‹ Le Seigneur est mon partage!Chapitre 18 sur 21 · LES DRAGÉES · texte numérisé non relu

LES DRAGÉES

Le Seigneur est mon partage! Paul, Léonie, madame leur mère et moi nous nous promenions dans un petit jardin lorsque votre lettre m'est parvenue. Je me suis empressé de l'ouvrir. Vos jeunes amis ont sauté de joie lorsqu'ils ont appris que vous viendriez dans quinze jours. Ils ont beaucoup de choses à vous dire ; et puis c'est la belle saison, les promenades seront très-agréables. Je compte bien être quelquefois de la partie, mais j'y mets d'avance deux conditions : la première, c'est que nous n'irons ni trop vite ni trop loin; vous savez, et moi je sens pourquoi : la seconde, c'est que nous nous assiérons, pour lire ou pour causer, sur le banc qui est au bout de la grande allée. Paul et Léonie acceptent ; vous me direz si vous acceptez aussi, et je me tiendrai prêt.

Au passage de voire lettre, où vous exprimez la résolution ferme de toujours fouler aux pieds le respect humain, Paul m'a interrompu. «Ah! le respect humain, s'est-il écrié, je n'en ai guère peur; M. le curé nous a bien dit que c'est un vrai Croquemitainc. » Pendant que son frère parlait de la sorte, Léonie fredonnait quelque chose que je n'entendais pas bien distinctement. « Que chantestu là? lui demanda sa mère. — Je répèle un cantique sur le respect humain, que nous avons chanté dimanche ; l'air en est bien joli ; je l'ai joué hier sur le piano, il m'est resté dans l'oreille. — Avez-vous ce cantique? disje à Léonie. — Il est chez nous ; si vous voulez, je vous l'apporterai. — Volontiers, je serai enchanté de le connaître.») Ce cmtique m'a été remis : je vous en écris quelques couplets; Léonie vous dira les autres quand vous viendrez.

Jurons haine au respect humain, Brisons cette idole fragile; Sur ses débris que notre main Élève un trône à l'Évangile.

Tout chrétien doit être un soldat Kempli d'ardeur, né pour la gloire \

Quand son chef le mène au combat, Tremblant il fuirait la victoire I

Tandis que sur le champ d'honneur La valeur signale les braves, On me verrait lâche et sans cœur, Traînant les chaînes des esclaves 1

Seigneur, ton camp sera le mien Tant qu'il coulera dans mes veines Quelques gouttes du sang chrétien.

Monde, tes menaces sont vaines.

Gravez bien avant dans vos cœurs ces généreux sentiments,apprenezau monde que vous êtes les enfants de Celui par qui il a été vaincu, et qu'en héritant de sa doctrine vous avez hérité de sa victoire. Conservez toute votre vie, en présence du monde, quelque chose de ce saint orgueil qui convient au vainqueur en présence du vaincu.

Les mauvais livres, les mauvaises compagnies, le respect humain, voilà, mes jeunes navigateurs, les principaux écueils qui vous attendent sur la mer orageuse que vous avez à parcourir; vous les connaissez parfaitement, c'est à vous de les éviter. « Et si nous les évitons, quelle sera, me demandez- vous, notre récompense?» Ah! la récompense, voilà le

grand mobile des actions des nommes : depuis l'enfant jusqu'au vieillard, tous travaillent en vue d'une récompense. Tenez; l'autre jour je voyais une mère qui apprenait à marcher à son petit enfant ; elle lui ôta ses lisières, alla se placer à quelques pas, lui montra des dragées, et, en ouvrant les bras, elle lui dit : « Viens, je te les donnerai. » Aussitôt le petit marmot de fixer ses yeux sur la récompense et de se mettre en mouvement.. Il chancelle; mais l'appât des bonbons affermit ses pas mal assurés ; il arrive, se jette entre les bras de sa mère et reçoit ses dragées.

Voilà, mes bons amis, ce que la religion, cette tendre mère, fait aujourd'hui pour vous. Afin de vous animer à franchir chrétiennement la mer orageuse de la vie, elle fait briller à vos yeux les récompenses qui vous attendent. Mais ne croyez pas qu'elles tous seront toutes différées jusqu'à votre entrée dans la céleste Jérusalem ; il en est dont vous jouirez immédiatement et dès cette vie. La première et, j'en suis sûr, la plus douce pour votre cœur, c'est de contenter votre aimable Sauveur. Vous l'aimez, ahl oui, vous i aimez bien; et comment ne l'aimeriez-vous

pas avec tendresse, ce Dieu qui s'est fait votre ami, votre frère, l'os de vos os, la chair de votre chair? De son côté, il vous aime comme la prunelle de son œil. Or, est-il un plaisir plus doux que de faire plaisir à ce qu'on aime? Pour bien comprendre tout le plaisir que vous causerez au Sauveur en l'aimant toujours, comprenez la peine que vous lui causeriez en cessant de l'aimer. En mourant sur la croix il pensait à vous, et il se disait : « Ces tendres enfants, lorsqu'ils viendront au monde et qu'on leur racontera mes souffrances, ma mort, ils seront attendris, ils m'aimeront; » et cette pensée changeait en délices ses affreux tourments. Dans l'ardeur de sa charité, il s'écriait : «J'ai soif! » comme s'il eût dit : a Encore plus de souffrances, rien ne me coûte, puisque c'est pour mes enfants que je meurs. » Lorsqu'il instituait la divine Eucharistie, il pensait à vous, il voyait le jour de voire première communion, et il se disait : a A la vérité, je serai exposé sur mes autels à l'ingratitude, à l'outrage, à l'indifférence, plus cruelle que fous les outrages; mais n'importe, je me résigne à tout, afin de npuvoir me donner à mes enfants. Lorsqu'ils penseront à tout ce qu'il

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m'en a coûté pour arriver jusqu'à eux, ils m'aimeront, et leur amour me dédommagera de tout. »

Jugez donc, mes chers amis, quelle serait sa douleur si vous le forciez à dire : « Eh quoi ! ces enfants pour lesquels je suis mort, ces enfants que j'ai nourris de ma propre substance, ils ne m'aiment pas ! ils m'oublient, ils m'offensent I » Concevez-vous une douleur plus amère ? Eh bien ! par cette douleur que vous causeriez àNotre-Seigneur, jugez de la satisfaction que vous lui donnerez en l'aimant toujours. Vous l'aimerez donc ; oui, tendrement, constamment, envers et contre tous. Cet amour sera pour vous une source d'ineffables délices. Ah 1 s'il est doux d'aimer un père, que sera-ce d'aimer un Dieu?

Après Notre-Seigneur, qu'avez-vous de plus cher au monde ? Vous m'avez devancé, votre cœur a nommé votre tendre mère. Avec l'ineffable bonheur de plaire à celui qui vous a créés, vous jouirez donc, en restant sages, du bonheur qui en approche le plus, celui de plaire à celle qui vous a donné la vie. Ces deux sources de jouissances inonderont continuellement votre cœur, et vous goûterez les

plus pures délices qu'il soit donné de goûter ici-bas. Or, vous le savez bien, ce n'est qu'en demeurant fidèles aux saintes promesses de la première communion que vous contenterez votre excellente mère. Supérieur aux affections humaines, son amour pour vous s'élève jusqu'à l'éternité. Elle vous veut heureux sur la terre, mais surtout heureux dans le ciel. Son unique consolation depuis la mort devotrevertueuxpère, c'est vous; son unique ambition, c'est de vous conduire avec elle dans le ciel auprès de votre père. T.à, vous vous réunirez pour ne plus vous séparer jamais. Il serait affreux pourcette tendre mère d'avoir à craindre une séparation éternelle. Cette crainte, vous la lui donneriez si votre conduite n'était, comme la sienne, parfaitement chrétienne. Or, concevez-vous une inquiétude, un tourment comparable à celuilà? Quel est l'enfant assez dénaturé pour abreuver ainsi sa mère de douleur, empoisonner sa vie et troubler ses derniers moments ? Ah ! ce ne sera pas vous; au contraire, par. votre piété constante vous serez la joie de votre mère ici-bas, pour être sa couronne dans l'éternité.

Vous jouirez donc de l'ineffable bonheur

de contenter votre mère, et quand elle ne sera plus, vous aurez encore, en persévérant dans la vertu, le consolant espoir d'aller la rejoindre et la douce confiance de pouvoir lui être utile. Les prières d'un enfant vertueux, qui demande pour sa mère la délivrance du purgatoire, peuvent-elles n'être pas exaucées ?

Heureux enfants ! Combien d'autres ont été moins favorisés que vous ! combien d'autres ont à prier pour un père, pour une mère, pour des frères et des sœurs dont la conduite, hélas! bien que chrétienne, inspire des craintes trop fondées pour leur salut ! Anges de paix et d'innocence, que ces chers enfants ne se découragent pas. Une belle mission leur est offerte; qu'ils prient, qu'ils soutiennent leurs prières par une grande piété, par une obéissance, une douceur constante, et un bonheur, le plus grand qu'ils puissent goûter ici-bas, couronnera leur sainte intercession. Il n'est pas rare que le Seigneur accorde à un enfant, pour prix de sa ferveur et de sa persévérance après la première communion, la conversion des personnes qui lui sont chères. Parmi les nombreux exemples que je pourrais en citer, je ne vous rappor-

ferai que le suivant : il est d'une date toute récente, ce qui montre qu'aujourd'hui comme autrefois Notre-Seigneurne sait rien refuser à ses enfants chéris.

« Au commencement du carême dernier, écrilM.lecuréde****, unefemmetoutéplorée vint demander à me parler. Elle est introduite : d'abord elle reste immobile et ne profère aucune parole. Je l'invite à s'asseoir ; elle paraît ne pas m'entendre : j 'insiste ; elle ne me répond que par ses larmes. « Qu'avez-vous donc? lui dis-je ; y a-t-il quelque malade chez vous? » Elle hésite, enfin elle laisse échapper ces mots entrecoupés de sanglots :

« Monsieur, vous avez au nombre de vos pénitentes une jeune personne de quatorze ans, nommée Adèle N. ; c'est ma fille. Que je suis malheureuse 1 depuis six ou sept mois son père et moinous sommes sesbourreaux...» Ici cette femme s'arrête, ne pouvant achever. S'étant un peu remise, elle continua ainsi : « Depuis ce temps il ne s'est passé presque aucun vendredi ni samedi que nous n'ayons laissé cette pauvre enfant couverte de meurtrissures, parce qu'elle ne voulait pas manger de la viande ces jours-là. Souvent même son père l'a attachée au nied de notre lit, lu

donnant de l'ouvrage et ne laissant à côté d'elle que du pain et de la viande ; c'est ce qu'il a fait ce matin même, et nous sommes sortis de la maison. Je viens d'y rentrer; je l'ai trouvée triste et abattue ; j'ai eu un peu pitié d'elle; je ne sais ce que je lui ai dit : elle m'a dit qu'elle souffrait, qu'elle était malade, et aussitôt elle s'est mise à genoux en me disant : Je sais qu'on doit obéir à Dieu plulôt qu'aux hommes, jamais je ne pourrai me résoudre à faire ce que vous exigez de moi; cependant je crains défaire mal en vous résistant si longtemps. Ma chère mère, je vous demande donc pardon ; je ne puis rien vous promettre ni rien faire déplus, sinon de prier Dieu qu'il vous fasse connaître le péché que vous commettez en mangeant ainsi de la viande vous-même, et que vous fassiez pénitence. Ma mère, je vous en prie, allez à confesse, et vous verrez... Elle allait continuer, maisje me suis jetée à son cou, et la serrant dans mes bras, je lui promis de suivre ses conseils. Je viens donc vous demander à quelle heure je vous trouverai à l'église. Mon enfant est encore attachée ; je voulais la délier, mais elle m'a dit que c'était à son père, qui l'avait attachée, de la délier s'il le vovlait. »

« Ainsi me parla cette femme. J'admirai le courage de l'enfant, et je regardai le changementde la mère comme la récompense que Dieu accordait à sa persévérance vraiment héroïque. J'ai appris depuis qu'il s'était passé une scène à peu près semblable le soir, lorsque le père rentra. Il vint aussi se confesser à l'exemple de sa femme. Peu de temps après je demandai à leur fille pourquoi elle ne m'avait jamais parlé des mauvais traitements qu'on lui faisait essuyer. Elle me répondit qu'elle ne voulait dire aucun mal de ses parents. Cette réponse augmenta mon admiration, et je reconnus visiblement que la conversion de cette famille était due à la persévérance et aux ferventes prières de cet ange. »

Quel bonheur pour cette chère enfant !

quelle sainte récompense de sa ferveur et de sa fidélité aux résolutions de sa première communion ! Puissent tous les enfants dont les pères et mères seraient assez à plaindre pour ne pas pratiquer une religion qui fait tout à la fois le bonheur de cette vie et de l'éternité, adopter cet exemple pour règle de leur conduite ! Au nom de Notre-Seigneur, je leur promets le succès de leur persévé-

rance, la conversion de leurs parents pendant la vie ou du moins au moment de la mort.

0 mon Dieu ! quand je n'aurais, pour prix de ma persévérance, d'autre récompense à espérer que le bonheur de vous plaire et de plaire à ce que j'ai de plus cher après vous, ce serait assez pour me rendre à jamais fidèle aux saintes promesses de ma première communion. Je ne négligerai rien pour être l'objet de vos complaisances. Donnez-moi donc, ô mon Dieu ! la grâce de persévérer; donnezla aussi à tous les enfants qui n'ont pas le bonheur d'appartenir à des parents chrétiens. Soutenez leur courage, animez leur ferveur, faites-leur sentir que c'est à leurs prières, à leur obéissance, à leur piété que vous accorderez le salut des personnes qui leur sont chères. O Marie ! ma bonne mère, joignez vos prières aux leurs, afin de les aider à obtenir la conversion de leurs tendres parents.

Pour pratique, contracte!' V habitude de faire au moins une fois la semaine une visite au saint sacrement.

Adieu, mes bons amis : le Seigneur est

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