‹ Le secret du peuple de Paris A. CorbonChapitre 15 sur 64 · DROIT AD TRAVAIL · texte numérisé non relu

DROIT AD TRAVAIL

s'est produite. Elle s’est produite avec tout l’éclat, toute la solennité qu’on pouvait donner à une question qui, prétendait-on, contenait à elle seule toute la révolution de février. On déclarait hautement que le droit au travail, reconnu ou méconnu, c’était la Révolution triomphante ou la Révolution vaincue!

« Y avait-il, dans la pensée de cedx qui réclamaient si haut la consécration constitutionnelle de ce droit, un sens plus radical que nous ne disons? Point. Qu’on lise les discours des orateurs et les articles des journaux, et l’on verra que, sauf deux opinions isolées, ce qu’on entendait généralement par droit au travail était bien ce que nous avons dit : la garantie asstirée à tout travailleur qu'à défaut du travail privé il aura droit à un travail quelconque d’utilité publique.

« Car il a été bien entendu, par la généralité des

promoteurs de l’idée, qu’en principe l’État ne peut être tenu de se faire ch'.f d’industries et donner à tout ouvrier inoccupé un travail exactement conforme à sa capacité professionnelle... Ainsi, d’après la grande majorité des partisans passionnés du droit au travail, ce dont il s’agissait, c’était d’établir en droit ce qui était depuis longtemps établi en fait.

« Ainsi, ces grands et terribles bouleversements sociaux, ces luttes sanglantes, ces nombreuses existences brisées, ces troubles profonds dans l’économie générale, ces misères si longues et si héroïquement supportées, tout ce qu'ont exigé de sacrifices dix-huit années de préparation révolutionnaire, tout ce qu’a

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coûté de peines l’enfantement de l’institution républicaine ; en un mot, tout ce que devait donner de plus élevé, de plus radical, de plus démocratique, l'esprit si audacieux du siècle,... tout cela devait se résumer dans la reconnaissance du droit au travail ! C’est-à-dire dans la garantie constitutionnellement donnée à tout prolétaire que, le jour où le travail privé lui fera tout à fait défaut, l’État, le département ou la commune, lui tiennent en réserve des tas de terre à brouetter et des cailloux à casser sur la route! »

Voilà qui prouve que toute la portion de la classe ouvrière engagée dans le socialisme ne se passionnait pas pour ce droit, réclamé en son nom, faute de trouver mieux, par les socialistes de la bourgeoisie.

Nous étions, nous autres, du groupe de l'Atelier , d’autant moins favorables à cette revendication que nos préoccupations se concentraient sur la question bien autrement radicale des associations ouvrières.

Mais je dois dire que notre manière de voir n’était pas celle de la grande majorité de notre classe. Elle préférait évidemment à l’association, qui assurait au travail son plein droit, l'idée qui semblait devoir la garantir contre le chômage.

En sorte que la classe laborieuse était flanquée de deux petits partis nés d’elle-même, qui pariaient pour elle, sans que ni l'un ni l’autre exprimassent son véritable sentiment. C’était, d’une part, le parti de l'Atelier, qui prêchait l’association volontaire, et d’autre part le groupe qui voulait la constitution desalc-

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