I.E PRINCIPE DIVIN FÉMININ
Divine, et par conséquent nous devons l'adorer Lui comme l’amour le plus ardent et le plus élevé peut adorer. Si l’affection la plus sainte et la plus voulue de notre nature est le respect que nous éprouvons pour la mère de notre être extérieur et fugitif, combien plus ardemment devra se tourner cette affection vers Dieu, lorsque nous le contemplons dans sa double nature , comme la mère de notre individualité intime et éternelle, ou de notre dualité indivisible.
Les premières paroles de l’Ancien Testament, ou de la Bible sont : « Au commencement, Dieu créa », mais ce mot « Berasit » qui a été traduit par « commencement » signifie aussi en hébreu « Principe ». Et dans le cas que nous étudions ce serait une expression meilleure et plus explicite, car -alors nous lirions : « Dans le principe (féminin) Dieu créa ».
Le Nouveau Testament, selon saint Jean, commence de la même manière : « Au commencement (Principium) était la Parole, et la Parole était auprès de Dieu, et la Parole était Dieu. (Dieu dans son troisième Principe, comme la Parole, ou le Logos qui procède des
deux ; un et deux font trois, comme l’indique le triangle divin.)
« Cette Parole était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reçue... Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce ét de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme lagloire du Fils unique venu du Père. — Et nous avons tous reçu de sa plénitude, grâce pour grâce; car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. Personne n’a jamais vu Dieu. Le fils unique, qui est dans le sein (le féminin ou second principe) du Père, est celui qui l’a fait connaître. »
Dès lé début nous voyons toutes les mains tendues vers celui que les nations attendent. L’un après l’autre les Patriarches, les Précurseurs, les Pères de la race rappellent à leurs descendants la promesse faite au commencement. Parmi tous les grands conducteurs, Moïse se tient en avant avec une grandeur et une majesté toutes spéciales. Mais dans sa sublime humilité et sa droiture II s’écrie aussi: Je
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ne suis pas le Sauveur. Je ne suis que son type et sa représentation, son précurseur. Le Seigneur m’a employé pour délivrer son peuple du pays de l'esclavage, mais il ne m’a pas permis d’entrer dans la terre promise. Je ne suis que la figure de celui qui est sans péché et qui délivrera la race humaine de l’esclavage du mal, et la conduira dans la terre promise, qui est son héritage éternel. L’un après l’autre, les Prophètes, les glorieux Sages d’Israël se lèvent, et chacun d’eux, comme Moïse, montre Celui qui doit venir ; et chacun met avec plus de netteté en lumière ce qu’il est et ce qu’il sera, quelle est la nature de son Incarnation : «Voici, une Vierge sera enceinte et elle enfantera un fils, et on appellera son nom Emmanuel. » C’est-à-dire Dieu avec nous. « On l’appellera l’admirable, le Conseiller, lePrince de la Paix. » En dehors du pays d’Israël, les nations des Gentils étaient remuées par de semblables déclarations. Peu après le temps de Moïse, Zoroastre prédit aux Perses un futur Sauveur, un juge du monde. La Grèce écoute l’antique promesse que Prométhée sera délivré de ses chaînes ; el la Rome payenne, l’héritière de tout ce qui a précédé, entend la Sybille annon-
cer cet Être Divin qui sera donné au monde par la merveilleuse Vierge-Mère. Rome tressaille de cette attente universelle, dont Tacite parle en disant que tous attendaient un grand conducteur qui devait se lever en Juda et gouverner le monde.
Et cette attente du monde ne devait pas être trompée. Au temps même qui avait été prédit par Daniel des siècles auparavant, sortant de la tribu de Juda, de la famille de David, dans la petite ville de Bethléem, apparut ce Messie qui accomplissait toutes les prédictions des Prophètes. « Voici, » dit le Messager du Très- Haut à la Vierge de Nazareth, « tu concevras dans ton sein et tu mettras au monde un lils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et il sera appelé fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, et son règne n’aura point de fin. Mais Marie dità l’Ange : « Commentcela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme? » Et l’Ange lui répliqua : « L’Esprit saint (le divin féminin) descendra sur toi et La Puissance du Très-Haut te couvrira; c’est pourquoi aussi l’Être saint qui sera engendré de toi sera appelé fils de Dieu. »
le principe divin féminin
Le Saint-Esprit et La Paissance du Très- Haut étant respectivement les principes Divinféminin et Divin-masculin, ce fut par le moyen de cette puissante concentration bi-sexuelle, sur un organisme vierge préparé, que le Christ descendit dans le monde sans un père humain.
Mais avant que sa propre contre-partie féminine pût se manifester intérieurement à Jésus, il était nécessaire que le Saint-Esprit, ou Divinféminin, descendit directement sur lui personnellement , lorsque, comme semence de la femme, qui, selon la promesse, devait écraser la tête du serpent, il entendit des deux la voix de sa divine mère lui disant : « Celui-ci est mon fils bien aimé en qui j’ai mis toute mon affection. » Le Saint-Esprit de Dieu (le divin-féminin) descendit sur lui comme une Colombe et immédiatement le Baptiste reconnut en Jésus la double nature, car lorsque les Juifs lui désignèrent le Christ comme un rival qui avait aussi baptisé, il leur répondit : « Un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du ciel. Vous mêmes en êtes témoins, que j'ai dit : Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. » « Celui à qui appartient l’épouse, c’est l’époux. Mais l’ami de
l’époux qui se tient là et qui l’entend, éprouve une grande joie à cause de la voix de l’époux (St-Jean, III. 27, 29.) Il est impossible de trouver un témoignage plus clair, quant à la nature bi-une du Christ et à sa complète bisexualité, que celui qui est contenu dans ces paroles et dans cette allusion à son épouse, faite par le seul homme, vivant alors, qui fut capable de saisir ce profond mystère.
Jésus, lui-même, reconnaît en lui cette double nature lorsqu’il dit à ses disciples : « Les amis de l’époux peuvent-ils s’alfliger pendant que l’époux est avec eux ? Les jours viendront où l’époux leur sera enlevé et alors ils jeûneront. » (St-Math. IX. 15. St-Marc IL 19 et St-Luc V. 84. ) Remarquons que ces paroles de Notre Seigneur sont citées par trois des Evangélistes, ce qui semble indiquer la grande importance qu’ils y mettent, — car, par là, Jésus semble prévoir que les enfants des amis de l’époux, — qu’il appelle de ce nom, parce que ce sont eux qui commençaient à recevoir la vie bi-une, — perdraient bientôt le peu de sentiment conscient qu’ils en avaient lorsque l’époux leur serait ôté, et qu'ils souffriraient alors de l’absence de ce principe vivi-
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fiant que leur communiquait cette vie. Rappelons-nous aussi, que tous les Evangélistes nous disent que le Baptême du Christ est du Saint-Esprit et du Feu, parce que le Baptême du Christ est une initiation dans la nouvelle vie, la vraie vie Bi-une — qui consiste en la parfaite union de l’Ame et de l’Esprit.
Comme Dieu, l'homme renferme en lui le masculin et le féminin. Comme l’homme, l'humanité, elle aussi, contient l’élément masculin et l’élément féminin ; l’un, principe de force et de mouvement, l’autre, principe d’éclosion et de développement. Or, dans le plan de l’évolution, la nécessité d’établir la vie et la lutte obligatoire pour l’existence, impose, en premier lieu, la mise en œuvre du principe actif, du principe masculin, c’est le règne de la force. Puis, dès que l’équilibre de la vie s’établit, le principe féminin domine, et avec lui, la floraison de l’esprit dans ce qu’il a de meilleur. Ces deux principes ne sont pas inégaux, ils s’équilibrent dans le divin ; ils s’équilibrent également dans les humanités avancées et arrivées à un haut point de développement; mais ces deux principes ne s’équilibrent pas encore dans l’humanité terrestre, où seul jus-
qu’à présent le principe masculin a régné sans conteste.
Aujourd'hui que les œuvres de la force et de l’action ont donné à la terre sa civilisation matérielle, ont brisé pour elle les fatalités de la nature en leur opposant les œuvres de l’intelligence humaine, il faut que le principe féminin, à son tour, se développe et vienne contrebalancer l’action du principe masculin, ou mieux, couronner les travaux de la. force par ceux de l’amour. Or, ce mouvement féminin n’est pas spécial à la femme, il appartient à tous, aux hommes comme aux femmes, il représente, pour chaque individu, le meilleur de lui-même, la pitié, la bonté, l’intelligence des choses célestes, la vraie beauté morale, l’ère de la paix et de la concorde, l’union de l’intelligence avec le cœur. Et si les femmes paraissent plus spécialement désignées dans cette révolution morale, c’est que leur nature les rend plus propres à percevoir par les sentiments, et que, de tout temps, privées par leur éducation du développement intellectuel, elles ont surtout vécu par le cœur.
Aussi, l’émancipation de la femme, commencée depuis si peu de temps, gagne dans
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tous les pays. La femme, élevée intellectuellement, devient un auxiliaire puissant du règne de l’esprit. Maintenue dans un état d’infériorité, la femme empêche le progrès; affranchie par une instruction qui la met à même de suivre l’homme dans les travaux de sa pensée, elle transforme les œuvres de la force et les pare des formes de l’amour.
De cette égalité plus grande de l’homme et de la femme naîtra cette concordance de la pensée si nécessaire au développement intégral de l’humanité, cet échange de penséesindividus, équivalents qui se complètent par leur nature même. Avec le développement de la femme, l’humanité se trouvera posséder les deux facteurs indispensables de sa vie psychique et pourra marcher à pas de géant vers son équilibre moral et social.
Mais ce développement de l’influence féminine se traduit mal encore et cherche sa voie dans des revendications politiques qui en dénaturent les tendances.
La femme n’est pas appelée à prendre matériellement la place de l’homme, elle est appelée seulement à conquérir sa vraie place d’initiatrice et d’éducatrice, à tenir en ses mains,
visiblement, la réalisation de l’amour et de la bonté; elle est appelée à donner aux travaux de l’homme le côté maternel et tendrementhumain qui leur manque souvent, et à faire naître en lui ces facultés célestes, en échange de cette puissante volonté et de celte grande intelligence que l'homme est chargé plus particulièrement de faire rayonner sur la terre.
L’homme, dans la nature physique, représente matériellement le principe positif masculin delà nature, comme la femme en est l’élément passif. L’homme, dans son principe spirituel, est à la fois masculin et féminin, comme la femme est aussi formée, dans son âme, des deux principes co-éternels; et, individuellement, chacun d’eux est tenu d’agir par l’action et par le sentiment, afin d’atteindre à la raison et à la sagesse, à l’humain et au divin. L’humanité, ce grand être collectif, si personnel et si vivant, développé dans son intelligence, attend ce développement moral qui lui manque, cette conception large et grande de la vie dans la solidarité et dans l’amour, le triomphe de l’immolation et du devoir, la bonté glorifiée et illuminant toutes les créations de l’intelligence et de la raison.
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Cette éclosion du principe féminin, qui travaille sourdement le monde, et qui est, en vérité, la venue du règne du Saint-Esprit, implique nécessairement une immense révolution morale et sociale, qui remplacera l’idéal de la force et de la puissance par celui de la douceur et de la bonté.
Révolution infiniment plus grande que le Christianisme, car le christianisme a dévié immédiatement de sa voie première, et, sous l’influence du principe masculin, est devenu promptement un instrument de pouvoir et de politique.
Et cependant c’est le Christ qui a le mieux personnifié le principe féminin dans l’humanité, par sa vie toute de douceur et de résignation, par le divin renoncement à lui-même, par le sacrifice de sa vie. Et ce qui est un signe visible du degré d’évolution de la pensée universelle, c’est que le Christ adoré, glorifié, dont l’image est dans tous les temples, c’est le Christ défiguré et sanglant, le crucifié aux plaies béantes, au visage contracté par l’agonie.
C’est tout naturellement que les hommes ont choisi ce symbole, symbole qu’ils appliquaient inconsciemment par la continuité du
règne de la force, du despotisme seigneurial ou monarchique, de lu tyrannie religieuse. Oui, en effet, tant que 1 humanité s’est longuement débattue sous les étreintes de la force brutale, et aujourd’hui encore que tant d’êtres soutirent de la mauvaise organisation sociale, c’est l’image du Christ sanglant qui se dresse audessus de l’humanité, car le divin, l’amour, la bonté sont, toujours flagellés et attachés à la croix. Mais voici que des âmes d’élite ont déjà tressailli en entendant la douce voix venue d’en haut, et peu à peu, aux idées absolues d’intolérance et de despotisme, des idées plus larges ou meilleures se sont substituées; on cherche un idéal plus juste, on veut une société meilleure, pitoyable aux faibles et aux déshérités; la femme, l’enfant, le peuple jusqu’alors esclaves prennent droit de cité, les peuples sentent tomber les vieilles barrières de haine, le Christ, méconnu si longtemps, grandit de jour en jour dans une lueur d’apothéose, mais ce n’est plus le Christ martyr et sanglant, c’est la douce et rayonnante figure, auréolée de la lumière divine; c’est le Christ dont les plaies se sont fermées et qui, par ses cicatrices, montre seulement qu’il a souffert pour les hommes. C’est
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le relèvement et la glorification dn bien dans ce qu’il a de plus pur, le règne éternel de la bonté. O Christ, visage plein de mansuétude, idéal magnifique de l’humanité, ce n’est plus sur la croix infamante qu'il faut que l'homme te contemple, c’est dans la splendeur de ton règne, car voici que se lève le grand soleil de l’amour, pour éclairer tous les hommes et pour faire éclore en eux le divin féminin, qui seul peut les élever jusqu’à toi.
Ainsi, nous voyons qu’en Lui sont accomplies toutes les prédictions de Moïse et des prophètes, et toute l’attente et les désirs ardents d’Israël.
IA VENUE DU SAINT-ESPRIT
•COMMUNICATION D’EN HAUT , REÇUE DANS LE SANCTUAIRE DE LA REINE, A IIOLYROOD.
Oui, ma fille bien aimée, le relèvement moral de la femme doit préparer la descente de l’Esprit Saint ; c’est la réalisation pratique qui découle de la conception métaphysique de la vue de l’Esprit.
La descente du divin féminin sur la femme a un sens réel qui correspond au sens abstrait; les figurations mystiques, les symboles, les idées spéculatives se transposent dans le plan matériel. Un résultat pratique en ressort; c’est ici le relèvement moral de la femme.
LA VENUE DU SAINT-ESPRIT
LaRévolution sociale et religieuse qui s’opère déjà sous nos yeux repose toute entière sur la femme; spirituellement, parce que la femme personnifie l'élément féminin; matériellement parce qu’il ne s’agit point d’une Révolution intéressant Je présent seul ; mais d’un profond mouvement d’évolution qui va vers l’avenir.
C’est la femme qui est le berceau de l’avenir, parce que c’est elle qui tient l’enfant et qui prépare l’homme futur.
Si Dieu a donné à l’homme les œuvres de la force et de l’intelligence, il a donné à la femme l’œuvre sublime de mettre au monde l’enfant, de lui former un corps de sa chair, de le nourrir de son lait et chose encore plus belle, de lui donner avec la vie physique, la vie morale et intellectuelle.
Rôle tout d’amour ; la femme est la douce médiatrice qui peu à peu initie le jeune être à la vie. Sa tâche est admirable, la femme n’est vraiment grande que par la maternité, et si parfois il lui est permis de s'élever aux œuvres masculines, ces œuvres ne sont vraiment fécondes que si, directement ou indirectement, un souffle maternel les anime.
L’équilibre parfait de la femme est dans sa
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maternité; elle est faile malériellement et moralement pour recevoir les germes et pour les développer. Germes d’êtres ou germes de pensées. Ce qu’elle reçoit au doux foyer de son âme, elle le fait éclore et grandir et le rend paré des formes de l’amour.
Élément passif dans la création, elle est le réceptable de la vie ; réceptable sacré trop souvent profané.
Ni inférieure ni supérieure à l'homme, la femme lui est équivalente. De leur union résulte l’harmonie du monde, et chacun d’eux prend au mouvement général une part aussi grande. Différents d’attributions ils équilibrent la vie ; leurs deux natures associées, en se complétant, permettent le progrès et le réalisent dans l’enfant.
C’est pourquoi la famille se trouve toujours être le grand facteur de toute réforme sociale; elle est la base de la société et c’est la femme seule qui peut, par son rôle au foyer domestique, dont elle est l’élément stable, maintenir intacte celte base sociale et permettre à l’homme d’édifier la grandeur de ses destinées.
Tout ce que les hommes peuvent dire ou écrire contre le mariage pour le condamner,
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dans son principe, et pour prêcher l’amour libre est une folle utopie. C’est, sous le prétexte de la liberté, déguiser l’égoïsme brutal qui ne cherche que la satisfaction des instincts et qui ne se soucie ni des destinées de l’homme, ni des devoirs, ni des sacrifices qu’il doit accomplir pour le bien social.
Les êtres ne sont pas appelés à la vie pour goûter des plaisirs ou des sensations agréables; mais pour coopérer au plan général de la nature, pour participer aux œuvres de l’intelligence divine.
Leurs caprices ou leurs fantaisies ne peuvent s’élever contre les lois éternelles et les transgresser. Soumis à des causes sublimes, l’homme ne peut les enfreindre sans amener dans la vie sociale des troubles dont il est le premier à souffrir. Toute loi particulière disparaît devant l’intérêt général. Toute vie individuelle subit la vie universelle. Toute personnalité s’efface devant la collectivité. Toute existence humaine est solidaire des générations passées et des générations futures. La création est un perpétuel devenir; la nature se perpétue par des germes. Toute œuvre humaine repose sur l’Enfant.
Or, l’enfant peut il vivre loin du foyer*? Peut-il, dans le hasard des unions passagères, trouver le milieu harmonique nécessaire à sa faiblesse ?
Est -ce lorsque la femme sera considérée comme un simple objet de plaisir, et que, dégradée, elle sera déchue de sa dignité de femme, qu’il trouvera en elle la noble initiatrice?
Est-ce dans le mariage moderne, presque toujours un divorce, qu’il trouvera ce milieu de mutuelle affection, cette école de courage, d’abnégf^ion réciproques dont l’influence impérissable et sainte le fera grand et fort ?
L’homme ne s’occupe guère dans les lois qu’il a instituées pour établir la famille, que de ce qu’il croit son intérêt ou son plaisir ; nullement du résultat de ces lois et du faux équilibre social qui en résulte, et qui pèse tout d’abord sur l’enfant et sur la femme.
La femme considérée comme un luxueux bibelot, comme un hochet coûteux ou comme un comparse obligatoire dans les intérêts sociaux, consomme la ruine de la société dont elle a la garde.
Privée de son grand et noble rôle, elle devient un être instinctif et impulsif d’autant plus dan-
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gereux que toute sa force et toute sa puissance résident dans l’amour.
Autant, chez elle, l’amour est pur, élevé et profond, autant elle devient capable d’accomplir de grandes choses.
Autant il est trouble et malsain, autant elle rend autour d’elle toute chose ténébreuse et mauvaise.
Nature passive, elle reflète le milieu qui l’entoure, incarne le bien ou le mal avec d’autant plus de force que, chez elle, le sentiment domine presque toujours la raison ; et que tout en elle la porte à recevoir profondément les empreintes que l’on fait pénétrer dans son àme.
C’est pourquoi, plus facilement accessible aux défaillances morales que l’homme, elle se relève aussi plus facilement si un grand sentiment vient à l’animer. C’est par elle que tout mouvement ascendant doit commencer; c’est en honorant la Mère, la gardienne du foyer, que peu à peu l’édifice social sortira de ses ruines.
Pour cela, il ne faut pas imposer des lois, créer des codes et ne rien changer au courant des idées habituelles. Ce qu’il faut, c’est réformer la morale ; du sentiment moral, la loi se
forme naturellement et dure ; les lois n’ont de force sur les individus qu’en traduisant un sentiment vrai et général et le mariage n’aura pas besoin de lois pour exister et pour être respecté, du jour où le respect du mariage sera dans les cœurs.
Ce n’est point en édictant des pénalités que se reformera la famille; c’est en ayant le désir sincère de son relèvement, en flétrissant énergiquement l’adultère au lieu d’en rire légèrement ou de le glorifier, c’est en faisant du mariage, non la juxtaposition hâtive de deux intérêts pécuniaires, mais l’union librement consentie de deux êtres qui s’associent pour porter en commun les peines de la vie et pour s’aider mutuellement. C’est en adoucissant le sort des classes pauvres afin que le mariage n’y soit plusdissout parla misère, que la femme paisse rester dans son intérieur à élever ses enfants sans recourir au labeur de la fabrique et de l’atelier; c’est en entourant la femme indigente de soins prévoyants aux crises douloureuses de la maternité afin que le petit être ne soit pas pour le pauvre ménage un chagrin, mais une joie. C’est en ne méprisant point la fille-mère, mais en la relevant par la maternité,
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en lui rendant possible la tâche d’élever son enfant et d’être digne . plus tard d'avoir elle aussi un foyer. Enfin c’est en cultivant chez lajeunefille l’esprit familial, en lui faisant aimer sa destinée par le respect du mariage et par la grandeur du rôle que Dieu lui confiera un jour en lui donnant des enfants.
La société se meurt du désagrégement de la famille ; l’homme et la femme y ont travaillé l’un et l’autre, 1 homme peut-être plus que la femme parce que, plus libre et moins passif, il est plus responsable; et l’un et l’autre ont perdu le bonheur. Le bonheur s’est enfui du jour où l’adultère et le divorce sont venus s’asseoir au foyer; du jour où l’enfant, né dans la discordance d’un ménage mal assorti ou d’une union passagère, est devenu le jouet d’une éducation qui n’a ni les exemples du cœur ni les leçons profondes de l’entente de deux âmes. Et la famille voit sombrer, avec la dignité de ses chefs, le respect et les fortes vertus. Une jeune génération désenchantée, sceptique, rachitique, petite d’idées et de caractère s’étend comme une mousse desséchée sur les vieilles ruines socia’es.
Les âmes s’aigrissent, le mal s’étend, une
lassitude générale pèse, l’écœurement monte aux lèvres ; et chacun se sentant seul goûte les fruits amers de la mort.
Et cependant l’élément divin plane toujours sur le monde ; ces deux peuples ennemis, l’homme et la femme, qui se regardent avec défiance peuvent encore se réconcilier.
Les femmes surtout, veulent autre chose que cette vie qui leur est faite. Elles ont poussé un cri de revendication; celles qui n’ont pas voulu être des hochets ou qui se sont senties impuissantes, au milieu des difficultés de la lutte pour la vie, à réaliser pour elles ou pour les autres le foyer familial sont devenues hommes, et peu à peu vont à la conquête des places réservées à ceux-ci.
Ce signe des temps serait un malheur profond s’il devenait une loi générale , il rendrait irrémédiable le grand divorce ; la femme y perdrait sa mission toute de grâce et d’amour, il tarirait pour elle la source du divin-féminin.
Heureusement que ces femmes revendicatrices travaillent en réalité pour donner à leurs sœurs un foyer, qu’elles sont et seront l’exception et qu’elles préparent le règne du divinféminin en relevant la femme. Et ce divin-
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féminin régnera dans sa plénitude le jour où l’épouse et la mère rayant reçu dans son âme, en pénétrera l’enfant bercé sur ses genoux et le fera rayonner dans sa demeure, en étant l’image vivante de l’Éva céleste pour son mari et pour les siens.
Un Envoyé de la Reine-Marie.
APPENDICE