‹ Le Seigneur est mon partage!Chapitre 6 sur 21 · LE CHAPEAU DU CARDINAL · texte numérisé non relu

LE CHAPEAU DU CARDINAL

Le Seigneur est mon partage ! On vous attend ici avec bien de l'impatience, mes chers enfants. Vos jeunes amis Paul et Léonie sont arrivés hier de la campagne. Ce matin, de bonne heure, ils étaient dans ma solitude ; la joie était peinte sur leurs visages : ils avaient une grande nouvelle à m'annoncer. Leur oncle Auguste vient de leur envoyer de Paris, à chacun, un Souvenir de première communion, et ils venaient me le montrer.

Ce souvenir est une très-belle gravure, richement encadrée ; elle représente un autel autour duquel on voit rangés en demi-cercle des enfants qui font ce que vous avez fait il

y a quelques jours. Un prêtre, tenant le saint ciboire, leur distribue le corps de Notre-Seigneur. En haut de la gravure on lit ces mots : Précieux souvenir si vous êtes fidèle. De chaque côté, en guise d'encadrement, sont les principales résolutions d'un enfant qui désire sincèrement conserver les fruits de sa première communion. Au bas se trouve le nom de Paul et de Léonie avec la date précise du jour où ils ont eu le bonheur de s'asseoir,' pour la première fois, à la table sainte.

« Eh bien 1 que voulez-vous faire de ces beaux souvenirs ? leur ai-je demandé. — Oh ! Monsieur, m'a dit Léonie, nous voulons encore les faire voir à M. le Curé, et puis à Alexandre et à Marie dès qu'ils seront ici ; nous voulons bien les garder. Maman a dit qu'elle les ferait attacher dans nos chambres, et que c'est devant nos souvenirs que Paul et moi nous ferions nos prières matin et soir. — Votre maman vous a-t-elle dit quelles étaient en cela ses intentions ? Non, Monsieur, m'a dit Paul, mais c'est bien facile à voir : maman veut que nous ayons toujours présente la pensée de notre première communion. »

Ainsi, dans sa pieuse sollicitude, cette

bonne mère n'a pas trouvé de moyen plus propre à maintenir ses enfants dans leurs heureuses dispositions que de leur remettre chaque jour sous les yeux le souvenir do la grande action ; elle a parfaitement raison : vous allez en juger.

N'est-il pas vrai, mes bons amis, que vous ne voudriez pas pour tout au monde commettre maintenant un péché mortel? N'est- il pas vrai que vous ne voudriez pas pour tout au monde chasser maintenant Jésus-Christ de votre cœur ; que dis-je, le chasser ? vous ne voudriez pas même le contrister par une faute vénielle commise de propos délibéré ? Introduire le démon dans votre cœur trois j ou rs après y avoir reçu le Sauveur, vous semblerait l'abomination de la désolation ? Péché mortel et première communion sont pour vous deux choses incompatibles, deux idées qui s'excluent. Pourquoi cela? Parce que vos cœurs sont encore tout chauds, tout palpitants d'amour pour le Seigneur. Sa récente visite, la tendresse qu'il vous a témoignée, les promesses que vous lui avez faites produisent encore sur vous une vive impression.

Eh bien 1 mes enfants, n'est-il pas vrai que si vous étiez toujours dans les mêmes dispo- Le Seigneur. 4

sitions, c'est-à-dire si la pensée de votre première communion, qui vous donne ces beaux sentiments, exerçait toujours sur vous la même influence, n'est-il pas vrai que vous ne consentiriez jamais au péché mortel ? Et quels moyens de conserver toujours à cette salutaire pensée de la première communion toute son efficacité ? Il n'en est qu'un seul...

C'est. . . DE VOUS EN SOUVENIR.

C'est de vous en souvenir tous les jours de votre vie. C'est, n'en doutez pas, à ce puissant souvenir que tant de jeunes cœurs où bouillonnaient les passions durent autrefois et doivent encore aujourd'hui la persévérance dans le bien, la douceur, la piété et la pureté des anges. C'est là aussi, dans ce grand souvenir, que vous trouverez vous-mêmes le secret de ne jamais pécher. Hélas ! si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, vous deveniez prévaricateurs, ceserait,n'en doutez nullement, à l'oubli de votre première communion que vous devriez attribuer votre chute.

Et maintenant, comment ferez-vous, mes bons amis, pour avoir toujours présent ce souvenir salutaire ? En premier lieu, imitez Paul et Léonie. Ayez, comme eux, une gravure où sera représentée cette grande action.,

J'écris par le même courrier à madame votre mère Dour la nrier de vous en faire venir, i^ans quelques jours, j'en réponds, vous serez satisfaits. C'est devant cette sainte image que vous ferez vos prières matin et soir. Le matin, demandez-vous : Comment passai-je le jour de ma première communion? Si je devais la faire aujourd'hui, comment vivrais-je ? comment prierais-je ? comment obéirais-je?Et le soir : Âi-je vécu aujourd'hui comme lejour de ma première communion ? ai-je obéi, ai-je prié comme le jour de ma première communion ?

En attendant l'arrivée de votre gravure, vous recevrez, avec cette lettre, deux médailles en bronze. D'un côté est le souper que Notre-Seigneur fit avec les deux disciples d'Emrnaiis ; autour de cette cène vous lisez ces paroles : Jls le reconnurent à la fraction du pain. De l'autre côté de la médaille est un calice surmonté d'une hostie rayonnante ; autour sont ces mots : C'est ainsi que Dieu m'a aimé. Au-dessous du calice est le nom de baptême de chacun de vous, avec la date du grand jour. Cette médaille est bénite. Vous la porterez l'un et l'autre, lejour et la nuit, afin, s'il est possible, que le souvenir

de la plus grande action de votre vie ne vous quitte pas un instant. Croyez-moi. cette médaille vous servira dans plus d'une occasion. Si vous êtes tentés, découragés, affligés, si vous sentez naître en vous l'attrait du plaisir, si le démon vous sollicite, si le monde vous offre ses dangereuses vanités, songez à votre médaille, pressez-lacontre votre cœur, et vous entendrez quelque chose qui vous dira : Ne fais rien qui soit indigne de ta première communion. Si c'est dans votre chambre que l'ennemi vous attaque, un regard sur votre grande et belle gravure suffira pour le mettre en fuite.

En cela, vous imiterez le pieux cardinal dont je vais vous raconter l'histoire. Pourquoi les mômes moyens n'obtiendraient-ils pas les mêmes résultats ? Cet homme excellent, dont le dernier siècle admira les talents et les vertus, portait toujours avec lui sa barrette ou chapeau de cardinal, symbole de sa dignité . Avait-il une affaire délicate à traiter, une question épineuse à résoudre, il jetait les yeux sur sa barrette, et dans ce regard il trouvait le courage et le secret de ne rien décider, de ne rien faire qui fût indigne d'un prince de l'Église. Ëtait-il pressé de quel-

que tentation violente, il se tournait vers sa barrette, et s'écriait, avec une candeur admirable : « Sainte barrette, défendez-moi. » En un mot, il avait trouvé par là le moyen d'avoir sans cesse devant les yeux le souvenir delà haute dignité dont il était revêtu, et ce souvenir lui dictait dans toutes les occasions une conduite et un langage convenables.

Je passe à un autre exemple. Vous avez vu le brave capitaine D..., qui était en semestre l'année dernière. 11 s'est signalé sur plus d'un champ de bataille. Le prince lui a donné une décoration. Il la porte sur la poitrine ; pourquoi cela? C'est, tout à la fois pour faire dire à tous ceux qui le verront : Voilà un brave 1 et pour lui rappeler sans cesse à luimôme la belle action qu'il a faite. Et pourquoi cesouvenir?Pour l'avertir de se montrer toujours digne de lui-même. Certes, ce guerrier se fait une gloire de porter sa noble croix. Ce sera donc-aussi pour vous, mes chers amis, une gloire, un bonheur de porter votre médaille, souvenir précieux de l'immortelle action que vous venez de faire. Ce sera un encouragement continuel à une conduite toujours noble et chrétienne.

C'est surtout en vous préparant à recevoir

les sacrements que vous aurez soin de vous rappeler vivement le souvenir de votre première communion ? Comment me préparaije à la confession qui précéda ma première communion? quelle fut ma sincérité? quel fut mon repentir? quelle fut mon attention à écouter les avis de mon confesseur? quelles furent ma fidélité et ma ferveur dans l'accomplissement de ma pénitence? comment surtout me préparai-je à communier la première fois de ma vie? Oh! mes bons amis, j'en suis certain, si vous agissez sous l'impression de ces salutaires pensées, toutes vos confessions, toutes vos communions seront dignes de la première. Alors qui dira toutes les consolations, toutes les grâces privilégiées que Dieu vous réserve? Et pourquoi n'apporteriez-vous pas toujours dans la suite le même soin à la réception des sacrements? Dans un an, dans dix ans seront-ils moins saints, moins augustes, moins nécessaires, moins admirables? ne sera-ce pas toujours le même Dieu qui viendra se donner à vous ?

Enfin, chaque année, vous célébrerez l'anniversaire de votre première communion.

Pour cela, vous vous approcherez de la sainte table. Cette communion sera offerte

pour deux fins : 1° Pour remercier Notre- Seigneur de votre première communion et de toutes celles qui l'auront suivie; 2° pour le prier d'entretenir ou de réveiller en vous les sentiments dans lesquels vous les reçûtes la première fois de votre vie. A l'exemple des enfants vraiment pieux, vous vous préparerez à ce mémorable anniversaire par une neuvaine accompagnée d'un jour de retraite. "Votre principal soin, pendant cette retraite, sera de bien vous rendre compte de l'état de votre âme. Suis-je encore le même qu'au jour de ma première communion? suis-je meilleur? en quoi ai-je changé? Si c'est en mal, apportez un remède prompt, spécial, efficace. Ne manquez pas de faire part à votre confesseur du résultat de votre examen, ainsi que des moyens que vous vous proposez d'employer pour revenir à votre première ferveur.

Comme vous voyez, mes bons amis, à propos de mon chapeau de cardinal, j'avais bien des avis à vous donner. Relisez quelquefois cette lettre : priez votre chère maman de la relire avec vous, et demandez au Seigneur la grâce d'être toujours fidèles aux leçons d'un vieillard qui vous aime comme la prunelle

de son œil. 0 mon Dieu ! serais-je assez ingrat pour oublier jamais vos bontés et mes promesses? Hélas! j'ai tout à craindre de ma fragilité et de mon inconstance. Gravez donc si pw)fondément dans mon cœur le souvenir de ma première communion qu'il me soit toujours présent, qu'il influe sur toutes mes paroles, sur toutes mes actions et sur toute ma conduite. Ne permettez pas que je dise ou que je fasse jamais rien qui soit indigne de vous ou indigne de moi, qui suis votre enfant. 0 Marie! ma bonne mère, obtenez-moi cette grâce de votre cher fils.

Pour pratique, relire chaque mois votre petit Règlement dévie.

Adieu, mes bons amis; le Seigneur est

Page 1