‹ Le secret du peuple de Paris A. CorbonChapitre 4 sur 64 · LES CLASSES POPULAIRES · texte numérisé non relu

LES CLASSES POPULAIRES

lation ouvrière donnant bénéfice à la société, et à deux dixièmes seulement la partie du peuple qui, de zéro inclusivement, descend tous les degrés de l’infériorité et de l’immoralité. C’est bien déjà trop.

Maintenant, si nous voulons distinguer, dans la classe vraiment laborieuse, la partie accessible à la passion politique et capable de vertus civiques, de la partie plus ou moins fermée à cette passion et à ces vertus, quelle sera la proportion de chacune?

J’ai déjà dit qu’à mon estime la classe professant des sentiments politiques formait au moins la moitié de la population totale appelée communément classe ouvrière; c’est-à-dire cinq dixièmes. J’ai ajouté que c’est le chiffre des temps calmes, et qu'il s’augmente considérablement aux temps de crises sociales; je maintiens ce que j’ai dit. Pendant la période de 1848 à 1851, cette classe comprenait au moins les sept dixièmes de la masse populaire. 11 est même, en ce temps-ci, certaines questions morales ou de politique extérieure qui ont le privilège de passionner à ce point le personnel de l’atelier parisien, qu’il me serait très-permis de grossir considérablement ce chiffre.

Je suis donc d’une modération extrême, et peu flatteuse pour le peuple, en me bornant aux cinq dixièmes.

A ce compte, la classe moyenne prendrait trois dixièmes environ, puisque nous évaluons à deux la classe inférieure.

Contrairement aux résultats que donne la classification communément appliquée à la société tout en-

tière, où la classe supérieure est de beaucoup la moins nombreuse et où l’inférieure absorbe la grande majorité de la nation, dans notre classification du peuple de Paris, c’est l’élément inférieur qui ne forme qu’une infime minorité, tandis que l'élément supérieur est de beaucoup le plus nombreux.

Mais si l’opinion commune, dépouillant enfin ses vieux préjugés, se plaçait au point de vue de l’utilité réelle, de la vie active et féconde, pour opérer le classement de la société, il se ferait un singulier remueménage dans les couches dont on la compose encore aujourd’hui. Que de gens prétendant occuper les plus hauts degrés de l’échelle descendraient à zéro, et que d’autres, que le préjugé porte à peine aux premiers degrés au-dessus de zéro, monteraient aux plus élevés!... Cela viendra lorsque l’obligation de travailler ne sera plus tenue pour signe d’infériorité relative, et que l’on sera moins disposé à s’incliner devant le riche parasite.

En attendant ce progrès de la raison publique, ai-je besoin de justifier la qualification de supérieure que je donne à la classe doublement utile, et par son travail professionnel et par ses aspirations civiques?... Je n’imagine pas qu’aucune personne, à peu près saine d’esprit, ose contester un instant la qualification dont s’agit.

Je sais bien ce que pensent au fond de leur âme — au fond de leur stupide égoïsme, veux-je dire — nombre de gens rentés et peureux, étroits d’esprit autant que de cœur, dont la quiétude est souvent troublée rien que par le soupçon des aspirations popu-

LES ÇLASSES POPULAIRES, laires. Ces gens-là préfèrent de beaucoup la moyenne classe à la supérieure, parce que celle-là est aussi portée à la résignation que celle-ci y est peu disposée. Donc, on est pour celle-là contre celle-ci. Aussi bien, ces gens qui préfèrent la classe moyenne ne sont-ils qu’une variété de mollusques, vivant dans la crainte perpétuelle qu’une tempête populaire ne les arrache du rocher auquel ils ont attaché leur coquille. Ils ne valent vraiment pas qu’on discute les inspirations de leur esprit atrophié.

Donc, jusqu’à démonstration sérieuse qui puisse entacher d’erreur notable la classification ci-dessus, soit quant aux chiffres proportionnels, soit quant à la qualification ou désignation de chacune d’elles, je la maintiens.

Et je dis que, eu égard à son nombre et à sa qualité, la classe à laquelle ce livre est particulièrement consacré peut prendre, à bon droit, le titre de peuple de Paris; d’autant mieux qu’il s’agira beaucoup moi ns des mœurs privées que des mœurs publiques de la classe populaire.

A ce point de vue, en effet, les deux éléments moyen et inférieur disparaissent d'eux-mêmes; il ne reste devant nous que la classe supérieure. Où serait donc le peuple de Pans, qui donne tant à penser au monde politique, s'il n’était tout entier dans cette classe?

Mais j’ai dit qu’avant d’écarter les catégories qui n’ont que faire sur le terrain où nous nous plaçons, je dirais ce que je sais d’elles. C’est ici le lieu.

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