DROIT AC TRAVAIL
caractères et l’énergie des aptitudes; elle doit, au conlrairc, en provoquer la manifestation et les développements.
Telles sont les principales recommandations que je me permets de proposer aux ouvriers qui penseraient à fonder une association, ou aux personnes qui seraient appelées à donner des conseils aux fondateurs.
Nous savons du reste que, malgré l’impulsion donnée par le crédit de trois millions, voté par l’Assemblée constituante de 1848, le mouvement qui portait les ouvriers à s’associer s’est bientôt ralenti, et qu’il s’est arrêté depuis une dizaine d’années, sans cause extérieure. Les ouvriers disent eux-mêmes, comme ils disaient à propos de la communauté, qu’ils sont trop personnels pour pratiquer l’association. Le fait est qu’ils ne savent pas bien la cause réelle de leur incapacité présente à réaliser celte radicale réforme des conditions du travail. Nous verrons plus loin la vraie cause de celte incapacité, et peut-être trouverons-nous que l’ouvrier de Paris n’a pas trop à en rougir.
L’association ouvrière était conçue pour assurer le droit du travail. Mais la disposition des esprits est telle, qu’on lui préférerait, quant à présent, le droit au travail.
Voyons donc comment cette seconde idée s'est produite, et pourquoi elle a plus passionné que la première.
La formule fameuse : « droit au travail! » qui a causé une si vive agitation en 1848, était sortie de l’école phalanstérienne; dès 1844, les ouvriers rédacteurs de l’Atelier la critiquaient très-vertement, lui reprochant de ne conclure à aucun changement de la condition des classes laborieuses.
Cette formule revint naturellement sur le tapis en 1848, au moment où l’on venait de dissoudre les ateliers nationaux, et où l’on était sous l'impression des misères privées et des embarras publics que causent inévitablement les grandes crises sociales.
Le parti radical aurait voulu que la loi fondamentale de la République contint la reconnaissance de ce droit ; mais le parti de la réaction ne voulait pour rien au monde que cette reconnaissance eût lieu.
Dans la pensée de la grande majorité de la classe ouvrière, le droit réclamé n'impliquait pas le moins du monde que l’État serait obligé, à première réquisition, de donner du travail à tout individu qui en manquerait, sans le faire sortir de sa spécialité. On ne voyait là, pour l’État, que l’obligation d’être prévoyant, et de se mettre en mesure, au cas de nécessité absolue, d’offrir un travail quelconque aux bras inoccupés qui le réclameraient. Ce désir n’avait, certes, rien d’exorbitant. On peut bien comprendre qu’il ait été celui d’une population qui vit au jour le jour, et qui, dès