LA RÉVOLUTION. 2G
pire; tant il est vrai qu’elle répond bien aux aspirations humaines ; ou, pour mieux dire : tant il est vrai qu’elle est l'effet nécessaire des tendances persistantes de l’humanité.
La Révolution française a une tout autre portée que n’eut celle d’Angleterre, par exemple, ou celle d’Amérique, lesquelles étaient exclusivement locales, et ne touchaient guère qu’à l’ordre politique. La nôtre ne se limite en rien. Elle touche à tout; elle va partout; elle renouvelle tout. Elle embrasse, dans sa sollicitude universelle, non-seulement toutes les classes et tous les besoins moraux et matériels de la société française, mais encore tous les peuples et toutes les conditions de leur existence civile et religieuse... Elle est française en ce sens seulement qu’elle a établi son foyer au cœur du peuple le mieux doué pour la faire rayonner jusqu'aux confins du monde; au cœur du peuple le plus expansif, le plus sympathique aux autres, et le mieux disposé au sacrifice de soi pour le salut de tous...
En rayonnant, elle avive la flamme languissante des nationalités; ou, pour parler plus juste, elle renouvelle le principe même de vie et la raison d'être des nationalités. L’Italie qui se fait, la Pologne qui se débat héroïquement contre ses bourreaux, la Hongrie, l’Espagne, l’Allemagne, la Grèce, quand elles se seront constituées conformément à leurs aspirations, seront aussi distinctes de ce qu’elles étaient avayt le mouvement de rénovation, que le monde
chrétien du moyen âge était distinct du monde païen. Le mouvement actuel des nationalités est l’œuvre de sociétés qui se reconstituent pour entrer, chacune avec l’aptitude dont elle douée, dans le cercle nouveau et grandiose que la Révolution a ouvert à l’activité humaine.
11 suffit d’observer les phénomènes qui ont lieu au sein de la société européenne, tant dans l’ordre civil que dans l’ordre moral, phénomènes universellement attribués à l’esprit de la Révolution, pour avoir la certitude que celle-ci a bien tous les caractères d’une rénovation sociale, au point de vue religieux aussi bien qu’au point de vue politique. Elle inaugure donc une civilisation nouvelle, dans toute la valeur philosophique et historique du mot. Sans être négative du christianisme, dont elle conserve l’essence, elle ouvre une ère qui recevra des générations à venir une appellation particulière. L’ère qui commence est en progrès sur l’ancienne, autant que celle-ci l’était elle-même sur celle qu’elle remplaçait...
Le principe constitutif de la société qui s’éteint reposait sur le droit divin. Considéré dans son sens le plus élevé, il embrassait certainement, quoique sous condition, l’universalité du genre humain ; mais, conçu dans une pensée dédaigneuse des choses de ce monde, il ne disposait les esprits qu’à l’espérance de la rédemption céleste.
Le principe de la nouvelle société repose sur le droit humain, et, sans rien préjuger des choses cé-