‹ Le Seigneur est mon partage!Chapitre 20 sur 21 · CALEB ET J0SUÉ · texte numérisé non relu

CALEB ET J0SUÉ

Le Seigneur est mon partage ! Je suis charmé, mes bons amis, que vous ayez accepté mes conditions pour la promenade; je me tiendrai prêt. Votre lettre a causé ici bien de la joie ; Paul et Léonie soupirent après le moment de vous voir ; ils comptent les jours ; je m'associe à leur joie et à leurs désirs. Ce n'est pas toutefois le seul plaisir que m'ait donné votre lettre : la résolution, dont vous me faites part, de ne laisser passer aucun jour sans demander à Dieu la connaissance de votre vocation me console infiniment; j'y vois }e gage certain d'un bon choix, par conséquent le présage de votre bonheur à venir.

Courage donc, mes bons amis; c'est ainsi que dans la vie tout s'enchaîne. Une bonne première communion prépare à la connaissance et à l'accomplissement de la vocation, et de cette seconde grâce dépend le bonheur

de l'existence tout entière. Ah! je puis bien dire de la persévérance après la première communion ce que Salomon disait de la sagesse : « Tous les biens me sont venus avec elle. » Persévérance et bonheur sont deux termes synonymes : vous en savez déjà quelque chose. Dites-moi, êtes-vous malheureux depuis votre première communion? Les jours que vous passez dans la ferveur depuis cette heureureuse époque sont-ils tristes,ennuyeux, pesants? Le soir, êtes-vous fatigués du joug aimable que vous avez porté durant le jour ? Loin de là ; n'est-il pas vrai que vous pouvez bien dire avec vérité : De ma vie je n'ai été plus content!

Eh bienl ce contentement, cette joie intime ne fera, si vous voulez, que devenir chaque jour plus parfaite et plus délicieuse ; tellement que votre vie, suivant l'expression du Saint-Esprit, sera comme un festin continuel. Voici là-dessus quelques éclaircissements; avant de vous les donner, écoutez cette histoire : Les Israélites étaient parvenus aux frontières de la Palestine; avant d'y entrer, on envoya secrètement des hommes pour reconnaître le pays. Ils revinrent bientôt, rapportant quelques fruits d'une grosseur extraor-

dinaire et d'un goût exquis. «Comme vous voyez, dirent quelques-uns, cette terre est excellente ; mais elle est habitée par une race de géants et remplie de villes fortifiées; si nous osons y mettre le pied,nous sommes perdus.» A ces mots, tout le peuple éclate en murmures. En vain Caleb et Josué, deux des envoyés, cherchent à le détromper et à ranimer son courage en lui rappelant les promesses et la protection miraculeuse du Seigneur ; le peuple incrédule se révolte contre Moïse, il lui reproche de ne l'avoir tiré de l'Egypte, où il avait des oignons et de la viande à satiété, que pour le conduire à une mort certaine. Quarante ans d'exil et enfin la mort furent la juste punition des murmurateurs.

Voilà, mes chers amis, ce qui se passe encore tous les jours. Voyageur dans le désert de la vie, un enfant, après sa première communion, veut entrer franchement au service de Dieu, figuré par cette terre de bénédiction où coulent le lait et le miel. Il en connaît les douceurs, il les a goûtées. Tout à coup la voix mensongère du monde se fait entendre, ses propres passions viennent lui inspirer mille frayeurs, n Sans doute, lui disent ces explorateurs infidèles, le service de Dieu procure de

grands avantages; mais il est trop difficile : c'est une terre qui dévore ses habitants. Y pensez-vous? être toujours triste, toujours austère, toujours éloigné des plaisirs ! Vous pourriez ainsi passer votre vie tout entière ?. .» Comme les Israélites incrédules, il est des enfants qui se laissent séduire, qui accusent ceux qui les ont tirés de la servitude du péché et conduits dans le chemin de la vertu ; enfin qui soupirent honteusement après les plaisirs grossiers du monde et du péché. Auriez-vous le malheur de les imiter, mes bons amis ! Quoique vous soyez bien disposés maintenant, vous avez, hélas 1 tout à craindre de votre inconstance. C'est pour vous préserver de toute prévarication, c'est pour donner un démenti formel au monde et à vos passions que je viens, comme Caleb et Josué, vous dire d'un ton bien haut et bien ferme : Il n'y a de bonheur pour U homme que dans le service de Dieu. Ainsi bonheur pendant la vie, à la mort et pendant l'éternité, troisième récompense de l'enfant qui persévère. Voulez-vous le comprendre, suivez-moi.

•1° N'est- il pas vrai que le feu est le principe de la chaleur? plusons'enapproche,plus on a chaud. Eh bien! Dieu n'est-il pas l'Être

infiniment parfait, par conséquent infiniment heureux,le principe même du bonheur? Donc, plus on s'approche de lui, plus on est heureux . Heureux dans l'esprit, on connaît la vérité; heureux dans le cœur, on aime le Dieu suprême, source de toutes les amabilités créées; heureux dans le corps, on possède le gage de la résurrection glorieuse. Mais comment s'approche-t-on de Dieu ? D'une seule manière, en l'aimant. Donc, plus un enfant aime Dieu, plus il approche du principe même du bonheur, plus il est heureux.

Croyez -moi, mes bons et tendres amis, ce raisonnement vaut mieuxque ceux du monde et des passions. Méditez-le bien, et plus vous avancerez dans la vie, plus vous en sentirez la justesse.

2° Dites-moi, votre aimable Sauveur peutil vous tromper ? Eh bien 1 voici ce qu'il vous dit en propres termes : « Prenez mon joug sur vos épaules, et vous trouverez la paix et le bonheur de vos âmes; car mon joug est doux et mon fardeau léger. » Et ailleurs, par l'organe de saint Paul : « La gloire, la paix, le bonheur sont le partage de celui qui aime Dieu, comme lahonte, le trouble, le malheur sont le partage de celui qui ne l'aime pas. »

"Voilà ce que votre Sauveur vous dit; le monde soutient le contraire ; il n'y a donc pas de milieu : ou c'est votre Sauveur qui vous trompe, ou le monde est un menteur. Qu'en dites-vous ?

3° Avez-vous jamais lu qu'un homme livré à tous les plaisirs du monde et des passions se soit jamais écrié : aO monde ! tu es le meilleur de tous les maîtres; ton joug est doux etléger, le bonheur est le partage de tes partisans ; tu m'inondes de délices : c'en est trop, mon cœur est trop faible pour les soutenir. » Est-ce là ce que vous avez dit vousmêmes, si jamais vous vous êtes livrés aux plaisirsdu monde et des passions? Que dis-je! ne voit-on pas, n'entend-on pas tous les partisans du monde maudire leur maître et se consumer de désespoir? Au contraire, connaissez-vous un seulenfant,uneseulepersonne fidèle au Sauveur qui se soit plainte ou qui ait maudit son divin Maître? En connaissezvous un seul qui ait jamais dit : a Je me repens d'avoir pris le Sauveur pour mon partage ?» 0 le beau mot que je me rappelle à cr sujet 1 Saint Polycarpe, évêque de Suiypne*, fut arrêté et conduit devant le proconsul. «Maudis le Christ, lui dit le tyran, et je le

rends la liberté. — Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, répondit avec doucejur ce vénérable vieillard; il ne m'a jamais fait que du bien , etvous voulez que je le maudisse 1 » Tous les vrais chrétiens vous en diront autant, et votre conscience vous dit : Cela est vrai.

Ainsi la raison, la parole formelle du Sauveur, le témoignage des enfants de Dieu, votre propre conscience se réunissent pour répéter cette vérité, que je voudrais pouvoir graver dans votre âme en lettres de feu : // n'y a de bonheur pour l'homme que dans le service de Dieu. En voilà donc bien assez, mes chers amis, pour vous faire comprendre combien le monde vous trompe lorsqu'il vous dit que le bonheur n'est pas dans le service de 13ieu.

Cependant je ne veux pas m'en tenir là : il est un moment dans la vie où tout bonheur, toute paix, tout contentement semblent impossibles; un moment pour lequel le monde avoue qu'il n'a ni consolation ni encouragement, et où, en effet, il abandonne ses partisans; c'est le moment de la mori. Eh bienl c'est à ce moment suprême que triomphe avec plus d'éclat la parole du Sauveur : Il n'y a de bonheur pour l'homme que dans le service de

Dieu. Oui, sur le lit de mort il y a encore pour l'enfant de Dieu du bonheur et de la paix. Comme une mère tendre, l'Espérance, assise au chevet de son lit, d'une main soutient son courage ; de l'autre, écartant le sombre voile qui sépare le temps de l'éternité, elle lui fait entrevoir les premiers rayons de la gloire qui l'attend. La vue delà croix soulage sa douleur et fait briller la sérénité sur son front; la Foi fait descendre sa douce voix jusqu'à l'oreille de son cœur, et lui répète sans cesse : « Ne craignez rien, mon fils, en quittant la terre vous ne quittez pas la vie. » Ainsi, pour les enfants de Dieu, la mort, c'est le sommeil api es le travail, c'est le retour de l'exilé à la patrie, c'est l'entrée du navigateur au port, c'est la fin de lanuit et le commencement du jour. Plein de foi, le véritable chrétien voit arriver la mort sans craindre, sans pâlir; il bénit tranquillement ses enfants attendris, il sait même les consoler. Le jeune enfant, ange de la terre, se soumet à ce coup comme un tendre agneau, et son âme inno* cente s'envole avec joie dans le sein de son Père qui est aux cieux.

Voyez cette jeune Alexandrine du Tour longtemps elle avaitredouté les tourments du

purgatoire; mais, à mesure qu'elle arrivait à sa bienheureuse fin, ses frayeurs diminuaient et son cœur s'ouvrait à la confiance. On peut dire qu'elle ne craignait plus; un seul et délicieux" sentiment l'absorbait tout entière : elle aimait son Dieu ! le matin de sa mort elle répétait du ton le plus vrai et le plus simple : « Mon cœur nage dans les délices. Oh 1 que je suis heureuse de mourir 1 » Elle demandait au ministre du Seigneur qu'il lui parlât sans cesse de son dernier moment pour remplir son âme d'allégresse. Elle lui disait avec une douceur et une paix charmantes : « Oh ! Monsieur, après ma mort, consolez maman et ma sœur Euphrosyne. » Cependant l'heureuse agonisante revenait bientôt à ses colloques attendrissants avec son Dieu ; elle prononçait le nom de Jésus avec un accent si plein de dévotion que tout le monde en était attendri. Ce petit ange ne vit point la mort avec ses angoisses. Un léger effort détacha son âme de son corps, et, comme une colombe innocente, elle s'envola vers son aimable patrie, à trois heures de l'après-midi, le 13 juillet 1798.

Ah ! qu'elle est donc vraie cette parole de notre Dieu, que la mort des enfants de Dieu

est une mort précieuse ! Oui, elle est précieuse. Dieu en fait grand cas, puisqu'il la récompense d'une éternité de gloire. Les hommes aussi en font grand cas, puisqu'il n'en est pas un seul qui ne voulût mourir de la mort des justes; pas un seul qui, après avoir assisté aux derniers moments d'un serviteur de Dieu ou même après en avoir lu le simple récit, ne se soit écrié : « Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ! »

Vous aussi, tendres amis, vous pouvez mourir un jour dans le Seigneur ; il ne tient qu'à vous. Recueillez-vous donc, cbers enfants, et demandez-vous à vous-mêmes : « A mes derniers moments me repentirai-je d'avoir persévéré dans le service de mon Dieu ? » Décidez-vous : telle vie, telle mort. De vous dire maintenant ce que Dieu réserve pendant l'éternité à l'enfant qui aura porté son aimable jougdepuis sa première communion, c'est ce que je n'entreprendrai pas. Saint Paul lui-même n'a pu l'exprimer. Je me contenterai de répéter avec lui : « Non, l'œil de l'homme n'a point vu, son oreille n'a jamais entendu, son cœur même ne saurait se former une idée des choses que Dieu réserve à ceux qui l'aiment. »

0 mon Dieu ! oui, je crois de toute mon âme que le seul moyen pour moi d'être heureux pendant la vie, à la mort et pendant l'éternité, c'est de vous prendre pour mon partage. Vous êtes le seul bien inûni ; mon cœur est fait pour l'infini, rien de tout ce qui est périssable ne saurait le satisfaire. C'en est donc fait; quoi qu'en disent le monde et mes passions, quoi que fassent les autres, dès ce moment je m'attache à vous ; recevez-moi, conservez-moi toujours au nombre de vos enfants. Auprès de vous que peut-il me manquer? Mais c'est surtout à l'heure de ma mort que je comprendrai combien il est doux de vous avoir aimé. Dans ce dernier moment vous ne ferez pas comme le monde qui abandonne ses partisans; vous me consolerez, vous me soulagerez, vous me recevrez entre vos bras, et j'entrerai dans votre maison pour vous aimer et vous bénir pendant toute l'éternité. 0 Marie! ma bonne mère, obtenez-moi la grâce d'une sainte vie, afin que j'aille me réunir à vous dans le ciel.

Pour pratique, lire le xxm8 chapitre du Ier livre de V Imitation.

Adieu, mes bons amis : le Seigneur est

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