PETIT COURS DE COMPTABILITÉ USUELLE
Notre intention n'est pas de présenter ici un cours complet de comptabilité à l'usage des négociants et des banquiers, ni de retracer les principes de la tenue des livres ea, partie double. Ces instructions demandent un développement qui ne serait plus en rapport avec l'étendue et la nature de l'ouvrage que nous offrons au public. Nous voulons seulement donner les principes généraux de la tenue des livres en partie simple, à l'usage de tous les marchands détaillants, et plusieurs modèles des livres qu'il est indis^ pensable de tenir, quand on veut conserver de Tordre dans ses affaires.
Quelques-uns de ces livres sont nécessaires, non-seulement au marchand, mais même au propriétaire, au culti' vateur ou au rentier. Tels sont, par exemple : le livre de» dépenses journalières et le livre de caisse, qui donnent jour par jour l'emploi de l'argent qui est sorti, les recettes qui ont eu lieu et le restant en caisse.
Un livre de copie de lettres est aussi utile à un grand nombre de personnes, quoiqu'elles ne soient pas dans le commerce. Combien de fois a-t-on eu lieu de regretter de ne pas avoir conservé la copie d'une lettre relative à des affaires quelconques! Souvent, faute de se rappeler les, termes dans lesquels on a écrit, on est exposé aux plus! grands désagréments. Nous donnerons donc un modèle de copie de lettres.
(1) L'Éditeur de ce recueil vient de publier en un seul volume in-l<S, un ouvrage complet sur la Tenue des livres en partie double, dans lequel l'auteur s'est efforcé d'apporter assez de précision et de clarté pour que les personnes les plus étrangères au commerce puissent en saisir et en appliquer facilement les prmcipes. Une Suite complète d'opérations simulées, depuis l'ouverture des livres jusqu'à la balance, en forme la partie pratique.
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Il n'est pas moins utile de conserver les lettres qu'on reçoit. Nous indiquerons la métliode que Ton suif ordinairement pour leur classement, afin que, si on a reçu un certain nombre de lettres dans Tannée, on puisse retrouver dfi suite cell 3 que Ton désire, sans avoir besoin de les ouvrir toutes po ar rechercher le nom du signataire oa la date.
De la Te une des liirres en général.
La tenue des livres est Tart de tenir note des opérations commerciales que Ton fait, en sorte qu'un marchand, ou une personne qui est dans les affaires, puisse en tout temps se rendre compte de ce qu'on lui doit, de ce qu'elle doit ellemême et de ce qu'elle possède.
La loi n'indique aucun mode particulier de tenir les livres, mais elle prescrit des dispositions dont voici la teneur : « Tout commerçant est tenu d'avoir un livre-journal qui présente, jour par jour, ses dettes actives (1), les opérations dfl son commerce, ses négociations, acceptations, endossements d'effets et généralement tout ce qu'il reçoit et paye, à quelque titre que ce soit, et qui énonce, mois par mois, les sommes employées à la dépense de sa maison ; le tout indépendamment des autres livres usités dans le commerce, mais qui ne sont pas indispensables.
« Il est tenu de mettre en liasse les lettres missives qu'il reçoit, et de copier sur un registre celles qu'il envoie.
« Il est tenu de faire, tous les ans, sous seings-privé, un inventaire de ses effets mobiliers et immobiliers, de ses dettes actives et passives, et de le copier, année par année, sur un registre spécial à ce destiné.
Les livres exigés par la loi sont donc au nombre de trois seulement : 1° le livre-journal où l'on note, jour par jour, toutes les opérations que l'on fait ; 2° le livre-copie de lettres; 3° le livre des inventaires.
(l) Les dettes actives d'un négociant sont celles qui lui sont dues,
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iBS dettes passives sont celles qu'il doit.
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Ces trois livres doivent être tenus par ordre de dates, sans blancs, lacunes, interlignes ni transports à la marge. Les rectifications à faire doivent être mises à la suite, c'est-à-dire à la date du jour où Ton s'aperçoit de IV^rreur. Ces livres doivent être conservés pendant dix ans qui se comptent de leur dernière date.
Les marchands qui vendent en menu détail, ne sont pas obligés d'écrire sur leur livre-journal, article par article, toutes les petites ventes qu'ils font et les sommes peu ina. portantes qu'ils payent. 11 leur suffit d'énoncer en bloc, à la fin de la journée, le montant total de leurs ventes ou de leurs achats.
Suivant le texte de la loi, ces trois registres doivent être cotés et paraphés par un juge du tribunal de commerce, ou par un Maire ou son Adjoint; mais l'usage s'est affranchi de cette mesure, qui n'est rigoureusement observée que pour le livre des inventaires, lequel doit être visé à la fin de chaque année.
Outre ces livres que la loi prescrit impérieusement à tout commerçant, il en est d'autres dont un marchand ne peut se passer; en voici les noms et l'usage :
l** Le livre des ventes. C'est le livre sur lequel un marchand en détail écrit toutes ses ventes à mesure qu'il les fait. Il peut en avoir deux, l'un sur lequel il écrit toutes les ventes qu'il fait au comptant, et l'autre sur lequel il porte toute les ventes faites à crédit.
Lorsqu'un marchand fait des affaires en gros, ce livre prend le nom de livre de factures.
2° Le livre de comptes courants ou grand livre.
Il serait très-difficile de trouver sur le journal ce que doit un débiteur, lorsqu'il y a plusieurs articles à des da^ tes différentes. Il faudrait feuilleter longtemps ce livre, pour y parvenir, et même on risquerait de se tromper ou de faire des omissions. On a donc imaginé le grand livre, qui est une sorte de résumé du journal, mais dont tous les artieles sont classés par ordre de comptes. Pai exemple, au haut d'une page j'écrirai le nom de Pierre, avec lequel je fais des affaires, sur la page à gauche, je portereii *out ce qu'il me doit, à mesure que je trouverai des articles qui le
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concernent dans le journal ; et sur la page à droite, j'écrirai ce que je lui dois. J'en ferai de même pour toutes les autres personnes avec qui j'aurai des rapports d'affaires. Ainsi chacune aura son compte particulier. A gauche on trouvera ce qu'elles doivent, et à droite ce qui leur est dû, en sorte qu'en additionnant les deux colonnes et en comparant les totaux, on voit d'un coup d'œil quelle est la personne qui doit à l'autre.
Beaucoup de commerçants écrivent le débit et le crédit des comptes personnels sur la même page divisée en deux parties. 11 en résulte une grande économie de papier, mais ce registre doit être suffisamment large et rayé en conséquence. Il est d'usage du reste de passer l'article du débit ou du crédit en une seule ligne, abrégeant le plus possible.
3° Le troisième livre indispensable à tout marchand est le livre de caisse. Sur la page à gauche, il écrit tout l'argent qu'il reçoit, et sur la page à droite, tout ce qu'il paye, il fera souvent la balance de ce livre sïl ne veut pas s'exposer à des oublis ; c'est-à-dire il porte lo total des dépenses au-dessous du total des recettes, il en fait la soustraction ; et la différence, qui est le restant en caisse, est reportée à compte nouveau, sur la page gauche du livre de caisse (1).
4° Le quatrième livre nécessaire est le livre de dépenses, où l'on porte toutes les menues dépenses de la maison, à mesure qu'on les fait. On additionne, chaque soir, le montant de ces dépenses, qu'on porte en bloc au livre de caisse; nous ne conseillons pas de les y porter directement, parce que ce serait trop de détails pour un livre qui doit être tenu avec attention et où une erreur ne doit pas exister.
Cependant, dans un très-petit commerce, on peut se passer de ce livre, et porter directement les mêmes dépenses au livre de caisse.
5° Le carnet ou livre d'échéance, où l'on inscrit les billets qu'on a à payer, ainsi que toutes les sommes qu'on doit
(1) Dans une maison de commerce où il y a un grand mouvement de caisse, soit aux recettes, soit aux dépenses, la balance doit se faire tous les jours ou au moins tous les deux ou trois jours; mais la caisse doit être arrOlée à la fin de chaque mois.
acquitter à jour fixe. Ce livre est inutile à un marchand qui ne ferait ses allaires qu'au comptant.
Il y a encore beaucoup d'autres livres nécessaires aux négociants, mais ils sont peu employés par le petit comn>erce, et il est inutile de les énumérer ici. On appelle, en général, livres auxiliaires, tous les livres autres que le livre-journal, et le livre des comptes-courants ou grand livre.
Comme il est très-essentiel de ne pas faire d'erreur ou d'omission sur le livre-journal, parce qu'on ne doit ni raturer ni gratter les fautes que Ton ferait, et que les surcharges sont interdites, de même que les additions en marge et les renvois, il est d'usage d'écrire toutes les affaires qui ont eu lieu dans le cours de la journée, sur un livre ou cahier appelé brouillard ou main courante, et, tous les soirs, on reporte sur le journal, en les mettant au net, les articles de ce brouillard.
, Les livres de commerce régulièrement tenus, c'est-à-dire le livre-journal, la copie de lettres et le livre d'inventaires peuvent être admis en justice, pour faire preuve entre commerçants.
Gomme les livres des commerçants ne font foi qu'entre eux, ils ne peuvent les opposer aux non commerçants : car alors on rentre dans le droit commun, qui ne permet pas de se créer un titre à soi-même.
Néanmoins, quand les livres d'un marchand sont bien tenus, c'est-à-dire écrits jour par jour, sans ratures, blancs, interlignes, surcharges ou grattages, que le non commerçant a coutume de se servir chez lui, d'acheter à crédit, et que la somme n'est pas très-importante, ce qui rend la dette vraisemblable, et enfin si la demande du commerçant est intentée avant qu'il y ait une année d'expirée, depuis le jour oii la dette a été contractée, les juges peuvent, en exigeant le serment du marchand, condamner le non commerçant à payer.
Actuellement, que nous avons donné une idée de l'usage des livres de commerce et des prescriptions que la loi impose à ce oujet, nous allons nous occuper de la manière de les tenir, et en présenter quelques modèles.
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