‹ Le Seigneur est mon partage!Chapitre 12 sur 21 · LE MATIN, LE MIDI ET LE SOIU · texte numérisé non relu

LE MATIN, LE MIDI ET LE SOIU

Le Seigneur est mon partage ! Je suis charmé, mes bons amis, que la poésie du P. Pierre vous ait fait plaisir. Souvenez • vous toujours du sarigue et des petits sarigons. Dans tous vos dangers spirituels et corporels courez dans les bras de Marie : l'asile le plus sûr est le sein d'une mère. C'est ce qu'ont fait dans tous les temps les pieux enfants de votre âge. Lisez la vie desainteThcrèse, que votre maman possède dans sa bibliothèque ; je la vois d'ici ; elle est au troisième rayon à main gauche, en entrant par la salle à manger. Voici ce que vous y trouverez : « J'étais fort jeune lorsque ma mère mourut. Toute fondante en larmes, j'allai me prosterner devant une image de la sainte Vierge, que je suppliai de vouloir bien metenir lieu de mère. Cette action, faite avec une confiance enfantine, me parut dans la suite

une des plus précieuses de ma vie. Je n'aij.i mais douté que lintercession de celte puissante protectrice n'ait été le canal des gra sans nombre dont le Ciel m'a comblée, surtout dans le temps où je courus risque de perdre mon innocence et l'amour de mes devoirs. »

Dès ce moment, mes chers amis, imitez la petite Thérèse. Allez vous jeter aux pieds de votre divine Mère, priez-la de conserver votnr précieux trésor. Vous portez dans votre cœur son Fils adorable, pourriez-vous en confier la garde à une protectrice plus puissante ? Si jamais la tentation vouspresseplusvivement, appelez Marie. Son nom seul suffit pour faire prendre la fuite au démon : il sait que c'est elle qui lui a écrasé la tête. Voilà ce que vous ferez dans tous les dangers de la vie; mais c'est surtout à l'approche de vos derniers moments que vous l'invoquerez avec plus de ferveur et de confiance. Imitez encore ici ce jeune enfant de Marie qui vient de s'endormir du sommeil des justes. Atteint d'une maladie aussi longue que douloureux . le petit Jean-Baptiste ne cessait de joindre les mains et d'invoquer sa bonne M Lorsqu'il vit la dernière heure approcher, ii

ne cessait de répéter avec un accent qui touchait tous les cœurs : « Sainte Vierge, Mère de grâce et de miséricorde, défendez-moi de l'ennemi de mon salut, et recevez-moi à l'heure de ma mort ! Salomon, ajoutait-il, ne pouvait rien refuser à sa mère Bethsabée, ni Assuérusà Esther. Ah ! Vierge sainte, bonne Mère, Reine du ciel, vous aurez encore bien plus de crédit auprès de mon Sauveur, votre Fils adorable; assistez-moi donc surtout à l'heure de ma mort. Une Mère telle que vous ne peut ni refuser ni être refusée. » La mort vint bientôt après, mais elle parut en lui le calme d'un doux sommeil.

Sans doute vous voulez, mes chers enfants, mériter ainsi la tendresse et la protection de Marie, et quel est celui qui ne le voudrait pas? Mais pour cela quels moyens prendrezvous? Les mêmes que vous prenez pour plaire à votre excellente mère. Or, quand vous voulez plaire à votre maman, quel moyen employez-vous ? Vous allez au-devant de ses désirs, vous lui obéissez avec soin, avec promptitude. Vous vous levez aussitôt qu'elle vous appelle, vous gardez le silence, vous priez, vous apprenez vos leçons; vous écrive», vous lisez quand elle le veut; vous vous <•!'-

forcez de lui montrer que vous êtes ses en fants. Elle est contente de vous, parce que sa volonté devient la règle delà vôtre ; alors elle n'a plus rien à vous refuser. Accomplissez de même la volonté de votre Mère qui est au ciel; imitez ses vertus, efforcez-vous d'être doux, humbles, modestes, pieux comme elle, et alors vous serez ses enfants chéris ; elle n'aura rien à vous refuser.

C'est ce qu'avait parfaitement compris le jeune Ubaldin. Ce petit ange, que la mort vient de ravir à sa famille, avait eu le bonheur d'être admis à la congrégation de la sainte Vierge. Quelque temps après sa réception il disait à un de ses amis : « C'est en vain que nous prétendons au glorieux titre d'enfants et de serviteurs de Marie si nous ne faisons tous nos efforts pour nous rendre semblables à elle par l'amour des vertus qu'elle a constamment pratiquées. Les marques extérieures de respect et de vénération pour la sainte Vierge, que nous donnons en récitant des prières, en jeûnant en son honneur et en fréquentant les congrégations, ces marques de respect sont louables à la vérité, mais jamais ellcsnenous mériteront les regards favorables de cette Mère de miséricorde si elles ne sont

jointes à l'imitation de ses vertus. Voilà le seul moyen d'attirer sur nous ses bénédictions et de l'engager à nous recevoir comme ses véritables enfants. »

Imiter la sainte Vierge, voila donc le vrai moyen de lui plaire et de mériter ses faveurs. Voulez-vous ne jamais perdre de vue ce point essentiel, je vais vous indiquer un moyeu aussi sûr que facile : je l'ai trouvé dans le règlement de vie d'un enfant dont vous connaissez la sœur. Le voici : Trois fois par jour, le matin, à midi et le soir, je me demanderai bien sérieusement à moi-même : Si la sainte Vierge était à ma place, comment ferait-elle ? comment obéirait elle ? comment prieraitelle ? comment travaillerait-elle ? De peur d'oublier ma questionne placerai sur la table une petite image de rha bonne Mère ; etquand je sortirai, j'aurai soin de pensera ma question toutes les fois que je rencontrerai une grande personne.

Groyez-moi, mes bons amis, cette question vous inspirera à vous-mêmes, suivant les circonstances, le zèle pour le travail, la retenue dans vos paroles, la modestie dans vos regards, la piété dans vos prières, la douceur et la charité envers le prochain.

Alors chacun do vous pourra dire avec vérité : Je suis l'enfant de Marie. Pour obtenir ta grâce d'imiter ainsi les vertus de votre divine Mère, adoptez quelques pratiques en son honneur. Ces pratiques sont très-multipliées; TÉglise les a variées à l'infini. Elle sent que Marie est le secours des chrétiens, c'est pourquoi elle encourage, suivant les temps et les circonstances, toutes les pratiques capables d'honorer cette Reine du ciel. Je vais vous en indiquer quelques-unes, et je commencerai par vous dire qu'il n'est aucun enfant pieux qui n'en ait une on plusieurs dont il se fait un devoir sacré. La dévotion à la sainte Vierge a toujours été regardée comme une marque de prédestination.

La sainte Vierge attache un grand prix à la Salutation angélique, parce qu'elle lui rappelle la joie qu'elle ressentit en apprenant de l';;nge Gabriel qu'elle deviendrait la mère de Dieu. La pratique de cette dévotion consiste, 1° à dire, tous les jours en se levant ou en se couchant, trois Ave, la face contre terre, ou du moins à genoux, en ajoutant à chaque A vc cette courte prière : « 0 Marie, par votre inre et immaculée conception, purifiez mon

corps et mon âme! » On demande ensuite la bénédiction de Marie, comme celle d'une mère, ainsi que faisait saint Stanislas; après quoi l'on se place d'une manière spéciale sous sa protection, aQn d'obtenir d'elle qu'elle nous préserve de tout péché pendant le jour ou pendant la nuit; 2° à réciter Y Angélus avec les trois Ave, le matin, à midi et le soir. 11 y a de grandes indulgences attachées à cette pratique. Autrefois, au premier son de la cloche, tous les fidèles tombaient à genoux et récitaient Y Angélus; 3° à saluer la Mère de Dieu en récitant Y Ave, Maria, toutes les fois que l'heure sonne.

Deuxième pratique de dévotion, les neuvaines. Neuf jours avant les fêtes de la sainte Vierge, ses véritables enfants se disposent à les célébrer par quelques pratiques de piété. Les uns s'imposent une petite mortification dans leurs repas, les autres récitent chaque jour une prière ; ceux-là donnent une petite aumône ; ceux-ci font une petite lecture méditée dans quelque livre qui traite des gloires de Marie : il en est qui font toutes ces différentes œuvres. Ils se proposent, au commencement de la neuvaine, d'obtenir quelquegrâce particulière ou de se corriger d'un dé-

faut. La veille de la fête ils se confessent, et le lendemain ils communient. Après la communionils s'offrent sans réserve à leur bonne Mère, et lui demandent la grâce qu'ils ont sollicitée pendant la neuvaine.

Troisième pratique de dévotion, la mortification du samedi. Ce jour, comme on sait, est spécialement consacré à la sainte Vierge ; c'est pour cela que les enfants de Marie ne le laissent jamais passer sans honorer leur Mère d'une manière spéciale. Beaucoup jeûnent ce jour-là, un plus grand nombre fait une mortification en son honneur, entend la sainte messe et fait quelques prières spéciales à la gloire de Marie. Je ne sais si jamais j'ai rencontré un jeune communiant qui n'ait eu la résolution de pratiquer le samedi quelque bonne œuvre en l'honneur de la sainte Vierge.

Quatrième pratique de dévotion, le chapelet. Il faut que cette pratique soit bien agréable à la sainte Vierge, puisqu'elle accorde tant de grâces à ceux qui s'y montrent fidèles ; il faut que cette pratique soit bien louable, puisque l'Église l'encourage d'une manière si pressante et que, de toutes les dévotions à la sainte Vierge, elle est la plus répandue et la Le Seigneur. 9

plus populaire. Je pourrais vous citer une foule de grands hommes, de rois, de reines, de pontifes, de capitaines distingués qui récitaient régulièrement le chapelet. Vous connaissez peut-être, mes bons amis, ce trait de Eouis XIV. Un religieux fut un jour admis à l'audience de ce grand roi, il le trouva récitant son chapelet. Le Père témoignant une surprise accompagnée de sentiments de respect et d'édification : Ne soyez pas tant swpris, lui dit le roi, je me fais gloire de dire mon chapelet ; c 'est une pratique que je tiens de la reine mère, et je serais fâché de manquer un seul jour à m'en acquitter. J'ai connu un jeune enfant qui le soir, en allant prendre son repos, passait son chapelet autour de son cou, et le récitait jusqu'à ce qu'il s'endormît.

Je ne vous parle point ici, mes chers enfants, duscapulaire, ni du rosaire, ni des congrégations en l'honneur de la sainte Vierge; M. le curé vous aura parlé de tout cela, et je sais que votre bonne mère vous a fait adopter celle de ces dévotions qui convient le mieux à votre âge. Enfin il est dans l'Église une prière si célèbre que je ne saurais la passer sous silence ; c'est la prière que vous con-

naissez et qu'une multitude de personnes de tout âge et de tout rang se font un devoir de réciter tous les jours ; je veux parler du Memorare, ou Souvenez -vous. Pour vous montrer combien elle est puissante sur le cœur de Marie, je vous citerai le trait suivant :

Un criminel condamné à être rompu vif ne voulait point entendre parler de confession. On porta cette nouvelle au P. Bernard, dit le Pauvre prêtre, qui sur-le-champ accourut aux prisons. Il se fait conduire au cachot, salue le prisonnier, l'embrasse, l'exhorte, lui suggère des sentiments de confiance, le menace de la colère de Dieu ; mais rien ne fait impression ; le criminel ne daignait pas seulement le regarder. Le confesseur le prie de vouloir au moins réciter avec lui une prière fort courte à la sainte Vierge. Le prisonnier, par un geste de mépris, refuse de la dire : le P. Bernard ne laisse pas de la réciter d'un bout à l'autre; mais, voyant que le pécheur obstiné n'avait pas seulement voulu desserrer les dents, sa charité l'emporte, son zèle l'inspire, et, portant à la bouche de cet endurci un exemplaire de cette oraison qu'il avait toujours avec lui, il s'efforce de l'y faire entrer en disant : Puisque

tu ne veux pas la dire, tu la mangeras. Le criminel, gêné par ses fers et ne pouvant guère se défendre de cette iraportunité, promit, du moins pour s'en délivrer, de réciter la prière. Bernard se met à genoux avec lui, recommence l'oraison Memorare, et le prisonnier eut à peine prononcé les premières paroles qu'il se sentit entièrement changé. Un torrent de larmes coule de ses yeux. Il prie le saint prêtre de lui donner le temps de se disposer à la confession. Les égarements de sa vie et la grandeur des miséricordes divines le touchent de telle sorte qu'à l'heure même il expire de douleur, montrant ainsi par son exemple combien la protection de celle que l'Église appelle le refuge des pécheurs est utile à ceux qui la réclament avec confiance.

Et moi aussi, ô ma divine Mèrel je mets toute ma confiance en vous. Je veux vous aimer, je veux faire tout ce qui dépendra de moi pour vous faire aimer de tous. Recevez favorablement le désir de votre enfant, et aidez-moi à l'accomplir. Je sais que ceux qui vousservent sont agréables aux yeux de Dieu ; je sais qu'après la gloire de son nom il ne désire rien tant que de vous voir honorée et

aimée des hommes. C'est de vous, ô ma tendre Mère ! que j'attends tout mon bonheur, la conservation de mon innocence, la délivrance de tous mes dangers, l'assistance à l'heure de la mort, l'allégement du purgatoire et enûn le paradis. Ceux qui vous aiment n'ont jamais été trompés dans leurs espérances; je veux être aussi, moi, un de ceux qui vous aiment : je vous aime, après Dieu, pardessus toutes choses.

Pour pratique, adopter une des dévotions indiquées plus haut.

Adieu, mes bons amis : le Seigneur est

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