LE PARTI DÉMOCRATIQUE
lo peuple le moins malaisé de corps et le plus éveillé d'esprit une force dès longtemps préparée, qui ne demandait qu'un appel pour se manifester.
Mais l'opinion démocratique embrasse, dans sa sollicitude, plus que les classes souffrantes. Sa fonction est plus étendue. Ce n'est pas encore le moment de la définir; mais nous pouvons dire en deux mots qu'il ne s'agit pas seulement, pour notre parti, de travailler à l'affranchissement des masses asservies autant par l'ignorance que par la misère : il s'agit d'affranchir toutes les classes de la société, riches ou pauvres, d'une foule de préjugés, qui sont comme autant de formidables barricades posées en travers de la route du progrès; plus encore: il s'agit d'étendre à toute l'humanité le bénétice de nos principes rédempteurs.
Je suis donc bien aise, étant du peuple, d'avoir l'occasion de rendre à la bourgeoisie française cette justice, qu'elle a donné à la cause générale du progrés et à la cause particulière des classes souffrantes une glorieuse pléiade de fermes et éloquents défenseurs, qui se renouvellent incessamment, en augmentant en nombre, et dont le plus grand chagrin est certainement de ne pouvoir être constamment sur la brèche.
Ce beau titre à l'estime du peuple et de tous les vrais amis du progrès, la bourgeoisie en masse, ne le revendique pas, il est vrai. Elle voit môme d'un œil chagrin ceux des siens qui donnent dans le mouvement révolutionnaire... Mais peu importe! D'ailleurs, la bourgeoisie, en tant que parti, a son rôle propre et
nécessaire dans le mouvement général de la société. Ce rôle, je l'ai défini dans le chapitre précédent, lorsqu'il s'est agi de l'élément social stationnaire. Elle ne le remplit pas, il faut le dire, avec la plus parfaite intelligence ; mais quel parti remplit le sien avec une intelligence parfaite?
Revenons au nôtre. Il est, de fait, le pionnier du progrès et le guide de la société. Celle-ci trouve naturellement son guide trop pressé, trop aventureux ; elle maugrée souvent contre lui; elle a les plus grandes peines à se décider à le suivre, parce qu'elle le voit trébucher quelquefois, lorsqu'il essaye d'affronter les immenses et inévitables difficultés de la route ; mais elle ne peut se défendre d'une profonde estime pour lui ; et, dans certaines occasions suprêmes, il exerce sur elle une si grande puissance d'attraction, qu'elle se décide, alors, àTaire un pas décisif...