‹ Le Seigneur est mon partage!Chapitre 5 sur 21 · PAUL ET LÉONIE · texte numérisé non relu

PAUL ET LÉONIE

Le Setgneur est mon partage ! Je sors do chez M. le Curé; il s'est empressé, mes bons amis, de s'informer de vos nouvelles. Je lui ai fait part de votre lettre et des compliments respectueux que vous lui adressez. Il me charge de vous remercier et de vous dire combien il est sensible à votre souvenir; sa tendresse pour vous sembles'augmenter de jour en jour. Vous lui êtes surtout devenus bien chers depuis votre première communion. Entre lui et moi il a été beaucoup question de vous et de vos jeunes amis Paul et Léonie. Ils sont maintenant à la campagne. M. le Curé leur avait écrit vers la fin de la semaine dernière: c'était pour leur manifester ses inquiétudes et leur signaler les dangers nombreux qui les attendent. Ces chers enfants ont très-

bien senti leur position; mais, mettant toute leur confiance dans le Dieu qu'ils viennent de recevoir, ils ont placé en tête de leur réponse les vers suivants, qui résument on ne peut •mieux les joies et les craintes d'un enfant après sa première communion. Je vous les envoie en vous engageant à les méditer.

Jour heureux, sainte allégresse, Jésus règne dans mon cœur!

Pourquoi donc, sombre tristesse, Viens-tu troubler mon bonheur ?

Hélas 1 de mon inconstance J'ai l'affligeant souvenir, Et pour ma persévérance Je redoute l'avenir.

Dieu, Sauveur de l'enfance, Cache-nous dans ton cœur :

Conserve-nous la ferveur, Et le bonheur et l'innocence; .

Conserve-nous la ferveur, Et l'innocence et le bonheur.

Ah ! je connais ma faiblesse, Mes penchants impérieux, Et la dangereuse ivresse Que le monde offre à mes yeux,

Dans sa fureur meurtrier?, Je vois l'enfer accourir :

Ah! si tout me fait la guerre, Ne faudra-t-il pas périr ?

Dieu, Sauveur de l'enfance, Cache-nous dans ton cœur :

Conserve-nous la ferveur,

Et l'innocence et le bonheur.

Quoi ! me dit le Dieu supivme, Tu pourrais fuir mes autels !

Quoi! tu briserais toi-même Ces nœuds chers et solennels ?

Contre toi tout court aux armes, Toutconspire à t'entraîner :

Cher enfant de tant de larmes, Veux-tu donc m'aban donner?

Dieu, Sauveur de l'enfance, Cache-nous dans ton cœur :

Conserve-nous la ferveur, Et le bonheur et l'innocence;

Conserve-nous la ferveur, Et l'innocence et le bonheur.

Moi, trahir le Dieu que j'aime l Jésus, déchirer ton cœur,

— ifi —

T'oublier, beauté suprême,

Outrager mon bienfaiteur!

Ton sang coule dans mes veines,

Et je pourrais te haïr I

Moi, je reprendrais mes chaînes 1

Non, Seigneur; plutôt mourir I

Dieu Sauveur de l'enfance, Cache-nous dans ton cœur:

Conserve-nous la ferveur, Et l'innocence et le bonheur.

Mais quoi ! le Dieu que j'adore N'est- il plus le Dieu puissant ?

Des ennemis que j'abhorre Ne fut-il pas triomphant ?

S'il m'expose à cette guerre, Est-ce pour m'y voir périr ?

Si je ne suis que poussière , Sa main va me soutenir.

Dieu, Sauveur de l'enfance, Cache-nous dans ton cœur :

Conserve-nous la ferveur, Et le bonheur et l'innocence ;

Conserve-nous la ferveur, Et l'innocence et le bonheur.

Avec la grâce j'espère, Et je m'élance aux combats; Viei.ance, humble prière, Vous assurerez mes pas Longtemps dans ce cher asile * Je veux apprendre à t'aimer ; Dans ton sang, enfant docile, Je viendrai me ranimer.

Dieu, Sauveur de l'enfance,

Cache-nous dans ton cœur t

Conserve-nous la ferveur,

Et l'innocence et le bonheur.

Loin de moi, monde perfide, Amis, livres corrupteurs, Respect humain déicide, Jeux, spectacles séducteurs.

0 lis, ton éclat fragile Périt d'un souffle léger 1 O vertu bien plus débile, Fuis jusqu'au moindre danger.

Dieu, Sauveur de l'enfance, Cache-nous dans ton cœur :

1 Le Catéchisme de Persévérance que M. le Curé vient d'établir.

Conserve-nous la ferveur, Et le bonheur et l'innocence;

Conserve-nous la ferveur, Et l'innocence et le bonbeur.

Vierge sainte, ô tendre Mère»

Je me jette entre tes bras; Là viens me faire la guerre, Enfer; je ne te crains pas.

A ton nom, douce Marie, Je sens mon cœur s'attendrir; Qui t'invoque obtient la vie, Qui t'aime ne peut périr.

Dieu, Sauveur de l'enfance, Cache-nous dans ton cœur :

Et l'innocence et le bonlieur.

Ainsi, c'est au combat que s'attendent et se préparent Paul et Léonie. Et vous aussi, mes bien-aimés, c'est au combat qu'il faut vous disposer. Avant votre première communion, je vous appelais aux armes pour chasser de votre cœur les ennemis de Dieu, vos passions naissantes, et aujourd'hui c'est encore aux armes que je vous appelle pour repousser

les ennemis nombreux qui frémissent de rage autour de vous. De leur part rien ne sera négligé pour vous ravir le précieux trésor que vous possédez; que rien non plus ne soit négligé de votre part pour le conserver. C'est une question de vie ou de mort; c'est une lutte dont Dieu même est le prix: cette guerre nesera pas longue; elle ne durera que le temps de votre vie. Telle est notre condition sur la terre : nous sommes tous soldats, jour et nuit nous devons avoir les armes à la main; heureux seulement de pouvoir nous promettre une infaillible victoire 1 Or, cette victoire, c'est la persévérance. Mettez-vous donc bien avant dans l'esprit ces deux pensées ! 11 faut que je persévère. Je veux persévérer.

1° Il faut que je persévère. Oui, il le faut, puisque j'aurai toujours pour persévérer les mêmes motifs que j'ai eus pour communier. Or, dans ma première communion, je me suis donné tout entier à Jésus-Christ ; pourquoi ? Parce que j'ai compris que Jésus- Christ seul mérite tout mon amour. Eh bien 1 demain, dans un an, dans dix ans sera-t-il moins vrai que Jésus-Christ mérite tout mon amour ? Demain, dans un an, dans dix ans

trouverai-je un ami plus fidèle, un père plus tendre, un frère plus aimable et plus aimant? Demain, dans un an, dans dix ans Jésus- Christ aura-t-il cessé d'être un bien infini, mon principe et ma Gn, ou mon cœur aurat-il cessé d'être fait pour lui ? Demain, dans un an, dans dix ans Jésus-Christ m'aura comblé d'un grand nombre de nouveaux bienfaits. Eh bien ! sera-ce lorsqu'il aura mille titres de plus à ma reconnaissance et à mon amour qu'il me sera permis d'être ingrat ?

De plus, il faut que je persévère; oui, il le faut, parce que je l'ai promis au Sauveur. Je l'ai juré en présence des anges, au pied des saints autels; mes serments sont écrits dans le ciel; ils ont été confirmés par le corps et le sang de Jésus-Christ tout vivant dans ma poitrine; ils me seront représentés au jour du Jugement, et c'est sur ma fidélité ou mon infidélité à les garder que se réglera l'arrêt de mon sort éternel. Eh bien ! demain, dans un an, dans dix ans ces serments seront-ils moins sacrés ? ne seront-ils plus que de vains mots? Si j'y manquais aujourd'hui, je me croirais parjure. Eh bien I demain, dans un an, dans dix ans, si je les viole, serai-je moins parjure,

c'est-à-dire infâme ?car, chez tous les peuples, celui qui manque à ses serments est infâme.

Il faut encore que je persévère, oui, il le faut, parce qu'en ne persévérant pas je fais à Jésus-Christ le plus sanglant outrage. Voudrais-jeencemomentimiterPilate, et mettre mon Sauveur en comparaison avec Barabbas, c'est-à-dire avec un péché mortel ? Cette pensée me faithorreur. Eh bien! demain, dans un an, dans dix ans cette pensée sera-t-elle moins horrible, cette comparaison moins abominable ? Ah 1 elle le serait bien davantage ; pourquoi ? Parce qu'après votre première communion vous le feriez avec plus de connaissance de cause : car vous auriez servi les deux maîtres, Jésus-Christ et Satan, etvous diriez à Jésus-Christ : « J'ai porté votre joug et celui de Satan ; j'ai goûté le pain de votre table et j'ai goûté celui de Satan ; j'ai pesé vos promesses etj'ai pesé cellesde Satan, et j'ai trouvé Satan meilleur que vous. Allez, faites-lui place, sortez de mon cœur ;jene veux plus que vous régniez sur moi. » Grand Dieu ! serait-ce à un pareil dénoûment que devraient aboutir les résolutions de ces chers enfants ?

Non, mon Dieu! vous ne permettrez pas un pareil malheur.

Il faut aussi que je persévère : oui, il le faut, parce que je le dois à l'Église. Cette tendre mère m'a enfanté en Jésus-Christ ; elle a veillé sur mon berceau ; elle a guidé mes premiers pas ; c'est elle qui a nourri mon enfance du pain de la parole sainte, de préférence à tant d'autres enfants de mon âge qui jamais n'auront ni les mêmes instructions, ni les mêmes soins, ni les mêmes grâces que moi : je lui dois beaucoup de reconnaissance. Eh bien ! demain, dans un an, dans dix ans lui en devrai-je moins? Ce n'est pas tout: cette tendre mère fondesurmoisesplus douces espérances : elle compte que je ferai revivre la douce piété, l'aimable innocence, la foi vive et sincère ; elle compte que j'essuierai quelques-unes de ses larmes; que je consolerai quelques-unes de ses douleurs ; elle compte que je la dédommagerai par ma tendresse filiale de l'ingratitude et de la défection de tant d'autres. Veux-je tromper ses espérances ?veux-je grossir la foule déjà si nombreuse de ces coupables transfuges qui ont fait, il y a quelques années, ce que j'ai fait naguère ; qui ont promis ce que j'ai promis

moi-même, et qui aujourd'hui déchirent de leurs propres mains le cœur maternel de cette Église sainte, et la forcent à dire dans l'amertume de son âme : « J'ai nourri, j'ai élevé des enfants, et ils m'ont méprisée 1 » Bien plus, veux-je donner au démon le cruel plaisir de dire en me montrant à Jésus-Christ : « Le reconnais-tu maintenant cet enfant ? il m'appartient. Où est cette robe d'innocence dont tu l'avais revêtu? Il porte aujourd'hui mes livrées : en lui donnant ton corps et ton sang tes prêtres n'ont fait que m'engraisser une victime. »

Il faut enfin que je persévère; oui, il le faut, parce que je me le dois à moi-même. Je ne l'ignore pas : je n'ai qu'une âme qui a coûté le sang d'un Dieu, et qu'il me faut sauver à tout prix. Eh bien ! demain, dans un an, dans dix ans sera-t-il moins vrai que je n'ai qu'une âme qu'il me faut sauvera tout prix? sera-t-il moins vrai que la vie ne m'a été donnée que pour sauver mon âme ? sera-t-il moins vrai que mon âme a coûté le sang d'un Dieu? Et à la fin de ma vie, quand j'aurais amassé les trésors de Crésus, moissonné les lauriers d'Alexandre et de César, acquis la propriété de l'univers entier, si j'ai perdu mon âme, sera-

t-il moins vrai que je demeurerai éternellement la plus malheureuse des créatures? Mais l'unique moyen de sauver mon âme est de persévérer jusqu'à la fin. C'est peu d'avoir bien commencé : il faut bien continuer et surtout bien finir. Judas a mal continué et mal fini ; de quoi lui sert-il d'avoir bien commencé?

Si je ne craignais, mes chers enfants, de de descendre à des motifs moins nobles, je vous dirais : « Vous devez encore persévérer, sous peine d'être malheureux, même dès cette vie. Il y a longtemps qu'on le dit : // en coûte plus pour se damner que pour se sauver. Mais c'est à vous surtout, mes bons amis, qu'il en coûterait plus qu'à tout autre. Nés dans une famille chrétienne, élevés par les soins de la plus vertueuse des mères, la religion a jeté de trop profondes racines dans votre cœur ; vous ne les arracherez jamais entièrement. Il en restera toujours quelques débris, qui seront le tourment de votre vie, le poison de tous vos plaisirs si jamais vous cherchez le bonheur loin de vos devoirs. Vous en avez trop fait : il ne vous reste pas même la triste espérance dont quelques-uns peuvent se flatter, celle d'être criminels sans remords. Vous avez trop

goûté le don de Dieu : je vous en avertis, le souvenir de votre première innocence, la pensée devotre premièrecommunion, l'image de votre vertueuse mère vous poursuivra, vous accusera, vous rendra la vie à charge si jamais votre vie cesse d'être chrétienne. Lisez votre histoire dans celle d'un malheureux enfant dont je viens de recevoir la lettre suivante : « 0 monsieur ! que vous êtes bon de « ne pas m'oublier ; hélas ! je mérite si bien « que tout le monde m'oublie depuis que j'ai « eu le malheur d'oublier Dieu 1 A dater du « déplorableévénementquevous connaissez, « je n'ai pas eu un seul instant de repos. Le « souvenir de ma faute ne me quitte pas; j'y « pense la nuit dans mes songes. Rien ne m'a- « muse, tout m'est amer ; le seul plaisir qui « me reste, c'est de répandre des larmes. O « Monsieur! qu'on est à plaindre quand, après k avoir été élevé comme moi, on vient à mal « faire ! Maman me l'avait tant répété, vous « me l'aviez dit vous-même, qu'il n'y avait « de bonheur pour moi que dans la pratique « fidèle de mes devoirs ; aujourd'hui je le « comprends. Pourquoi faut-il, hélas 1 que je « ne l'aie pas compris plus tôt !

« Oh ! si c'était à recommencer ! Si une fois « je peux retrouver la paix du cœur, soyez « assuré que je prendrai bien d'autres précau- « tions. .. J'écris à mon frère et à ma sœur; « puissent mes chagrins et mes remords « leur servir de leçon 1 »

Puissent-ils aussi vous en servir à vousmêmes, mes tendres amisl Dieu l'a dit : Il n'y a point de paix pour le pécheur. Ce n'est point là un vain mot, souvenez-vousen bien.

11 faut donc que vous persévériez : oui, il le faut, de la môme nécessité qu'il faut que vous évitiez d'être des ingrats, des parjures, des Pilâtes, les plusmalheureusesdes créatures en ce monde et en l'autre ; mais pouvezvous persévérer?

A cette deuxième question je réponds en deux mots : Dieu veut que vous persévériez ; donc vous le pouvez; car Dieu ne commande rien d'impossible. Eh quoi ! un grand nombre d'autres de votre âge, de votre condition, de votre tempérament ont persévéré et persévèrent encore tous les jours ; pourquoi ne pourriez-vous pas ce que tant, d'autres ont pu ? N'avez-vous pas tout ce qu'il faut pour perse-

vérer?En effet, pour persévérer que faut-il? Le vouloir. Heureux soldats qui avez la victoire à vos ordres ! Je vous entends : Eh bien ! oui, nous voulons persévérer. Oui, mais il faut le vouloir d'une volonté constante, ferme, efficace, c'est-à-dire qu'il faut vouloir prendre, et de fait prendre les moyens d'assurer votre persévérance. Qui veut la fin veut les* moyens.

Ces moyens, je vous les ferai connaître par les prochains courriers. Dès aujourd'hui demandez à votre aimable Sauveur la bonne volonté de les mettre en pratique : oui, mon Dieu, je crois fermement qu'il est nécessaire que je persévère. Chaque jour j'aurai de nouveaux motifs de vous aimer davantage, puisque chaque jour vous me comblerez de nouveaux bienfaits. Serais-je assez malheureux pour diminuer de reconnaissance, d'amour et de fidélité à mesure que vous acquerrez de nouveaux titres à mon affection? Non, mon Dieu, vous ne permettrez pas un pareil malheur.

0 Marie 1 ma bonne mère, obtenez-moi la bonne volonté nécessaire pour assurer ma persévérance.

Pour pratique, réciter le Souvenez-vous, pour demander la bonne volonté.

Adieu, mes bons amis; le Seigneur est mon partage!

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