LE PARTI DÉMOCRATIQUE
chemin, cUailleurs, n'est pas semé de roses pour l'homme de la classe aisée qui se voue au triomphe de l'idée démocratique, et si celui-ci consultait son bien personnel, il demeurerait dans les rangs des conservateurs. '
D'autre part, la portion du peuple engagée dans le mouvement, est la fraction relativement la moins malaisée du prolétariat français; et j'imagine qu'elle n'a donné à personne le droit de prétendre qu'elle est mue par l'espérance de se gorger à la faveur de quelque révolution. Il doit être bien démontré à qui a vu les choses de près qu'aux temps de crises révolutionnaires, le peuple n'a jamais spontanément manifesté d'exigences pour son bien a lui. Ses exigences ne se sont jamais manifestées que sous le coup d'incitations venues de ses conseillers de la bourgeoisie, et elles n'ont jamais été, de sa part, ni exorbitantes, ni persistantes.
Ceci soit dit, non pour appeler le blâme sur ses avocats; mais uniquement pour établir mieux la vérité.
Quant à ces amis du peuple qui l'ont poussé à se montrer quelque peu exigeant, comme après les journées de février, la justice nous commande expressément de reconnaître qu'ils étaient pour la plupart animés de la meilleure intention du monde, je ne saurais trop le redire. Si leurs conseils peuvent témoigner d'un égarement de l'esprit, ils ne témoignent certainement pas d'un égarement du cœur; au contraire. Ces a)nseillers ne stipulaient pas pour eux
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personnellement ; et Ton peut bien excuser leur trop vive impatience de voir améliorée la condition des classes souffrantes...
D'ailleurs, il y a cela de bien remarquable dans tout le travail civilisaleur, que l'initialive des réclamations et des améliorations n'est jamais prise par les parties les plus immédiatement intéressées. Sans remonter au delà d'un demi-siécle, c'est, en effet, à l'élite de la classe aisée qu'est due, en toutes circonstances, l'initiative des réformes à opérer en faveur des classes déshéritées ; et lorsqu'une partie du peuple en vient à imiter celte élite de la bourgeoisie, c'est surtout en vue de soulager des misères dont elle-même peut s'affranchir à peu près, ou dont elle est presque affranchie.
Il semble que le personnel de l'opinion réformiste se sente responsable de toutes les douleurs, de toutes les misères sociales. Il ressent, j'ose le dire, plus vivement que la multitude, l'effet de son mal-être, à elle; il est plus humilié de l'état d'infériorité d'une grande partie delà famille ouvrière, que celle-ci ne l'est ellemême. Et cela est providentiel. Si ce parti généreux n'existait pas, qui donc prendrait l'initiative des réformes? La nombreuse classe des déshérités demeurerait à tout jamais dans son dénûment; et la classe aisée accepterait avec un placide égoïsme de jouir de ses biens sans souci de ce qui se passerait au-dessous d'elle... Grâce à Dieu, elle a donné elle-même naissance au parti réformateur; et celui-ci a trouvé dans