CHAPITRE II
ou MENE L INSTINCT DU PHIPLE.
Si l'on considère l'Europe au point de vue de la solidarité des intérêts, de la facilité des échanges et des communications, abstraction faite des gouvernements, on voit que jamais les diverses sociétés qui la composent n'ont paru plus désireuses de s'entendre et de se garantir réciproquement le droit de se développer chacune selon son génie propre. Tous les progrés scientifiques, tous les inléréls moraux et matériels mènent directement à effacer les frontières entre peuples, sans porter atteinte au caractère particulier de chacun d'eux. Les voies de fer, la télégraphie, tendent n constituer l'unité dans la diversité. C'est la icndsnce des
choses, c'est le grand courant moderne, c'est l'influence providentielle qui établissent un trait d'union entre des sociétés longtemps étrangères les unes aux autres; c'est la fédération européenne, — cette belle utopie qui a fait sourire tant d'esprits forts, — qui se constitue en dépit de toutes les volontés contraires.
Mais, — contraste bizarre ! — si Ton considère l'Europe au point de vue politique,' on trouve chacune des nations qui la composent armée jusqu'aux dents, et employant le plus fort et le plus pur de son revenu à créer des engins de destruction...
Partout on fait des vœux pour la paix, — et partout on se prépare à la guerre !
Les peuples se tendent réciproquement une main, en tenant de l'autre un revolver armé.
Les immenses forces que l'Europe entretient ne prennent pas seulement à chaque nation la plus grosse part de son revenu net; elles enlèvent à la production générale les plus vigoureux travailleurs, et, à la perpétuation de l'espèce, les reproducteurs les plus sains. Si bien que les armées ruinent à la fois et les finances et le tempérament des peuples.
G*est que la société européenne tout entière est sous la menace incessante d'une inévitable conflagration. La diplomatie fait, il est vrai, des efforts inouïs pour éloigner le moment de la crise suprême ; mais personne ne se fait illusion : tout le monde sent qu'elle viendra. Tous comptes faits, mieux vaudrait tôt que tardl Car les moyens employés pour la retarder cou-
tent beaucoup plus à l'Europe laborieuse que ne lui pourraient coûter les conséquences de l'orage même....
Devant une situation si tendue, si anormale, si fatale à la prospérité des peuples, quel est donc le moraliste sérieux, le philanthrope sincère, l'économiste véritable, qui ne fassent des vœux ardents pour voir cesser un pareil état de choses?
Quel est donc l'homme d'État digne de ce nom qui ne mettrait sa gloire à pacifier l'Europe, en détruisant les causes factices de la guerre, et en favorisant l'œuvre que la science et les intérêts légitimes ont commencée : la fédération des sociétés européennes?
J'ignore ce qui se passe dans l'esprit des hommes d'Etat dirigeants; mais il est évident que toute politique à contre-sens du grand courant qui porte les peuples à se fédérer, est une politique fausse, dangereuse, et, par conséquent, frappée de nullité pour le bien... La politique selon l'esprit du siècle, la politique rationnelle, féconde, glorieuse, est celle-là seulement qui se conformera aux aspirations des peuples modernes... Celui-là seul parmi les liommes d'État aura droit à la reconnaissance de la postérité, qui aura hautement pris l'initiative de celte immense et bienfaisante évolution progressive: la constitution des États- Unis d Europe.
^-.2 LE SECRET DU l'KUPLE.
Si la Révolution française n'avait été déroutée, troublée, comprimée, l'œuvre de la fédération serait réalisée depuis longtemps déjà. Cette idée est formellement dans son programme; et c'est à la France que devrait revenir la gloire de commencer cette salutaire entreprise.
Les esprits chagrins, s'appuyant sur ce qui se passe en Amérique, ne manqueront pas de dire que la fédération ne serait pas plus une garantie de paix durable pour les États européens qu'elle ne Ta été au delà de l'Atlantique.
L'objection n'est que spécieuse. Les États-Unis d'Amérique avaient en eux-mêmes la cause de l'inévitable et terrible conflit qui émeut aujourd'hui le monde entier. Ce qui arrive était prévu depuis longtemps : l'esclavage devait produire tôt ou tard la sanglante crise dont le vieux monde comme le nouveau sont solidaires. Pour le dire en passant, les sociétés humaines reçoivent à l'heure présente une effrayante leçon! Elles portent toutes la responsabilité du long crime commis par l'une d'elles... Malheureusement, ce sont les populations qui y pouvaient le moins qui portent le plus gros de la peine!
Mais, en Europe, les choses se présentent ainsi, que la fédération n'y est possible qu'après l'effacement
do la grande cause de conflagration. Comme l'xVmérique, l'Europe est bien, en effet, divisée en deux camps; l'un représentant le vieux droit, et l'autre le droit nouveau; et c'est précisément parce que, de toutes parts, on pressent que l'heure est proche où l'un des droits sera forcé de céder l'empire à l'autre, que l'on est partout sous les armes, et qu'en aspirant à la paix, on se tient prêt à la guerre.
D'autre part, en considérant la marche des choses, il est évident que le droit moderne gagne chaque jour du terrain, et que l'avenir lui appartient.
Il doit donc être bien entendu que la réalisation de la fédération européenne implique d'abord, et nécessairement, la suppression de la grande cause de division entre les divers États. Cela fait, l'esprit ne peut plus entrevoir, de bien longtemps, la raison déterminante d'une crise qui mettrait une moitié de l'Europe en guerre avec l'autre. D'ailleurs, de tous les moyens imaginables pour conjurer les conflits sanglants entre les peuples, la fédération, qui implique le désarmement et l'enchevêtrement des intérêts, est à coup sûr le plus simple et le plus radical.
Aussi bien, faut-il répéter que la tendance des choses, non moins que la raison, poussent la société européenne à ce résultat. Le grand mouvement des nationalités n'est, en définitive, que le travail préparatoire à l'alliance dos peuples. Les nations revendiquent l'usage de leur libre-arbitre pour disposer d'elles-mêmes, selon leur convenance. Or, leur convenance est évi-
23/t LE SECRET DU PEUPLE,
demment de \ivre en paix les unes avec les autres; de se développer, chacune conformément à ses aptitudes. Il est donc nécessaire qu'elles commencent par se débarrasser chacune de sa vieille camisole de force. Chacune, en effet, est en travail de rajeunissement : Les nationalités font leur toilette, si j'ose ainsi parler, pour s'asseoir dignement au grand banquet de la fraternité.
C'est la Révolution qui les y convie, et c'est à la France qu'incombe le devoir et que doit appartenir la gloire de leur en faciliter l'accès.
Tant d'intérêts détestables se jettent à la traverse des plus généreuses entreprises, qu'on ne saurait apprécier le temps nécessaire à la réalisation de ce progrès. Mais, au train dont vont les événements, on peut espérer que le siècle ne passera pas avant que la société européenne ne puisse jouir de cet immense bienfait.
Sans faire entrer en ligne de compte tout ce que les guerres détruisent d'hommes et de choses, et en n'énumérant que le bénéfice d'une paix sérieuse, par conséquent désarmée, nous pouvons bien admettre que, sur deux millions cinq cent mille hommes au moins que l'Europe entretient sous les armes, en temps de paix, elle poui^rait facilement en rendre les neuf
dixièmes au travail productif; — et que, sur les trois milliards et demi, au moins, qu'elle dépense armuellement pour se garantir sur terre et sur mer, elle pourrait en restituer également les neuf dixièmes à la commandite du travail.
Imaginez tout ce qu'on pourrait faire en France, par exemple, avec trois cent soixante ou quatre cent mille hommes intelligents et robustes rendus à la vie laborieuse, et quatre cents millions et plus, peut-être, à laisser aux contribuables! ou, mieux, à dépenser pour universaliser les connaissances utiles, pour encourager le travail, en un mot, pour vivifier toutes les sources de la prospérité!
Et ce qui se pourrait faire en France se pourrait faire partout.
En attendant, nous nous débattons dans un cercle vicieux. Tant que nous demeurerons dans l'état présent d'antagonisme menaçant, il n'y aura véritablement aucune possibilité d'aviver le crédit, d'ouvrir de nouvelles carrières au travail, et de faire que les bras soient plus demandés qu'offerts. Les dépenses de la guerre interdisent les développements de l'instruction primaire, à plus forte raison, la réalisation, sur une vaste échelle, de l'enseignement professionnel; elles empêchent d 'accroître la prospérité publique en metlîint l'instrument du travail aux niiiins du travailleur; de telle sorte que toute espérance d'amélioration dans la condition des masses laborieuses et de réalisation de progrés général, est nécessairement ajournée au
iGiTjps OÙ la paix, garantie par ralliance des nations
(le l'Europe, permettra le désarmement partout.
Aussi, quiconque aspire à mettre fin à cette situation, déplorable à tous égards, doit-il répéter avec le poëte :
Peuples, formez «ne s.Tinte alliance, Et donnez-vous h main.
Est-il besoin de dire que c'est là le refrain cliéri de la classe dont nous étudions le caractère? Il n'en est pas, assurément, qui puisse charmer plus ses oreilles, ni aller plus droit à son cœur, et l'enflammer davantage; il n'en est pas qui réponde mieux à ses persistantes aspirations. On peut même dire que ce refrain résume toute son opinion politique.
Oui! ce peuple, atteint et convaincu de chauvinisme, n'a point de rêve plus doux que celui de l'alliance des nations et de la paix désarmée, de la paix féconde; oui! ce peuple, dont le cœur palpite au son du tambour, dont le plus grand penchant est pour les spectacles militaires, ne tend pas à moins qu'à la suppression de l'énorme apt)areil de guerre des sociétés européennes. L'armée n'est pas autre chose, à ses yeux, que le symbole de la délivrance des nations, l'instrument de la future paix universelle.
Qu'il se rende bien comple de son sentiment, je ne le prétends pas. J'ai déjà fait remarquer nombre de fois qu'il est une force morale plutôt instinclive que raisonnée.
Les amis de la paix admettront facilement qu'il est bien inspiré, quant au but; mais quelques-uns sont fort disposés à croire qu'il l'est moins bien quant au moven.
Certains esprits distingués, craignant par-dessus lout le jeu des forces brutales, et croyant que le but peut être atteint sans recours à la guerre, conseilleraient à la France de donner elle-même l'exemple du désarmement; sa seule puissance morale suffisant, pensent-ils, à l'œuvre de la pacification et de la fédération.
Cette opinion procède d'un sentiment fort bonorable, à coup sûr; mais l'immense majorité ne la partage pas le moins du monde. On sent trop généralement que le rôle de la force armée n'est pas fini, par malbeur; et que si la parole doit un jour vaincre l'épée, celle-ci est encore assez puissante pour refouler les réclamations les plus légitimes des peuples, ou indispensable pour leur ouvrir la voie du progrés...
\ja force morale, si patiemment, si admirablement manifestée par la malheureuse Pologne, n'a pas émoussé l'épée russe. Il ne faut pas douter que l'abominable oppression de ce peuple liéroïque ne porte bientôt malheur à l'empire des tzars; mais, c'est ù la
condition que l'épée polonaise aura raison de Tépée
moscovite.
Puisque nous en sommes encore là que le \ieux monde se rirait de la Justice moderne si elle n'avait un glaive à sa disposition ; et puisque, d'autre part, la nation française est prédestinée à faire triompher le droit nouveau, elle commettrait une imprudence extrême en brisant son glaive... Ce qui ne lui interdit pas de se mettre en garde contre le double tranchant.
On peut comprendre que les odieux abus de la force armée puissent dégoûter de l'usage. Mais, notre peuple est pour l'usage contre l'abus.
Aussi, lorsque les préposés au gouvernement de la France voudront peser sur l'Europe réactionnaire pour l'amener à compter avec le droit nouveau, leur parole aura-t-elle d'autant plus de poids qu'elle exprimera mieux le vœu populaire ; et le parti de la résistance sera-t-il d'autant plus près de se démoraliser qu'il doutera moins de la réalité des sentiments du peuple français. Outre que nos soldats sont invincibles lorsqu'ils savent être au service de la grande idée de la Révolution, le gouvernement pourrait tirer de sa conformité d'action avec le sentiment national, une force telle, qu'il pourrait sur l'Europe tout ce qu'il voudrait...
Ainsi donc, l'instinct populaire ne s'égare ni sur le but ni sur le moyen. Et le jour viendra où l'Europe, pacifiée, fédérée, laborieuse et prospère, bénira le chauvinisme français ; car ce sera en grande partie»
par la vertu des ardeurs belliqueuses de notre peuple que les adversaires du droit nouveau auront été vaincus.
Vï
J'ai dit, dès le commencement de ce travail, au lecteur qui voudra bien me suivre, qu'il sera frappé de la persistance des tendances du peuple, de la sûreté de son instinct et de la grandeur de ses aspirations. On a déjà pu voir que je n'ai pas promis plus qu'il ne peut tenir.
C'est en effet dans la manière d'être de notre classe populaire, que la science sociale doit trouver ses plus précieuses indications, et l'homme d'Étal comme l'économiste, le philanthrope comme le socialiste, ne peuvent que s'égarer quand ils négligent d'aller puiser à cette source.
Nous savons déjà ce que ferait l'homme d'État résolu à demander conseil au sentiment populaire : il faciliterait le rayonnement de l'esprit de 89; il ferait une alliance intime avec les peuples déjà pénétrés de cet esprit; il favoriserait de son mieux le mouvement de renaissance des nationalités; il poserait enfin les premières assises de la fédération; c'est-à-dire il entreprendrait hardiment l'œuvre la plus méritoire qu'il soit donné d'ontieprcndre en ce siècle de rénovation.
L'éconumislc, si disposé à blâmer vertement Tim-
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prévoyance personnelle du peuple, et à le détourner de « ses rêveries politiques, » regrettera bientôt de n'avoir pas compris qu'il avait dans le sentiment populaire l'auxiliaire le plus puissant. Que veut, en effet, et avant tout, ce savant spécial? Empêcher la déperdition des forces de toute nature; activer le plus possible la production; pousser jusqu'à ses dernières limites l'application du libre échange; effacer les frontières par l'enchevêtrement des intérêts... C'est-à-dire qu'il veut aller, par les nécessités de l'ordre économique, jusie où conduit, par la voie politique, l'instinct populaire... Et cependant! s'il avait été donné à l'économiste d'éteindre la flamme du peuple, il l'aurait éteinte, sans scrupule. 11 aurait détruit la précieuse force morale sans laquelle la fédération serait à tout jamais un rêve; à moins qu'un autre peuple ne pût reprendre le beau rôle dont ne serait plus capable celui dont nous parlons. Heureusement, il a tenu bon contre toutes fâcheuses influences; et l'économiste fera un jour l'aveu de son erreur passagère; il glorifiera ce qu'il déplorait...
Le philanthrope est peu digne de celte qualification s'il ne fait les vœux les plus ardenis pour la suppression des causes principales de destruction d'hommes. Plus que personne, il doit être pour la paix générale, cimentée par l'union des sociétés européennes. Plus que personne il doit encourager, bénir, glorifier toutes les tendances vers ce but humanitaire. Cependant le philanthrope de profession est connu pour déplorer
amèrement les inclinations révolutionnaires du peuple de Paris. Peut-être ignore-t-il où elles nous mèneraient. En ce cas, nous ne pouvons que l'envoyer à Pécole où nous envoyons et l'économiste etPhomme d'État.
C'est à cette même école qu'il nous faut envoyer aussi le socialiste qui n'aurait pas protlté de l'expérience de 1848. Après une telle leçon, celui-là se montrcrait]médiocrement intelligent qui ne comprendrait pas que, toutes les nations étant forcées de se ruiner pour l'entretien de leurs armées, il n'y a point possibilité d'amélioration radicale à réaliser dans la condition des masses laborieuses. Celui-là, dis-je, se montrerait médiocrement intelligent qui provoquerait le peuple à s'absorber encore dans la préoccupation de petits intérêts matériels, au lieu de s'appliquer à faire converger toutes les pensées, toutes les espérances vers le but suprême où nous guide l'esprit de la Révolution, et où nous pousse cette force providentielle qui se manifeste par les aspirations populaires ^
* Je ne prélcnds pas que l'idée de la fédération européenne ait pris sa source dans l'instinct de notre peuple contemporain. Je sais qu'elle remonte au dix-septième siècle, et peut-être au de là. Maisl'Europen'étiiit pns préparée à on fuire son profit. La Révoliilion française, qui eût ])u la réiiliser si elle n'avait été eile-inéme enrayée, l'a remise en honneur, par l'organe de plusieurs de ses penseurs, dès que le paru démotruliquc a pu se reformer et s'affermir. Ainsi, une revue que j'ai déjà citée, cl que publia de 1851 à 1838 l'école de M. Rnclicz, avait pour litre V Européen, et pour olijil la démonstration de la liante raison de conslilucr la fédération des sociétés eurupécnnes. Depuis ce temps, quelquesuns des publicistcs de la démocratie ont repris cette pensée. M. Garnier- Pagès, notamment, s'en est fait linlatigable apôtre, allant de capitale en capiUtlc passionner les partis avancés |)our l'alliance des nations...
Vlï
En résumé, l'opinion politique de la classe ouvrière de Paris est presque tout entière contenue dans le désir passionné de servir le mouvement de fédération des nationalités : c'est là l'objet de sa grande préoccupation; c'est de là que viennent et ses distractions dans l'atelier et sa répugnance invincible pour les intérêts terre à terre; c'est ce qui fait que, sans en avoir conscience, elle veut demeurer au moins disponible d'esprit; comme si elle était dominée par cette pensée qu'il se dégage d'elle une force morale qui pèse nécessairement sur la marche générale des choses. Cette force se dégage, en effet ; et l'on sait bien que ce n'est pas un médiocre inconvénient, pour qui gouverne, d'avoir contre soi le sentiment populaire, ou un médiocre avantage de l'avoir pour soi.
J'appuie sur ce fait que, tout ce qui, dans l'œuvre des hommes d'État, des économistes, des philosophes, des socialistes, contrarierait les aspirations popu-
Mais c'est indépendamment de l'action de ces généreux esprits que s'est développée la tendance du peuple. D'abord^ elle est dans l'instinct de celui-ci bien plus que dans sa raison ; ensuite il ignore presque absolument tout ce qui a été dit et écrit en ce sens .. Et, chose bien étonnante, la démocratie raisonneuse, intelligente, se laisserait plus facilement détourner de cette idcc^ ou l'ajournerait plus volontiers que le peuple! C'est que l'instinct n'est pas si Variable que la raison... L'instinct, c'est la force providentielle; la raison, c'est la liberté^ p'>uvant méconnaître même la force providentielle.
laires, serait nul de soi, ou tournerait directement contre le bien général. Tous, hommes d'État, économistes, philosophes, socialistes, qui font des vœux pour \oir la société européenne mieux assise, la paix mieux garantie, les sources du travail plus abondantes, les bénéfices du travail servant exclusivement à ouvrir de nouvelles carrières au génie et à l'activité de l'homme; en un mot, quiconque veut le progrès réel doit rendre hommage à cet instinct populaire, à cette force mystérieuse qui pousse directement aux grands résultats que nous venons d'énumérer...