bien, à la fin, ce ^ caractère » et cet « œil ».
— Tu parles d'or, mon fils. En ce cas, en route pour le retour. Ici, Bosch ! »
Le chien accourut et les deux compagnons purent remarquer qu'une de ses oreilles saignait.
u Oh ! s'écria Técolier. Où l'es-tu blessé comme ça, mon bon chien? »
LA CLEF. «I
Comme s'il eût compris rinlerpellalion, Tanimal donna un coup de gosier sonore, el, bondissant vers un fourré^ h quelque cent pas de 15, en fit débûcher une barde de cerfs au pelage encore semé des nuances pâles de l'hiver : quatre biches, quatre faons et un beau mâle aux bois épanouis.
i< Voilà la réponse, fit gaiement l'oncle Arnold. Bosch a voulu jouer avec ces bêles et il a reçu du mâle un coup de corne. II a trouvé son horn, lui. »
Il fallut, derechef, héler te chien qui, oublieux du mauvais accueil, donnait une chasse exemplaire au troupeau en fuite.
On reprit le chemin d'Auteuil, oii l'on rentra à la demie après neuf heures.
On lava à grande eau la blessure peu grave de Bosch ; après quoi l'enfant, plus enfiévré de curiosité que le vieillard luimême, s'élança vers la bibliothèque, de laquelle il tira un dictionnaire latin-français.
II se mit à le feuilleter avec une impatience toute juvénile, lisant l'article trouvé à haute voix :
« Character, eris, subst. masc. CoL Caractère, marque, signe, empreinte, lettre. Hiéron : Nombre, désignation. » Vous voyez, mon oncle ; les traductions sont variées. On peut prendre marque, ou lettre, ou nombre, au choix.
— Ça ne nous avance pas beaucoup, mon enfant. La quatorzième « marque », ou le quatorzième « nombre », qu'est-ce que c'est que ça ?
— Ou la quatoi*zième « lettre », mon oncle. La quatorzième lettre de l'alphabet français, c'est la lettre N. Cherchons vile quel est le /io7*H dcrUnlerwalden dont le nom commence par un N.
— Mais, mon gars, il ne s'agit pas de l'alphabet français.
Ce serait trop facile. Le manuscrit dit ; « le quatorzième signe sacré. »
Arnold baissa le front, très dépité. Cette simple réflexion coupait les ailes à son imagination.
Refermant le dictionnaire, il courut à la muraille où s'étalait Tample carte de la chaîne des Alpes, et se reprit à lire les noms.
« Unterwalden. Les limites du canton s'étendent du lac des Quatre-Cantons, au nord, jusqu'au Haslithal, extrémité du col du Brunig, au sud, et du glacier du Geisberg, frontière d'Uri, à Test, jusqu'à la vallée d'Entlebuch, sur le versantoccidental du.... »
Et, tout à coup, un cri jaillit da la poitrine de Tenfant, un cri vibrant detriopiphe et de joie :
«Parrain! Parrain! J'ai trouvé! j'ai trouvé! Oh! quelle chance ! Venez voir vous-même. Regardez le manu^icrit. »
Un doigt sur la carte, l'œil étincelant, le souffle court, l'écolier poursuivit en désignant de l'autre main le document :
« Lisez, lisez, mon oncle, et vous allez comprendre.
— Quoi? fit le vieillard, quelque peu ahuri par ces exclamalions incohérentes ; que veux-tu que je lise?
— Ce qui vient après, après « l'œil de la vache ». Il est parlé de la « corne droite. » Lisez le texte latin. »
L'ancien officier prit ses lunettes, et, dominé par l'ascendant de cette conviction enfantine, lut en hésitant un peu.
« Après « l'œil » et la u corne droite ». Eh bien, voici ce que dit le manuscrit : Illud estjudkis impii,
— C'est (;a même, mon oncle. Cornu est du genre neutre, et c'est pour cela qu'il y a illud. Traduisez donc : c'est celle du mauvais juge. Et quel est le mauvais juge, le plus connu de rhisloire?
LA CLEF
— Hum! il n'en a pas manqué, des mauvi l'histoire : ceux de Socrate, ceux de Jeanne « Christ.,.. »
A son tour, le vieux soldat jeta une exclam que l'enfant appuya de ses battements de ma
« Pilate ! C'est, ma foi, vrai, le mont Pilale prévaricateur ». Je n'y avais jamais pensé.
— Et le mont Pilate a bien ses deux cor de droite : le Matthorn; celle de gauche : I
Pour le coup, la lumière se faisait dar légresse qu'ils en ressentirent fut telle il avait découvert en personne le senf « Vache », l'oncle Arnold se mit à dar son filleul donna le pendant par u pirouettes à rendre jaloux un clown
Et Bosch, que ne préoccupait
s'y mêla avec le même entrain qu
fois.
Mais, soudain, ces transports.
tèrent. Le parrain venait de fair
tesse.
« Matthorn, Tomlishorn. Je
ces mots, mais je n'y vois par
racter ».
— Oui, » confessa Arn allongea sur-le-champ les
Et, pendant quelques m ennuyés, n'osant pousseï
« Tout de même, rep désappointement, nous
coup.
• fetî
— C'est quelque chose, rectifia le vieillard, moins rassuré. Ah ! ce rébus nous rendra fous, si nous continuons. »
11 conclut, selon la sagesse, qu'il y en avait assez pour ce jour-là et qu'il ne fallait pas s'obstiner à chercher davantage, pour le présent.
« Ecoute, dit-il, voici l'heure du déjeuner qui approche. Tu vas rentrer pour ne pas alarmer ta bonne mère. Demain, nous serons peut-être plus heureux. »
Le garçonnet prit congé du vieil oncle et gagna, d'un pas alerte, la rue du Ranelagh.
Quand il y arriva, sa figure portait la trace d'une si visible préoccupation que MmeDuval s'en inquiéta un peu et voulut en savoir la cause.
« Que l'est-il arrivé, mon petit Nol? demanda-t-elle en l'embrassant. Tu as le visage d'un homme absorbé en de graves problèmes. »
L'enfant étreignit sa mère d'un geste caressant et, tout de suite, la rassurant par sa gaîté, lui fit confidence de sa recherche.
« Tu ne crois pas si bien dire, maman. C'est, en effet, d'un très intéressant problème que je cherche la solution.
— II ne faut pas le fatiguer l'esprit, mon cher petit, intervint la mère, se trompant au sens de ces paroles. Le docteur a prescrit le repos et l'exercice. Ne pense donc plus à tes études. Tu auras tout le loisir de te rattraper Tannée prochaine.
— Ne crains rien, petite mère, répliqua l'enfant, qui mit deux nouveaux baisers sur les joues de la veuve. Ce n'est pas une question classique qui m'absorbe en ce moment. C'est beaucoup i)lus intéressant, je t'assure. »
Et, comnie Mme Duval le considérait avec des veux trahissant le plus profond étonnement, il se campa, les poings sur
LA CLEF. «7
les handies, superbe de crànerie, et, nioilié sérieux inoilù'rieur, dissipa les doutes qu'il voyait grandir dans l'âme inalernelle :
— Tu sais, maman, l'oncle Arnold et son trésor, dont. Pierre et Jeanne rient si volontiers quand il en parle ?...
— Eh bien?
— Eh bien, il y a qu'il ne faut plus en rire; il y a que l'oncle Arnold a raison et que son trésor existe. \ous sommes en train (le le découvrir. »
Mme Duval crut à une boutade d'écolier. Elle ne s'arrtMa pas à ce propos, et se borna à répondre, riant elle-même.
n Allons, il y a des folies contagieuses. .N'importe! Je te permets d'être aussi fou que ton oncle, si tu restes toujours aussi bon, aussi noble que lui.
— Et, réclama malicieusement Nul, tu me permets de chercher le trésor avec lui?
— Tous les trésors que tu voudras, h la condition que tu ne surmènes pas ton cer\'eau, car le premier des trésors, c'est la santé.
— Non, s'exclama impétueusement l'enfant, en se jetant à s'^ cou, c'est ma chère petite mère. »
La journée se passa assez vite, Pierre et Lucile contii" à suivre leurs classes, le premier au lycée Janson, la dans une excellente institution de la rue du Ranelr ques pas de la maison où habitait la famille Duva'
Lucilo, c'était l'amie particulière d'Arnold, choix, à plus de titres que Jeanne, .sa sœur, étourdie.
Ce fui donc elle que l'enfant mit, dès 1" fameux « problème » auquel Mme assez d'importance.
La petite fille, au contraire, y prêta toute son attention et se prit du même zèle pour sa solution.
« Si tu trouves autre chose, tu me le diras, n'est-ce pas, Nol ?
— Oui, ma petite Lulu, je te le promets.
— Et quand vous aurez le trésor, quand vous serez bien riches, tu me donneras un peu d'argent, aussi?
— Bien sûr, si Toncle m'en donne, car c'est à lui que cet argent appartiendra. Pourquoi donc veux-tu de l'argent?»
Lucile rougit beacoup à cette interrogation. Mais, n'ayant rien de caché pour ce « frère » de sa pensée, elle répondit enfin :
u Tu me garderas le secret, mon petit Nol? Je voudrais un peu d'argent pour faire un beau cadeau à ma tante. Tu comprends que je sais bien que je suis presque une charge pour elle, et je voudrais lui bien prouver qu'elle n'a pas affaire à une ingrate. Je l'aime tant!
— Ça, c'est bien gentil, Lulu. Mais il ne faut pas dire que tu es ce une charge ». Si maman entendait cela, elle en aurait beaucoup de peine. Elle t'aime aussi, va.
— Je le sais, Nol. Pardonne-moi. Je me suis mal exprimée. Je voulais seulement dire que, n'étant pas sa fille, je lui dois encore plus de reconnaissance.
— Et n'as-tu pas d'autres motifs pour désirer d'avoir un peu d'argent? » insista Arnold, devenu grave.
La petite fille devint encore plus rouge. Mais cette fois ses paupières se mouillèrent et une buée ternit ses yeux. Elle balbutia.
— Oui, j'en ai un autre, et lu seras seul à le savoir. Je voudrais en donner un peu à mon pauvre papa, parce que, tu sais, malgré toutes les belles promesses qu'il fait et les belles choses qu'il raconte, il est pauvre. J'étais toute petite quand
LA CLEF
maman est morte, mais j'ai bien compris qu'^ chagrin.
LVntretien des deux enfants n'alla pas plr A tahle, Mme Duval dit tout doucement à L
« Ma petite Lulu, ton père va faire, par Belgique, aux vacances de la Pentecôte, pour me dire qu'il a l'intention de femme parerai donc dans une valise tout ce qu'i quatre ou cinq jours à Thôtel. »
L'annonce d'un tel événement ne mesure la petite fille. Depuis son Duval, elle se sentait heureuse comn^ auparavant. Dans cette jeune àme souffrances de sa mère avait laissé
Par surcroît, cette nouvelle att sages du reste de l'entourage. Si de Lucile, elle n'en priverait pas r de la compagnie de celle qu'ils a dérer comme leur sœur.
Mme Duval lut ces sentimenf pour éviter des commentaires nible impression du premier en envoyant son petit monde
Aussi bien une semaine d solennité de la Pentecôte, prendre leur parti.
Le lendemain, ce fut 1 chercher son filleul pour
L'un et l'autre avaien l'adage, avait porté cor détail.
« Sais-lu, petit, ce que j'ai constaté, hier au soir, en étudiant la carte? interrogea le vieux soldat.
— Non, mon oncle, répliqua Tenfanf. Est-ce quelque chose le décisif?
— Sans doute, puisque ça tranche la question. Il n'y a pas dVau écumeuse au pied du Pilate. L'Emme, qui coule derrière la montagne, est une rivière très calme, et, d'ailleurs, cette rivière est dans TEnllebuch, c'esl-à-dire dans le canton de Lucerne, non dans TUnterwalden.
— Fa moi, appuya Arnold, j'ai trouvé aussi que si « Tœil de la Vache » regarde la corne droite, c'est que cette corne droite ne peut être la sienne, à moins que la vache ne soit louche, ce que votre manuscrit ne dit pas. »
L'ancien capitaine d'artillerie ne put s'empêcher de rire de cette judicieuse réflexion en sa forme bien enfantine.
« Tu as raison, et moi aussi, opina-t-il. Donc, si l'œil et les cornes n'appartiennent pas à la même vache, c'est que nous nous sommes trompés. »
Ils s'étaient assis au bord du Grand Lac et avaient étendu sur le banc une carte de poche dont M. de Winkelried avait fait l'achat le matin même.
Cette carte était soigneusement tracée et indiquait avec beaucoup de précision le relief du sol. Arnold, avec ses yeux de douze ans, l'oncle, avec le secours de ses lunettes de presbyte, purent l'étudier à loisir. Ils lurent et relurent le manuscrit du seigneur de Cosne.
Ce fut l'enfant, cette fois encore, qui fit la remarque la plus décisive.
« Oncle, dit-il brusquement, il est écrit que « le point noir et profond » est situé à l'endroit où » la bête se tourne vers le couchant ». La bête, ce ne peut être que la vache. Eh bien ! re-
LA CLEF
gardez. Il n y a, sur la carie, qu'une rivière de TUnl coulant de Test à roliesl. C'est la Melchaa.
— Es-tu heureuxd'avoir de si bonsyeux! soupira ! Moi, malgré mes besicles, je me perds et m'emb' ces petits caractères.
— Caractères? souligna le jeune interlocuteur vous vous servez du mot « caractères » pour déi 1res ». Donc, il faut prendre le mot latin dans le ? et trouver la montagne dont le nom commencr zième lettre », qui est N.
— Sans doute, sans doute, mais le texte a; signifie « sacré ». Tire-toi de là, jeune Œd
Arnold ne Técoutait plus. Tout entier î il suivait l'idée qui, telle un feu grand esprit. Peu à peu, cela devenait une cer
L'enfant prenait possession du ser le jalonnait, en quelque sorte, au m qu'il traduisait ensuite en les applio Il marquait avec le doigt les points parlait par saccades, ânonnant à I s'appliquent à déchiffrer, mot l mortes ou de langues vivantes.
« A travers les pâturages, i4/p chaa^ cherche la corne gauche zième lettre sacrée, Puis, df l'écume bondissante, — c'es' où l'œil de la vache, par-des celle du juge impie, — Pil?
JV suis.
— Tu y es ? s'exclama ni de Tœil ni de l'oreille
n LE SECRET DU GOUFFRE.
— Oui, mon oncle, j'y suis, et, à part quelques détails, je ci'ois que nous tenons le fil conducteur. La « corne gauche », c'est le hom \ à trouver, la « corne droite >> c'est le mont Pilate. L'eau neigeuse qui se rue entre ces deux cornes, c'est la Melchaa, et c'est dans les gorges de la Melchaa que se trouve « le point noir et profond » d'où l'œil de la Vache se tourne vers le soleil couchant. Y éles-vous comme moi ? »
La certitud( l'esprit que ce matique.
C'est en elli faculU^ donnée premier coup,
Or, la cerlil pensée, désorj son empire.
A celle heui mains lîi clef di
7t LE SECRET DU GOUFFRE.
ouvrir, à Taide de cette clef, la mystérieuse cachette dans laquelle Philippe de Grandchamp, seigneur de Cosne, avait enfoui le trésor légué à la descendance du héros de Sempach.
Et, désormais, convaincus, ils n'avaient jilus qu'à se mettre h la recherche du précieux dépôt, c'est-à-dire à prendre les moyens matériels qui pouvaient leur assurer sa conquête. Ces moyens consistaient en un séjour en Suisse, séjour plus ou moins long, qui demanderait une assez grosse dépense. Pour dépenser, il faut avoir de l'argent. Où cet enfant de douze ans et ce sexagénaire trouveraient-ils cet argent ?
La question était épineuse et réclamait, néanmoins, une promple solution.
Or, cette solution, M. de Winkelried l'avait en partie prél>arée. Depuis quatre ans, en effet, au prix de privations particulièrement dures pour un homme de son âge, M. de Winkelried, réduisant ses ressources au strict nécessaire, avait pu mettre de côté une somme annuelle de cent écus. 11 était donc, présentement, à la tête d'un petit avoir de douze cents francs dont il allait faire Temploi en vue précisément des recherches qu'il voulait entreprendre.
Aux premières grandes chaleurs, Arnold s'était plaint d'étourdissemenls, de vertiges. La pâleur des traits, Famaigrissement, la déperdition des forces, avait dénoncé Tanémie
croissante. Le médecin consulté avait conseillé un changement
11 • air.
C'était une sentence qui ne pouvait qu'accroître l'affliction de Mme Duval, puisqu'elle n'avait pas les moyens de payera son enfant cette villégiature jugée indispensable par le représentant de la science.
Son chagrin fut donc profond et la pauvre mère se cacha pour pleurer.
UN PLAN
Elle était au plus fort de sa tristesse, lorsqn kelried, habillé comme pour une cérémonie, se elle.
u Ma chère Paule, demanda-t-il, en s'inc ment, voulez-vous m'accorder Thonneur d' f relien ? »
La solennité de ce début de la part simple, d'un familier de la maison, surpri'
« Mais, mon oncle, répondit-elle, vo suis toujours disposée h vous entendre veau ? »
Quand ils furent en tête-à-téte, le vif teuil habitYiel qu'il prenait en toutes 5 termes :
« Ma chère nièce, le médecin voi un changement d'air. Et vous cr assurer.
— Hélas ! soupira Mme Duv tion mieux que personne, mon o parviens à joindre les deux b m'accorder une dépense suppl charge trop lourde pour mes
— Je le sais, ma pauvre < miné à vous faire une propr
— Une prière, vous, m de vous pourrait me laiss'
— Eh bien ! voici ce confier votre fils Arnold
— Vous le confier comptez-vous faire pr dans votre existence '
— Ceci, c est mon affaire, répliqua le vieillard en souriant. Mais, afin de ne vous laisser aucun doute, je liens à vous déclarer sur-le-champ que je me propose d'emmener Arnold avec moi en un petit voyage, que je <:ompte entreprendre h ce moment-là.
— Emmener Arnold ? Savez-vous, mon oncle, que les voyages et les séjours à l'hôtel coûtent très cher?
— Je le sais, ma chère Paule. Mais soyez sans inquiétude h ce sujet. Je suis riche, et, au retour, je léserai bien davan-
tage. »
Mme Duval ne put réprimer un tressaillement. Encore Tobsf ssion qui reparaissait ! Cela tournait à la manie. L'oncle devenait-il fou ?
(( Et... interrogea-t-elle, hésitante, où donc comptez-vous emmener Arnold, mon oncle ?
— Dans le meilleur, le plus salubre des séjours pour lui, pour nous tous : en Suisse.
— En Suisse, fit-elle en joignant les mains ; précisément dans les montagnes ? Oh ! mon oncle, comment vous remercier?
— Ne me remerciez pas, Paule. J'aime tous vos enfants, certes, mais il ne m'est pas défendu d'avoir un faible pourmon filleul, pour celui qui porte mon prénom. Et cette affection se corrobore de l'intérêt que m'inspire sa santé. Je lemmène donc en Suisse, où je projetais depuis longtemps de me rendre. Il y a quarante ans que je n'ai revu le pays de mes pères ; encore ma première visite s'était-elle bornée au canton de Genève. Cette fois, j'irai au cœur même de la Suisse, dans les montagnes où na(|uil la liberté. Arnold y recouvrera la vie et la force.
— Et, demanda la veuve, dont les yeux mouillés de pleurs
UN PLAN
laissaient encore lire un certain doute, vor pour cela ?
— Oui, Paule, répliqua-t-il en souriar douze cents francs que j'économise depi dessein. »
Ceci faisait tomber les hésitations s' Ces paroles lui prouvaient que son vie homme raisonnable, qu'il n'était pas tion, la victime du délire des grandei
<( Mon oncle, dit-elle, comment p bienfait qui assure la santé de mor vous demander une faveur, de 1 vous reviendrez de là-bas, vous mon commensal quotidien jusqi par cette économie sur vos n dépenser pour Arnold. »
Il prit la main qu'elle lui ten^ qui décelait son gentilhomme
« Ma nièce, prononça-t-il ; la Suisse, je serai votre hôte m'inviter. Mais ce ne sera p à ce moment-là, nous n'en notre dépense. »
Peu s'en fallut qu'à cf magniiique emphase, M rinquiétant soup^;on qu' solidité mentale du vier solidité physique, elle »
ce sexagénaire hercu' militaire.
Par bonheur, Tonc
■ «* SmJÊ
7K 1,E SECRKT DU GOUFFRIi.
Il sï'Iait levé el prenait congé d'elle, en lui aiiiiontanl qu'il reviendrait pour débattre avec elle loul ce qui pouvait concerner le séjour de l'enfanl en Suisse. Lui-même ne savait pas encore oîi il planterait sa tente.
Lorsque Mme Duval ouvrit la bouche, pour faire pari à son fils de la bonne nouvelle, celui-ci dit tranquillement :
« Je savais cela, ma chère petite mère. L'oncle m'en avait entretenu, il y a plusieurs jours. Seulement je n'y comptais pas trop. »
Arnold manquait bien un peu de franchise en parlant de la .sorte; mais il n'osail confier îi sa mère que, si le souci de sa sanlé entrait pour une bonne pai-t dans les motifs déterminants de ce voyage en Suisse, la recherche du trésor du seigneur de Cosne y tenait une place au moins aussi grande. Or, si lui, .\rnold, croyait à l'existence du trésor au point de le lenir, par la pensée, déjà entre ses mains, il n'était nullement démontré que sa bonne mère partageât celte conviction.
Mais ce qu'il ne confia point à sa mère, il le révéla à Lucile Amond.
En quoi Arnold Duval eut tort. Les parents, surtout les mères, doivent être les premiers confidents de leurs enfants.
El, tout en livrant son secret à sa sœur d'adoption, le petit garçon n'osa pas lui demander le silence.
Il advint que, sur ces entrefaites, les jours de la l'entecOle se levèrent. La veille de la félc, Mme Duval vit arriver M. Edgar Amond, la face hilare, plus prétentieusement habillé i|ue jamais, lequel, tout de suite, lui lit part de ses merveilleux desseins.
Il ne partait plus pour le cap tic Donne-Espérance. lienseignements pris, il ap[)araissait que toutes les mines d'or el de diamant duTransvaal avaienf déjîi des sociétés propriétaires
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OU fermières pour les exploiter. Donc, rien à faire de ce cAlé.
Mais M. Amond n'en était pas à cela près. Au lieu de dépasser la zone torride et de saluer la Croix du Sud, il allait s'élancer vers le Cercle Boréal et se rapprocher des régions du Soleil de Minuit et de la Petite Ourse.
Là, en effet, des amis avisés avaient découvert sous la glace des banquises des gisements de houille assez considérables pour ruiner du soir au lendemain tous les charbonnages de Belgique et d'Angleterre.
« Comme c'est drôle, tout de même! s'écria l'intempestif Pierre, à l'audition de ces mirifiques découvertes. C'est toujours de diamants que vous allez vous occuper. On nous enseigne précisément en classe que le diamant est du carbone pur. »
M. Amond se souciait peu de ces considérations chimiques. L'essentiel pour lui, c'était que, sortis des mines ou de la poche des gogos, ce qui est encore le plus sûr des gisements, or et pierres précieuses tombassent congrûment dans la sienne.
Il ne ledit pas, mais l'oncle Arnold, qui dîna avec lui, ce soir-là, à la table des Duval, le pensa de lui.
Le soir venu, bien que l'absence de Lucile ne dût pas se |)rolonger au delà des cinq jours que durait le congé, il y eut d'abondantes larmes, lorsque la fillette embrassa sa mère, ses frères et sa sœur d'adoption, pour s'éloigner avec son véritable père.
Si bien que celui-ci laissa voir quelque dépit en présence de ce chagrin de sa fille.
t< I^arbleu! Lulu, si j'avais pu prévoir (pie ce voyage le causerait autant de j)eine, je ne le l'aurais pas offert. Moi (jui pensais, au contraire, te réjouir en te faisant voir du pays!
D'ailleurs, je ne t'y contrains pas et lu es encore à temps de rester. •>
L'enfant s'essuya vivement les yeux et répondit d'un organe encore plein de Iioipiets :
« Oli! si, papa, oh! si, <;a nie fait beaucoup de plaisir de voyager avec toi. Tu vois, je ne pleure plus.
■ — Pauvre Lulu ! pronon^-a à demi-voix M. de WinkelrJcd h l'oreille de Mme Ouval, t|uand le père et la fille eurent (juitlé l'apparteinenl, jtauvre Lulu! elle y va comme un chien qu'on fouette. Si c'est ça qu'elle appelle prendre du plaisir, qu'est-ce donc rpiand elle n'en prend pas?
— Oncle, lit Mme Duval, c'est peut-éire ma faute. Je serais désolée que i?ette enfant nous préférât à son père.
— Oh ! conclut-il bourru, ne vous désolez pas tant que cela. Elle en aura moins de chagrin quand les gendarmes t'en sépareront pour toujours.
— Taisez-vous, uïon oncle, murmura la veuve avec un reproche. Vous avez décidément trop mauvaise opinion de ce pauvre garçon. «
Il haussa les épaules en bougonnant :
« Ah ! bonne âme pitoyable que vous êtes ! Ce pendard vous en ferait accroire autant qu'il voudrait. \'ous ne m'accordez qu'une confia née mitigée quand je vous parle de mon trésor, et vous ne discutez pas même les insanités de ce propre à i-ien. •'
Les jours qui suivirent, et (ont le mois de juillet, furent consacrés ])ar le cai)itaine d'artillei'ie et son filleul à une séiic d'exercices qui en.ssent grandement élonné, et même un peu effravé Mme Duval, si elle avait pu y assister.
Dans le petit parc qui entourait sa « villa » et dont il était à peu près le seul à jouir, M. de Winkelried venait d'installer
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divers appareils de gymnastique propres à Tentrï corps en vue de quelque ascension projetée.
Aux branches d'un vieux et solide marroruiier il une copde lisse et une corde à nœuds. Et si ( curieux eût plongé son regard par-dessus le inv la propriété, sa stupeur n'eût pas été médiocre vieillard, tantôt Tenfant se hisser à la force de s'aidant des jambes, se laisser pendre à six hauteur ou glisser le long du câble, fair esquisser des pavillons, avec une méthodif vérance.
D'autres fois, armés de crampons def( improvisés plantaient des échelons dde Tarbre et s'élevaient ainsi prog audace qui eût arraché des cris de t'
Ou bien encore, Toncle Arnold gri s'arc-boutant aux maîtresses brar un filin au bout duquel pendait le ainsi qu'une araignée à son fil de Tous ces exercices, qui eusse' daient l\ un plan sagement ad neveu.
11 s'agissait, pour l'un et l'expression contemporaine.
Les deux Arnold, en effc dans les meilleurs guides I lions.
« Vois-tu, mon petit, allons visiter est peut-^ tueuse de la Suisse. I qu'un monceau de pir
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tic Icrrc peu considt*rabIc, mais d'un abord assez difiicile. Le lac des Quatrc-Cantons occupe la dt^pression centrale de ce i'(>seau où se dressent des pics comme le Titlis, le Geissberg, le Schlossberg, le Kaisersluhl, le Widderfeld, le Giswylerstock, le Pilate, le Stanzerhorn, le Buochscrhorn...
— Tous des hom qui ne commencent point par un N, mon oncle.
— [îah ! ne t'inquiète pas pour si peu. Nous la trouverons, la corne demandée. Mais je reviens à mes moulons. »
Ici IVcolier fit un mot d'esprit qui mil le vieil homme de belle humeur.
" C'est à votre « vache » que vous voulez dire ? Les moutons ne nous préoccupent pas en celte affaire.
— Bravo! petit. Tu m'y ramènes. Or, spirituel comme tu l'es, tu ne peux ^tr^ sans connaître le proverbe.
— J'en connais un, mon oncle, celui qui dit : « Chacun son métier, et les vaches seront bien gardées. »
— De mieux en mieux, petit drôle. Nous, nous n'en avons qu'une à garder, après l'avoir trouvée, néanmoins. Et le métier que nous allons exercer est celui d'escaladeurs de cimes, de grimpeurs de rochers. Il faut donc le posséder à fond, l'avoir dans les mains.
— Dans les pieds, surtout, parrain, » fit remarquer Arnold, (pli. décidément, était en verve de mots pour rire.
De ce jour, le plan fut élaboré, établi et méthodiquement appliqué.
Il ne se passa pas de jour que les deux alpinistes futurs n'entreprissent en commun leurs exercices d'assouplissement, leurs longues promenades u travers la banlieue pai'isienne, en un mot. ne « s'entraînassent » régulièrement. VA, à ce " métier », Arnold Duval commença à reprendre ses
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forces, avant même d'avoir pris contact avec les montagnes du Vi'erwaldiUittersee.
Il advint que les vacances de Pentecôte étant terminées, Lucile ne rentra pas tout de suite chez Mme Duval.
Une lettre de M. Edgar Amond, son père, avertit la veuve du colonel qu'obligé de prolonger son séjour en Belgique, il était contraint, cela allait sans dire, de garder la fillette avec lui. Il ne la ramènerait que quelques jours plus tard.
Ce retard fournit à Arnold Toccasion d'écrire une lettre passablement détaillée à son amie :
« Ma petite Lulu, je suis ennuyé que tu ne sois pas de retour, car, comme je le l'ai déjà dit, c'est à la fin du mois que nous partons pour la Suisse, le bon oncle et moi. Or, nous voici en juillet, et pour peu que tu restes absente huit jours encore, nous aurons à peine le temps de causer avant notre nouvelle séparation.
« L'intention de l'oncle est de nous rendre aux environs de Lucerne. Il paraît que c'est le plus beau pays du monde. Je suis ravi à la pensée de ce voyage. Tu sais combien l'oncle est intéressant quand il raconte des « histoires », ainsi que dit Jeanne ?
« Je vais donc, en sa compagnie, visiter le théâtre de tous les faits héroïques (|u'il nous a racontés.
c< Je verrai Sempach, et Morgarten, et Zurich, et la Wass(»r- Ihurm de Lucerne la prairie du Rûtli, où fut prononcé le fameux serment des trente-trois libérateurs, la Tell'splatte, où (hiillaume Tell s'échappa des mains de Gessler pendant la tempête, car, pour moi, Guillaume Tell a existé.
« Et puis, lu sais aussi le motif qui nous amène.
« C'est dans le lil d'une rivière appelée Melchaa que se trouve caché le fameux « trésor ». Nous n'en douions [)lus
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maintenant. Le tout est de découvrir Tendroit, et ce ne sera pas facile, attendu que, si j en crois les livres et les cartes, cetlc Melchaa coule à des profondeurs de cinquante, quatrevingt-dix et cent mètres. Il faudra monter, descendre, grimper, s'accrocher, ramper, se mouiller. 11 faudra surlout ne pas nous casser le cou.
" Aussi, en prévision des accidents possibles, faisons-nous tous les jours des exercices appropriés : corde, sauts a la perche, crampons, rétablissements. Hier, en particulier, nous avons escaladé en courant les rampes du. Mont-Valérien, qui est, il est vrai, une bien petite colline. Moi, j'étais essouflé el tout en sueur ; Toncle paraissait aussi frais que s'il n'avait pas quitté son fauteuil. Je voudrais que tu pusses le voir accomplir toutes ces prouesses. 11 n'a pas l'air d'avoir plus de trente ans. »
A cet endroit, la missive s'interrompit brusquement. Mais elle reprenait au revers de la page.
« Ma petite Lulu, je me suis arrêté d'écrire un instant, parce que l'oncle Arnold m'a appelé pour me donner communication de trois lettres qu'il vient de recevoir de la Suisse, trois lettres d'hôteliers qui nous recevront a raison de quatre francs cinquante par jour et par tête. L'une de ces lettres vient de Melchthal, un trou d'après la carte ; la deuxième d'une petite ville appelée Kerns ; la troisième de Sachseln, un joli (Midroit, près d'un beaulac, d'après la photographie qu'on nous (Mivoie.
« Je crois que c'est cet endroil-la que l'oncle Arnold choisira. L'hôtel s'appelle Ao^p/ delà Croix^ en allemand Zum Kreuz. Heviens vite que nous puissions causer avani le départ. Je t'embrasse. Ton frère : Xol Duval. )j
L'épitre rédigée, Arnold s'empressa de l'adresser à sa jeune destinataire.
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Il fut assezsurpris de ne recevoir qu'une réponse très courte, de Ion et d'allures embarrassés.
Lucile n'y annonçait son retour que pour le 10 juillet, son père étant retenu en Belgique jusqu'à cette date.
Quand ce nouvel ajournement fut connu des enfants, ils s'abandonnèrent à des récriminations contre M. Amond ; ils reprochèrent à leur sœur de les oublier. M. de Winkelried, tout en les reprenant de ces sentiments trop vifs, ne put s'empt^cher de dire h Mme Duval :
u Heu ! heu ! On dirait que la petite n'a pas écrit cette lettre toute seule, qu'on l'a dictée. Est-ce que son aventurier de père aurait l'intention de l'emmener avec lui au Spitzberg pour lui faire casser la glace qui couvre ses fantastiques houillères ? » ^
Cette fois, la veuve ne répondit rien au propos pessimiste du vieux soldat.
Elle avait eu la même intuition que lui, et trouvé à la lettre de Lucile un caractère dcî gène et a d'emprunt » qui l'avait affligée.
Le retour de la petite fille mit un terme aux commentaires, mais non aux impressions fAcheuses de Mme Duval.
Lucile reparut, mais pâle, amaigrie, gardant sur son joli visage les signes d'un chagrin profond, étrange chez une enfant de onze ans.
Et ce qui inquiéta le plus vivement sa mère d'adoption, ce fut que la fillette lui sembla concentrée, taciturne, cachant en elle le secret de cette peine au lieu de l'épancher dans cv ccinir tout prêt h y compatir.
Mme Duval, toutefois, n'essaya pas de faire violence h cette réserve, comprenant que le secret s'en échapperait un jour ou l'autre.
Elle parvint, néanmoins, à faire avouer à Lucile que sa dernière missive luiava.it été effeclivemenl dictée par son père.
Le reste, elle ne le sut pas ; Tenfant, après cet aveu, avait éclaté en sanglots, sans aucun motif justiliant cette émotion.
De son ccMé, M. Amond s'était montré plus agaçant que jamais. Prenant à partie Toncle Arnold, il l'avait plaisanté lourdement :
« Eh bien ! M. de VVinkelried, ça va-t-il bien, ce « trésor » ?
— Aussi bien, pour le moins, que vos mines de glace ou vos placers d'or monnayé, monsieur Amond, » avait riposté l'interpellé.
Le railleur se l'était tenu pour dit, les yeux du vieux soldat ne révélant pas une patience inépuisable à subir ses ineptes brocards.
Mme Duval avait intercepté le mauvais regard que le chercheur de charbon du pôle avait décoché au descendant du héros de Sempa.ch.
Elle n'en avait point parlé a celui-ci, mais n'en avait conçu (ju'un soupçon plus grave à Tencontre de l'aventurier. . Et, dès ce moment, elle s'était promis de le « tenir à l'œil », selon l'expression populaire, carie soupçon conçu lui paraissait d'autant pins alarmant qu'elle était incapable delui donner aucune base.
Tout ce qu'elle savait d'Edgar Amond, bien que très peu à sa louange, ne lui permettait pas d'en tirer des déductions nuisibles au caractère ou à l'honorabilité du personnage, dans le sens « mondain » de ces mots.
Mais si elle ne pouvait rien j)réciser, elle pouvait, hélas ! beaucoup présumer.
(Ici honune, que le vieux Winkelried traitait indilTéremmenl de a propre à rien » et de « capable de tout » avait rendu sa femme.
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la fnere de Lucile, si malheureuse qu'elle e avait occupé divers emplois el n'avait su place. IlAbleur, joueur, sans scrupules, î courir après deîs chimères. S'il n'était pas j laiteur, il était, du moins, un malfaisant, doutes et ses appréhensions. Vigilante, attention sur Lucile. L'enfant sollicitait changement plus qu'étrange survenu en humeur, au cours de cette quinzaine pi l'étranger. La veuve concevait à son logues à celles que lui avait inspirée?
. Car la petite fille maigrissait à vue l'embrassant, Mme Duval avait été ' chaleur qu'éprouvaient ses lèvres a Les mains étaient agitées d'un trer oppressé. A diverses reprises, c chambre qu'occupait la fillette, pi du spectacle que lui donnait sa
Lucile, en elTet, était en proi cauchemars effrayants.
Mme Duval avait du la prenc des baisers et de douces paro' lisme pendant lesquels la p( dans son lit de fer, grin(;anl culés ou des mots sans suit
Et le matin venu, Luci plaignant de maux de tôte.
(^es prodromes d'une s'annonçait redoutable, l'enfant, la mit en surve ménagements.
LK SKCRKT DU <;OUFFRl!:.
II arriva même qu'après une de ses visites, le praticien laissa échapper un mol terrible, presque une sentence : méninfjite.
Mme Du val prit peur. Elle avait perdu elle-même une fillelle de (juatre ans, emportée par une encéphalite diffuse.
Klle entoura Lucile de plus de soins encore, lui témoigna une tendresse plus grande qu'elle n'en montrait à ses propres enfants.
« Voulez-vous mon avis, ma chère Paule ? lui dit un matin M. de Winkelried, après avoir contemplé la petite malade d'un regard perspicace sous ses épais sourcils. Eh bien ! mon avis, c'est qu'il lui est arrivé quelque chose d'extraordinaire pendant ces quinze jours.
Et il ajouta, hochant la tête, en homme dont la certitude n'est gênée que par la recherche des causes :
« Si vous pouviez la faire parler, apprendre d'elle ce qui sVsl passé, je crois que nous aurions tôt fait de trouver le remède à son mal. »
Mme Duval tint compte du bon conseil et essaya d'arracher au mutisme de l'enfant l'affreux secret qui empoisonnait son cerveau.
On était au '27) juillet. Cinq jours seulement devaient s'écouler avant le départ de M. de Winkelried et d'Arnold pour la Suisse.
Paule prit à part sa lille d'adoption, en un moment où les autres enfants étaient sortis avec la domestique. Elle l'attira à elle cl avec d'inlinies délicatesses, avec de véritables caresses de la voix, du regard et du sourire, se mit à la questionner.
« Ma petite Lulu, dit-elle, depuis (|ue tu es revenue de voyage, tu n'es plus la même. On dirait que lu ne nous aimes pins.
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— Moi ? se n^cria la iiilelle, avec un cri sur ia sincérîlé (lii(|uel la veuve ne pouvait se méprendre. Oh ! ne dites pas ça, ma tanle 1
— Eh bien ! si je me trompe, si lu nous aimes autant (ju'avant, dis-moi franeliement ce qui te chagrine, pourquoi tu as tfuijours le front pliss*^, l'air de nous éviter, de vouloir nous fuir. Tu sais hien que je l'aime comme mes propres enfants? •>
Les lèvres de Lucile s'ouvrirent, pour livrer la confidence sans doute ; un tremblement la secoua des pieds à la lète.
Kn même lem[»s, ses beau.\ yeux se levèrent sur son inlerloculrice, sur «-elle noble femme qui était devenue pour elle une seconde mère, ia remplaçante, ou mieux, la continuatrice de celle qu'elle avait perdue. Et, dans ces prunelles limpides, Mme Duvat put suivre les péripéties d'un drame intime, la lullc entre le besoin, le désir de tout confesser, cl l'appréhension de quelque chose qu'elle ne put deviner.
("n cri sourd seulement s'exhala d'entre les dénis crochetées de la Ullelte, et elle tomba évanouie entre les bras de la veuve épouvantée