‹ Le secret du peuple de Paris A. CorbonChapitre 3 sur 64 · LES CLASSES POPULAIRES · texte numérisé non relu

LES CLASSES POPULAIRES

le point de vue plus général où nous sommes. Je divise, en conséquence, en deux classes la population utile, et je réunis en une seule tous les éléments volontairement inutiles ou nuisibles.

La classe populaire supérieure est celle qui, outre qu’elle produit, par son travail professionnel, plus qu’elle ne consomme, est encore utile par sa vive sollicitude pour tout intérêt général, et par la force qu elle acquiert aussi sur les gouvernants en les obligeant à marcher dans la voie du progrès, ou tout au moins en les empêchant de dérailler trop fortement. Elle peut laisser à désirer, sans doute; mais si le poids dont elle pèse faisait défaut, la société serait encore bien loin, et pour bien longtemps, du point qu’elle occupe sur le chemin de la civilisation.

La classe moyenne est celle qui n’est à peu près utile que par son travail professionnel, se croyant incompétente à s’occuper des intérêts généraux, et n'étant guère sensible, d’ailleurs, qu’à ce qui la touche immédiatement.

Dans la classe inférieure nous placerons d’abord les inutiles volontaires , comme producteurs et comme citoyens; puis tous les éléments nuisibles que peut fournir la population dite ouvrière.

On a compris que ce n’est pas seulement la classe inférieure, mais aussi la classe moyenne qu’il s’agira d’écarter lorsque nous chercherons le secret du peuple politique.

Ce premier point convenu, voyons approximative-

ment le nombre qu’on peut attribuer à chacune de ces classes.

Faisant abstraction, pour un moment, de la valeur civique d’une grande partie de la population ouvrière de Paris, et ne considérant cette population qu’au point de vue de son utilité professionnelle, il ne me sera pas difficile, je pense, de faire admettre que les huit dixièmes produisent plus qu'ils ne consomment. On acceptera d’autant plus aisément ce chiffre, que j'entends parler de la population valide exclusivement, et hors des temps de crise.

Si cette proportion était notablement moindre, que deviendraient, je le demande, non-seulement la foule des personnes incapables de produire, mais surtout la classe dispensée de travailler, et qui consomme d’autant plus largement?

Je conviens qu’il y a, dans le populaire parisien, plus de gens inutiles et de gens nuisibles, toutes proportions gardées, que dans le populaire des petites localités. Mais voici la compensation : il est hors de toute contestation que la classe laborieuse de Paris est beaucoup plus active au travail, et produit beaucoup plus que celle de province, bien que ce soit la province qui renouvelle incessamment la population ouvrière du grand centre; et l’on sait qu’en général, malgré la supériorité du salaire, on ne ferait nulle part, à si peu de frais, ce qui se confectionne à Paris, sans compter la valeur de goût.

Il est donc permis de porter à huit dixièmes la popu-

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