L EGLISE INVISIBLE
nations possèdent la totalité de la Bible, tandis que les Juifs repoussent le Nouveau Testament, permet de conclure qu’elles sont mieux préparées pour la seconde manifestation de l’Évangile primitif. Nous devons également comprendre, d’après les paroles de saint Pau!, que la partie la plus importante de l’Église des Gentils doit être réunie en Christ avant que la nation juive ne se convertisse. Il dit même que « l'aveuglement s’est partiellement emparé d’Israël jusqu’à ce que tout l’ensemble des Gentils soit entré.» Et, parlant des Gentils, il ajoute : « En effet, de même que vous avez jadis désobéi à Dieu, tandis que, maintenant, vous avez obtenu miséricorde à cause de leur désobéissance (des Juifs), de même, ceux-ci ont aussi désobéi maintenant à cause delà miséricorde qui vous est faite afin qu’eux aussi obtiennent maintenant miséricorde » (Rom. NI, 30-31).
Lorsque nous parlons de l’Évangile primitif, nous n’entendons pas, cela va sans dire, le système légal qui porte aujourd’hui ce nom, mais l’Évangile primitif du salut, qui nous délivre du péché par la naissance du Christ, le Rénovateur de la race humaine, et sa résur-
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rection. Car, aussitôt qu’eut pris fin l’état social qui, grâce à l’éducation légale des Juifs et à la civilisation des Grecs et des Romains, prépara providentiellement les esprits pour recevoir le fils de Dieu, l’œuvre du premier Évangile cessa, et une seconde Dispensation de la Loi le remplaça.
L’Église primitive chrétienne a différé essentiellement de toutes les Églises qui ont existé avant ou après elle ; son trait distinctif fut que la perfection était son noyau, car, pendant que Jésus était sur la Terre, l’Église qui se réunissait autour de lui avait certainement un centre parfait , quelque imparfaites que fussent ses parties extérieures. Au second avènement du Christ pour juger le monde d’alors — avènement dont le résultat fut la dispersion des Juifs et la destruction de Jérusalem, les fils de Dieu furent enlevés, et les saints moins parfaits qui restèrent, devinrent les pères d’une seconde Église juive parmi les Gentils, laquelle a continué jusqu’à ce jour.
Lorsque vient le temps de la moisson, pour les Gentils, nous pouvons nous attendre à voir surgir une nouvelle Église visible , par suite d’une Renovation religieuse , Église qui se trou-
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vera de plus en plus en harmonie avec l’Église primitive sur laquelle elle sefonde. Mais le fait que l’Église primitive a passé à un état invisible n’entraîne pas, comme conséquence, qu’elle n’ait plus rien à faire avec le monde. Lorsque le Christ fut monté au ciel, le monde ne le vit plus. 11 s’est levé d’entre les morts et il a pris place dans une demeure invisible. Est-ce que, à cause de cela, son action sur le monde a cessé? Non, nous dirons plutôt que c’est alors qu’elle a commencé. Aussi les saints primitifs l’ont suivi dans sa résurrection et son ascension, et depuis lors, ils ont été avec lui dans le monde des esprits ; pourquoi donc ne prendraient-ils pas part à son activité dans le monde? Et pourquoi leur translation d’un état visible à un état invisible ne serait-elle pas — comme pour le Christ — le commencement plutôt que la fin de leur mission à l’égard de l’humanité ?
Les Apôtres, les Prophètes, les Croyants recueillis en Christ pendant la période qui précéda la destruction de Jérusalem , continuent certainement à vivre, nul ne peut en douter. Ils sont ressuscités d’entre les morts et glorifiés avec le Christ. Leur union spirituelle avec lui n’est certainement pas moins inlime depuis
leur départ que lorsqu’ils se trouvaient dans la chair. Ils étaient alors appelés son corps « membres de sa chair et de ses os ». Ils sont toujours son corps, toujours identifiés avec lui, comme les membres le sont avec la tête. Est-ce possible de croire que la tète soit occupée des affaires de ce monde tandis que le corps et les membres ne le sont pas?
Ceux qui parlent du Christ comme de « la grande Tête de l’Église » ne devraient pas oublier qu’il est, d’abord, la Tête de toute l’Église primitive, et que les Apôtres, les Prophètes et les Croyants, en qui il lut d’abord révélé, sont toujours ses membres, et doivent être honorés avec lui comme des agents de salut qui ne sont pas moins efficaces et glorieux aujourd’hui qu’ils ne l’étaient il y a 1900 ans.
La participa* ion des saints primitifs à l’administration du Royaume du Christ, après le second avènement, est clairement annoncée dans les passages suivants : « En vérité, je vous déclare que vous qui m’avez suivi lors du renouvellement, quand le Fils de l’Homme se sera assis sur le Trône de sa gloire, vous aussi vous serez assis sur douze trônes pour juger les douze Tribus d’Israël (Saint Math.
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XIX, 28). Et moi, de mon côté, je dispose en votre faveur du Royaume, comme mon Père en a disposé en ma faveur, afin que vous mangiez et que vous buviez à ma table, dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des irônes pour juger les douze tribus d’Israël (saint Luc XXII : 29-30). « A celui qui aura vaincu et qui aura gardé mes oeuvres jusqu’à la fin, je lui donnerai puissance sur les nations. Il les gouvernera avec un sceptre de fer. » (Apoc. II, 26-27.) « Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi-même j’ai vaincu et suis assis avec mon Père sur son trône. » (Apoc. III, 21). Dans une autre vision, il est dit que ces « rois » et « prêtres » vécurent et régnèrent avec le Christ « pendant ces mille ans ». Nous trouvons dans l’Écriture des témoignages clairs et directs sur le fait que les saints primitifs, par leur translation du monde visible au monde invisible, entrèrent dans une plus grande sphère d’action et une coopération plus active avec le Christ.
Dans la parabole des talents (qui se rapporte directement au jugement et au second avènement; voyez saint Math. XXV, 14) les bons serviteurs qui ont été fidèles dans les petites
choses auront le gouvernement « sur beaucoup de choses ». Celui qui a gagné dix livres sera chargé de gouverner dix villes dans le Royaume de son Maître (voyez saint Luc XIX, 17). Or le Royaume qui fut donné au Christ à sa résurrection, et qu’il commença à gouverner, lors de sa seconde venue pour le jugement des Juifs, comprenait « tout pouvoir dans le ciel et sur la terre » (saint Math. XXVIII, 48). Donc, les postes que, selon sa promesse, il devait assigner à ses fidèles serviteurs, comme récompense, lors de son avènement, étaient, cela est évident, des postes de pouvoir sur la terre aussi bien que dans le ciel .
Il est donc évident que les saints primitifs ont quelque chose à faire avec nous, puisqu’ils sont rois et prêtres en Dieu sur la terre. Mais avonsnous quelque chose à faire avec eux ? Pouvonsnous, d’une manière quelconque, les reconnaître pratiquement comme nos Rois et nos Prêtres, ou devons-nous les laisser hors de notre vue et les noyer en Christ, en sorte qu’ils soient comme des zéros dans son royaume? On peut bien se demander si le Christ ne sera pas aussi mécontent de ceux qui se refusent à reconnaître
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ses agents que de ceux qui les adorent et leur rendent un culte.
Point n’est besoin d’adorer les saints invisibles pour entrer en relation avec eux. Si nous pouvons être en rapport avec la tête, pourquoi ne le serions-nous pas avec le corps? La même incrédulité qui met le Christ hors du monde et qui relègue Dieu au fond des cieux, nous empêche d’avoir accès auprès des saints. Comme le Christ, ils sont des êtres spirituels; comme lui, ils régnent sur la terre par influence spirituelle ; et par la foi spirituelle, on peut communiquer avec eux aussi bien qu’avec lui. Nous ne pouvons pas entrer en relation avec le Christ, ni avec aucune partie de son royaume, autrement que par « cette foi qui est l’évidence des choses qui ne se voient pas » et par la même foi nous avons accès auprès de Dieu. La première chose à faire est de croire « qu’il EST, et que c’est lui qui récompensera ceux qui le cherchent activement » ; alors nous le sentons par nos cœurs et nous conversons avec lui à travers sa parole. Ainsi, ce que nous devons faire tout d’abord pour entrer en relation avec l’Eglise primitive, c’est de croire qu elle est une Église réelle et
vivante, « l’Église du premier-né » et qu’elle est active au-dessus et autour de nous. Alors nos coeurs iront à elle, nous en deviendrons des membres conscients et nous participerons à ses bénédictions.
L’Église primitive invisible est, en réalité, ce que l’Église visible prétend être : la sainte Église mère, catholique et apostolique. La véritable Église de Dieu dans la Dispensation chrétienne n’est pas comme l’ancienne Église juive. Sous la Loi, il y avaitjplusieurs prêtres parce qu’ils étaient assujettis à la mort. Mais le Christ a jeté un pont sur l’abîme que la mort creuse entre ce monde et le ciel, et il est prêtre pour toujours, selon l’ordre de Melchisedech. Pour la même raison, le sacerdoce des Apôtres et des Prophètes ne peut changer. Ils sont ressuscités avec lui, et ils vivent toujours et sont parfaitement capables de prendre part à l’administration de son Royaume.
On nous dit qu’il n’y a pas de salut en dehors de l’Église catholique. Quoique cette affirmation ne soit pas exacte, si elle s’applique à la hiérarchie papale, elle a une signification très importante et véritable lorsqu’on l’applique à «l’Église du premier né. » Le Christ a donné
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le pouvoir et les clefs à ses apôtres et à la première Eglise recueillie en lui (saint Jean XX, 23, saint Matthieu XVIII, 18) mais fis ne l’ont pas donnée à leurs successeurs. Ils sont toujours en possession de ce pouvoir. La promesse qui leur a été laite, qu’ils pourraient pardonner les péchés, enchaîner ou délivrer les âmes, se rapporte à leur sacerdoce immuable et non pas à leurs représentants terrestres et faillibles. Ils sont nos juges et, à la tin, nous verrons qu’il n’y a pas d’autre entrée à la Cité sainte que les douze portes apostoliques, et que l’autorité que J Église présente et visible réclame faussement, appartient à l’Église primitive et invisible qui possède vraiment le pouvoir de sauver et de damner.
Le Christ a quitté ses disciples et a établi son quartier général dans le ciel, afin qu’il puisse donner une direction ascendante à leurs affections spirituelles, au lieu d’une direction de surface. Il a préparé, pour la chrétienté, une Église élevée bien au-dessus du niveau où se trouvent toutes les sectes visibles, et l’attraction de cette Eglise fera monter la foi à travers le monde invisible jusqu’à Dieu. Au lieu de chercher à nous relier à l’Église pri-
mitive par un moyen matériel, nous trouverons cette Église — après son ascension il y a dixneuf cents ans — planant au-dessus de nous et descendantsur le monde, vivante, organisée et accessible. Ce ne sont 'pas les Églises organisées de la terre contre lesquelles Rome aura désormais à combattre, mais contre cette Église même de qui elle prétend tenir son autorité — l’avant-garde de Celui qui est assis sur le trôr.e.
On objecte souvent que, s’il n’y avait pas de véritable Église sur la terre, la ligne de communication avec Dieu serait brisée, parce que les hommes doivent être attirés à Dieu par des sympathies humaines. A cela nous répondons : Il y a dans la nature humaine un élément spirituel aussi bien qu’un élément visible, et la communication avec Dieu s’ouvre par le moyen des sympathies spirituelles, plutôt que par des actes et des organisations. Mais, en ce qui louche aux perceptions spirituelles nous sommes dans une aussi bonne position pour entrer en relation avec l’Église invisible que pour entrer en relation avec le pape et ses cardinaux. Ces derniers sont invisibles pour tous, sauf pour ceux qui peuvent se rendre
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à Rome, mais les premiers ont certainement un pouvoir spiriiuel plus grand et peuvent plus facilement étendre leur présence spirituelle.
L’union de Dieu avec la nature humaine n’a aucune raison d’être brisée parce qu'il n’y a pas de moyen de communication visible . Quel lien visible y avait-il lors de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, le jour de la Pentecôte? Le Christ était alors dans les cieux et les disciples n’avaient pas encore reçu le pouvoir que leur conferra la Dispensation chrétienne. La nature divine descendit sur eux, non pas par l’intermédiaire de la présence corporelle du Christ, mais par le moyen de sa nature humaine invisible. Ainsi toutes les richesses de Dieu peuvent venir à nous à travers la nature de l’Église invisible, quoi quelle soit avec le Christ dans les cieux. Les disciples avaient reçu Ja parole extérieure du Christ avant leur baptême ; nous, nous avons reçu la parole extérieure du Christ et de ses apôtres à travers la Bible, et, par ce moyen, nous sommes en communication avec eux. Il ne manque pas un seul anneau de la chaîne originelle' Par la nature même des choses,
pour que l'homme soit entraîné vers l’unité en Dieu, le premier pas qu’il doit faire est de se détourner du monde visible et de regarder vers le monde spirituel — en un mot de donner une direction ascendante à sa foi. Par une foi de surface, comme celle que l’Église évoque, il ne peut pas s’approcher de Dieu.
Les hommes regardent d’un côté aux Églises visibles, et de l’autre à Jésus-Christ, comme personne individuelle. Ils ne connaissent pas la gloire, et soupçonnent à peine l’existence des milliers de canaux par lesquels peut passer la force spirituelle que Dieu tient en réserve dans l’Église qui entoure son Fils. La personne de Jésus-Christ est considérée comme la seule incarnation de Pieu, tandis que maintenant il est la Tête d’un grand corps spirituel composé de tous ceux qui ont été les premiers croyants ; c’est dans la totalité de ce corps que demeure la plénitude de la Divinité. En ce qui concerne la sympathie humaine, le pouvoir de salut que Dieu a acquis dans l’incarnation de son Fils, s’est, depuis lors, multiplié par le nombre de tous les membres de son corps, qui ont atteint la perfection.
Avant que le jour de la seconde Pentecôte
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puisse luire sur le monde, il faut que la foi de la chrétienté s’élargisse assez pour contempler dans les nuées du ciel « la sainte phalange » des Apôtres, des Prophètes et des premiers croyants. C’est en se séparant de l’Église-Mère invisible, et non pas de l’Église visible, que la chrétienté a fait, dans la chaîne, une rupture qui doit être réparée pour que les natures humaine et divine puissent se fondre, et que « la connaissance du Seigneur couvre la terre comme les eaux couvrent la mer ». La véritable forme de gouvernement n’est pas une chose qui ait encore à être créée et mise à l’épreuve. Elle a été inventée il y a dix-huit cents ans, et a continué à être en activité depuis la destruction de Jérusalem. Lorsque Dieu a posé les fondements de la nouvelle Jérusalem, il a donné au monde son capital. Lorsqu’il a mis son Fils sur le trône, il a établi un centre qui, à la fin des temps, réunira autour de lui, dans une union fédérative, toutes les nations de la terre, ou, si elles résistent, les brisera.
Dans le royaume du ciel, l’Église est l’État, et l'État est l’Église. Un seul ministère administre les affaires religieuses et politiques. A ceux qui sont las des institutions actuelles, qui
ne croient plus aux châteaux dans les airs, que leur promettent de grossiers réformateurs ; à tous ceux qui demandent une base divine d’organisation politique et religieuse, nous donnerons ce conseil : — Entrez en communication avec l’Église primitive invisible, l’Église du Premier-né ; travaillez et priez, afin que la Volonté de Dieu soit faite sur la Terre comme elle est faite dans les cieux (1).
Un des signes qui annoncent que ce juge-
(1) Eckarlshausen, un grand mystique qui a vécu à l’époque de la Révolution française, et dont les écrits sont souvent cités ayec admiration par son contemporain Saint-Martin, (« le philosophe inconnu »), nous dit que les Églises de la Terre sont une manifestation de la Grande Église invisible dans les cieux, et que ce cercle sacré des Élus arrivés à la perfection, a toujours existé et doit toujours exister pour la protection et l’instruction de Phumanité. Car, si cette sainte Église n’existait pas, les Églises- pécheresses de notre terre ne pourraient pas être. Qu’elles vivent est en vérité une preuve de la protection de ce Cercle fracré, sans nom, mais que nous avons nommé « Le Cercle de l’Étoile du Christ », parce que, depuis son ascension avec ses saints, lors de sa seconde venue, à la fin de l’époque juive, il est devenu le chef de la Dispensation chrétienne. Et nous ne saurions assez répétera ceux qui parlent de lui comme de la Tète et la|« pierre de l'angle » qu’il est d’abord la Tète de toute l’Église primitive, de la grande Église invisible dans les cieux, et que, comme le Père l’a appelé au gouvernement de ce Royaume, ainsi Lui a appelé ses saints à prendre place sur son trône, pour juger les douze tribus d’Israël, de même qu’ils jugeront aussi les Gentils et ces Églises sur la terre, qui prétendent tenir leur autorité de Lui.