‹ Le secret du peuple de ParisChapitre 13 sur 39 · CHAUVINISME · texte numérisé non relu

CHAUVINISME

dans le peuple, on peut affirmer que son instinct lui dit que ce n'est ni avec la diplomatie, ni par l'encheve- Irement des intérêts internationaux que l'intolérable situation de l'Europe sera dénouée. A l'action de ridée, au poids des intérêts, le peuple parait croire qu'il en faudra venir à ajouter l'éloquence du canon. Il pressent qu'on n'en finira de la guerre que par la guerre. Il a pris au sérieux celle maxime célèbre : « Voulez-vous la paix? préparez-vous à combattre. » Or, qui connaît notre classe sait très-bien que rien ne lui sourit tant que la perspective de la paix définitive, cimentée par l'alliance des nations émancipées.

Croit-on que la France pèserait de tout le poids dont elle pèse dans les conseils de la vieille Europe, si le peuple s'était guéri de son « chauvinisme? »

C'est la Révolution, et ce sont ses suites, qui ont amené le développement si énorme des armées permanentes dans toule l'Europe : c'est elle aussi qui sauvera la sociélé européenne de cette immense plaie qui la ronge, et qui la luerait si la « paix armée » devait durer encore un demi-siècle. Oui, il n'y a que la Révolution qui, en généralisant la démocratie partout, puisse détruire les causes de guerre, et créer enlre les nations affranciiies les liens d'une paix durable et féconde, par conséquent désarmée... De toutes les tendances du peuple, il n'en est pent-ôlre pas une dont il se rende aussi bien compte que de celle-là, qui lui vaut l'épitlièle de cbauvin. Il veut la guerre pour avoir la paix; et la garantie de la |)aix,

i 1 la veut dans la sainte-alliance des peuples, dans la

fédération des nations européennes.

Je sais tout ce qu'on peut dire contre la guerre : j'en dirais long moi-même, si c'était ici le lieu. Autant que personne je réprouve en principe ces duels gigantesques, cette effrayante manière de détruire de temps à autre la fleur de la jeunesse virile. Il arrivera certainement un jour où le sentiment humain, épuré, fera repousser avec horreur la nécessité de ces épouvantables tueries, et où la guerre ne se fera plus qu'entre peuples attardés ou peuples déchus. Mais nous n'en sommes pas là, malheureusement; le sentiment réprobateur de la guerre ne fait que de. naître. C'est à peine si l'on commence à froisser la délicatesse de la société la plus avancée en lui chantant les refrains de guerre et l'amour des combats... Voyez, d'ailleurs : jamais la civilisation n'avait tant mis que de nos jours la science à contribution pour inventer des engins de destruction ; jamais le système militaire n'avait pris d'aussi formidables développements qu'en ce temps-ci. On cultive beaucoup plus ardemment, dans le monde civilisé, l'art de détruire que celui de faire vivre. .. C'est que tous les esprits ont le pressentiment d'une guerre générale entre les représentants du vieux droit et ceux du droit nouveau... Ce n'est pas le peuple, à coup sûr, qui a créé cette situation; 0 est h force des choses. Mais étant donnée cette situation, je regretterais amèrement qu'il eût perdu son tempérament belliqueux, puisqu'il ne s'enflamme que

Page 1