FIDÈLE A L'ÉVANGILE
forme religieuse, de prendre parti pour l'Église contre la religion réformée. Si Ton concluait qu'il a été mal inspiré, j'invoquerais comme circonstances très-atténuantes, ce que j'ai déjà dit, savoir : que le protestantisme, soit dans son personnel aristocratique, soit dans sa doctrine maussade, soit dans son culte d'une rèche austérité, n'avait rien qui pût séduire la classe populaire, et lui faire troquer sa foi, alors très-vive. Et maintenant qu'elle est à peu près éteinte, et que sa grande préoccupation est celle du salut commun sur terre, elle répugne, d'instinct, à tout enseignement qui fait de ce monde un lieu d'exil que l'âme doit être impatiente de quitter. Or, le protestantisme, étant pour l'exil, comme le catholicisme, il ne peut répondre davantage aux aspirations du monde moderne. Pour y répondre, il faudrait qu'il se transformat si radicalement qu'il ne serait plus lui-même.
Le délaissement de l'Église par le peuple ol sa préoccupation à peu prés exclusive du salut commun sur terre, n'ont pas le moins du monde altéré son sentiment chrétien.
Je sais tout ce qu'une pareille assertion pourrait soulever de protestations de la part de la société mystique. Je ne veux pas perdre le tenips à les discuter par avance. Je ne me ferai pas même un appui de ces
discours du clergé de Paris, au temps de la planlalion des arbres de la liberté, dans lesquels discours on glorifiait si haut le sentiment essentiellement chrétien de ce peuple.
Evidemment ce dernier n'est chrétien ni comme l'entend l'Église orthodoxe, ni comme l'entendent les Églises protestantes. Celle-là et celles-ci sont pour le salut individuel et la rédemption en l'autre monde; et, je ne saurais trop le redire, le peuple est pour la rédemption en ce monde-ci, sans préjudice de ce qui peut être du ciel. Selon le sentiment populaire, tout ira bien dans le ciel pour l'humanité, si tout va bien pour elle sur la terre; et c'est, par conséquent, dici-bas qu'on se préoccupe particulièrement, pour ne pas dire exclusivement.
La doctrine religieuse de notre classe ouvrière se résume dans l'Oraison dominicale, et même dans cette simple invocation à Dieu : « Que votre règne arrive! que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel! » Or, quelle est, d'après le Christ, cette volonté de Dieu qu'il s'agit de voir obéie en ce monde?
Est-ce de se livrer à des jérémiades perpétuelles sur le péché originel? de se confondre dans l'humilité? de solliciter incessamment Dieu de nous garder une place dans le paradis?
Cela s'enseigne dans toutes les Églises, réformées ou non ; mais cela n'est pas recommandé dans l'Évangile... Quant aux dévotions par la prière, voici ce