‹ Le Seigneur est mon partage!Chapitre 7 sur 21 · LE GRAND DÉSERT D'AFRIQUE · texte numérisé non relu

LE GRAND DÉSERT D'AFRIQUE

Le Seigneur est mon partage ! Mille remercîments de votre bonne lettre, mes chers amis; je suis toujours de moitié dans votre bonheur, et vous êtes au comble de la joie : vos vœux sont satisfaits. Les Souvenirs sont arrivés, encadrés, suspendus dans vos chambres. Vos médailles ne vous quittent plus; vous y pensez souvent, et cette pensée, me dit votre excellente mère, fait sur vous de merveilleux effets. Elle vous rend tour à tour, et comme par enchantement, pieux, obéissants, doux, fervents, joyeux et toujours contents. 11 ne me reste plus qu'à en bénir Dieu et à vous dire : Continuez.

Ainsi le souvenir de votre première com-

munion : premier moyen de persévérance. En voici un second. Deux histoires vous en feront comprendre l'importance et la nécessité.

Un voyageur venu d'un pays lointain se trouva au commencement de la nuit à l'entrée d'une vaste forêt : il ne pouvait ni reculer ni s'arrêter ; force lui était de la traverser pendant les ténèbres. Comme il allait s'enfoncer dans cette redoutable obscurité, il aperçut un berger à qui il demanda le chemin. « Hélas, Monsieur, lui répondit le berger, il n'est pas facile de vous l'indiquer. La forêt est coupée par mille sentiers qui se croisent, qui tournent, qui se ressemblent à peu près tous et qui tous, un seul excepté, aboutissent à l'abîme. — A quel abîme? demanda le voyageur. — A un abîme qui enceint toute la forêt. Ce n'est pas tout, continua le berger; cette forêt n'est pas sûre, elle est remplie de voleurs et de bêtes féroces. Il y a entre autres un énorme serpent qui a vingt-cinq pieds de longueur et qui fait d'étranges ravages. Il ne se passe pas de jour que nous ne retrouvions les restes de quelque voyageur dont il a fait sa proie. Par malheur, il faut nécessairement passer par cet endroit pour arriver au lieu où vous allez. Touché de compassion, je me suis

placé à l'entrée de ce dangereux passage pour instruire et protéger les voyageurs : de distance en distance sont mes fils; comme moi, ils accomplissent les mômes fonctions. Je vous offre mes services et les leurs; si vous voulez, je vais vous accompagner. »

L'air de candeur du vieux berger, le tonde vérité qui respire dans ses paroles donnent confiance au voyageur : il accepte. D'une main le berger prend une lampe qu'il enferme dans une forte lanterne, de l'autre il prend la main du voyageur, et les voilà partis.

Après avoir cheminé pendant quelques heures, le voyageur sent ses forces défaillir.

« Appuyez-vous sur moi, » lui dit son fidèle conducteur. Le voyageur soutenu continue sa marche. Bientôt la lampe ne jette plus qu'une faible lueur. «L'huile manque, dit-il au berger, notre lumière va s'éteindre ; qu'allons-nous devenir? — Rassurez- vous, lui répond le vieillard ; bientôt nous allons trouver un de mes fils, qui remettra de l'huile dans notre lampe. » il ne le trompait pas : un flambeau se fait apercevoir à quelque distance : il éclairait une petite cabane de feuillage placée au bord du chemin ; à la voix bien connue du berger, la porte s'ouvre,

un banc de gazon est offert au voyageur : quelques mets simples, mais substantiels, réparent ses forces, et après une halte d'une demi-heure, il continue sa roule conduit par le fils du vieillard.

De loin en loin le voyageur rencontre de nouvelles cabanes, reçoit de nouveaux soins et trouve de nouveaux guides. Il marche ainsi toute la nuit. Enfin, avant que les premières clartés de l'aube eussent blanchi l'horizon, il était parvenu sans accidenta l'extrémité de la forêt. C'est à ce moment qu'il connaît toute l'étendue du service que le berger et ses enfants lui ont rendu : à ses yeux s'offre un affreux abîme au fond duquel on entend le bruit sourd et lointain d'un torrent. « Voilà, lui dit son guide, cet abîme dont mon père vous a parlé : on n'en connaît pas la profondeur, il est constamment couvert d'ép*ais brouillards que l'œil ne saurait percer. »

A ces mots il pousse un profond soupir, et, du revers de la main, il essuie deux grosses larmes qui coulent sur ses joues. « Yous êtes affligé? lui dit le voyageur. — Hélas! comment ne le serais-je pas ? Puis-je voir cet abîme sans songer à tant de malheureux qui chaque jour viennent s'y perdre? Nous avons

beau, mon père et nous, leur offrir nos ser. vices, bien peu les acceptent. La plupart, après avoir marché quelques heures sous no. tre conduite, nous accusent de vouloir leur donner de vaines frayeurs ; ils méprisent nos conseils, ils nous quittent ; mais bientôt ils s'égarent, et périssent dévorés par le grand serpent ou engloutis dans cet abîme ; car il n'y a pour le traverser que ce petit pont que vous voyez devant vous, et nous seuls connaissons le chemin qui y conduit. Passez- le avec assurance : de l'autre côté il fait grand jour ; là est votre patrie. Le voyageur s'avança, franchit le pont, et quelques heures après il se reposait délicieusement au sein de sa famille bien-aimée.

Cette histoire, mes bons amis, vous fera toucher du bout du doigt la nécessité du moyen de persévérance que je vais vous proposer. N'ètes-vous pas aussi des voyageurs venus d'un pays lointain ? Cette forêt, c'est le monde ; ces voleurs, ce sont les ennemis de votre salut ; cet énorme serpent, c'est le démon; cet abîme sans fond, c'est l'enfer. Tous ces chemins qui traversent la forêt en tous sens, ce sont les routes, hélas ! trop nombreuses, qui conduisent au malheur éternel. L'u- Le Sci sueur 5

nique sentier qui aboutit au petit pont, c'est l'étroite voie du ciel; quant à ce charitable berger qui se tient à l'entrée de la forêt et qui offre son bras et sa lumière au voyageur, vous comprenez sans peine qu'il représente ce divin berger descendu du ciel pour secourir et éclairer tout homme venant en ce monde. Ses fils, qui secondent le généreux vieillard dans ^on charitable ministère,- ce sont les ministres du Sauveur, dévoués comme lui à la garde et à la conduite de l'homme voyageur. Cette lampe allumée dont le berger et ses enfants éclairent les pas du voyageur, c'est le flambeau de la foi, qui, suivant l'expression de saint Pierre, brille comme une lampe dans les ténèbres. Inutile de vous expliquer ce que Ggurent cet homme docile à la conduite du vieillard et ces autres hommes qui refusent ses services et sa lumière. Dans le cours du voyage la lampe menace de s'éteindre ; l'huile manque : voici la figure dont il importe de vous bien faire connaître le sens. Le flambeau de la religion, - allumé dans votre esprit parles instructions antérieures à votre première communion, brille maintenant de tout son éclat ; mais avec les années cette lumière ira s'affaiblissant. Les fausses

maximes que vous entendrez chaque jour retentir à vos oreilles, le relâchement, l'indifférence générale, les scandales nombreux que vous rencontrerez à chaque pas et sous toutes les formes, la voix séduisante de vos propres passions, les orages terribles qui s'élèveront dans votre faible cœur, tout, en un mot, contribuera puissamment à obscurcir en vous l'éclat de la vérité. Le flambeau divin menacera de s'éteindre au plus épais de la nuit, à moins que vous ne trouviez un moyen del'entretenir en donnantàsa flamme un nouvel aliment: or, ce moyen vous attend sur la route, il ne tient qu'à vous d'en profiter. Ce moyen, c'est le catéchisme de persévérance établi dans votre paroisse. Oh ! que cette salutaire institution est bien nommée catéchisme de persévérance ! oui, catéchisme où vous trouvez tous les moyens de persévérer. Là vous recevrez des instructions plus fortes, plus nourries, plus en rapport avec les progrès de votre intelligence, qui nonseulement entretiendront, mais développeront ces premières leçons du christianisme que vous avez reçues jusqu'ici. C'est ainsi qu'une huile nouvelle étant souvent remise dans votre lampe, vous ne craindrez point

tes, profondes seraient la suite inévitable de votre présomption.

Mais non, je connais trop, mes bons amis, votre modestie et la justesse de votre esprit pour craindre que vous n'imitiez jamais certains petits orgueilleux qui, après leur première communion, n'attachent plus aucune importance à leur instruction religieuse, ou, se croyant déjà de grands théologiens, regardent comme au-dessous d'eux le catéchisme de persévérance. Imprudents 1 à peine connaissent-ils les premiers éléments de la religion, et, avec ce faible bagage, avec ces quelques gouttes d'huile dans leur lampe, ils s'engagent témérairement dans les ténèbres et les dangers du monde. Vous irez donc au catéchisme de persévérance ; si vous y êtes exacts, je réponds de l'avenir. Pour garant de ma promesse j'ai une expérience de deux cents ans.

Vers la fin du dix-septième siècle un vénérable prêtre fut nommé curé de la paroisse Saint- Sulpice, à Paris. Cette paroisse était l'égout de cette grande ville, qui semble être elle-même l'égout de la France. Les auteurs contemporains nous font une peinture affreuse de l'ignorance et de l'immoralité qui

régnaient dans ce quartier. D'où vient qu'aujourd'hui cette paroisse est une des plus pieuses, sinon la plus pieuse de la capitale? A quoi faut- il attribuer ce merveilleux changement ? Les historiens sont unanimes pour l'attribuer aux catéchismes de persévérance établis par M. Olier et continués jusqu'à nos jours par ses dignes successeurs.

A l'exemple de Saint-Sulpice, les autres paroisses de Paris et plus tard les principales paroisses des villes de France se sont empressées de recourir à ce puissant et je dirai sans crainte à cet unique moyen de sauver d'un naufrage absolu la foi, la piété de la jeunesse actuelle. On comprend de plus en plus le besoin de ces catéchismes. Aussi lesévêques de France les encouragent; le souverain Pontife lui-même, du haut de la chaire apostolique, a daigné fixer son attention sur cette œuvre importante. Il l'environne de sa protection, il l'enrichit de nombreuses indulgences. Toutes ces considérations, jointes à son expérience, ont dé • terminé le vénérable curé de votre paroisse à établir le catéchisme de persévérance. Vous entrerez dans ses vues; c'est une marque de reconnaissance que vous lui devez à plus d'un titre

Pourquoi donc, mes chers enfants, ce qui a été pour tant d'autres un moyen de salut n'en serait-il pas un pour vous-mêmes ? car comment prétendriez-vous persévérer si vous négligiez le moyen le plus efficace d'assurer votre persévérance ? Vous me l'avez écrit : « Nous voulons persévérer, quoi qu'il nous en coûte. » Je vous connais trop pour dou>ter un instant de la sincérité de vos promesses : eh bien ! qui veut la fin veut les moyens. Dites-moi donc, connaissez-vous un moyen plus sûr d'assurer votre persévérance ? Si vous en connaissez un au ire, prenez-le, j'y consens, et négligez celui que je vous propose ; mais si vous n'en savez point, de bonne foi où serait votre sincérité, où serait votre bonne volonté, si vous refusiez d'adopter celui que la Providence elle-même vous présente ?

Le catéchisme de persévérance n'est pas seulement utile en ce qu'il augmente votre instruction et entretient l'huile dans votre lampe, mais encore en ce qu'il soutiendra votre faible vertu. En toutes choses l'union fait la force. Eh bien ! au catéchisme de persévérance vous trouverez cette force, soit dans les exemples, soit dans les prières d'un grand

nombre d'enfants, avec qui vous ne ferez qu'un cœur et qu'une âme. Sans cette union, voyageurs isolés, vous traverserez bien difficilement le désert de la vie. Vous allez me comprendre :

Lorsque les voyageurs veulent s'enfoncer dans les vastes déserts de l'Afrique, ils se réunissent en grand nombre; ils forment des caravanes. S'ils entreprenaient seuls ce périlleux trajet, ou ils périraient de fatigue et de besoin, ou ils deviendraient les victimes des Arabes vagabonds qui errent dans ces sables brûlants; mais, réunis, ils n'ont presque rien à redouter. D'abord les provisions ne leur manquent pas, les guides non plus. Ensuite les Arabes n'osent les attaquer, ou, s'ils font quelques tentatives, les voyageurs les repoussent sans peine. Je ne saurais trop vous le répéter, mes bien tendres amis, vous avez à traverser un désert mille fois plus dangereux que ceux de l'Afrique. Seuls,vouspéririez probablement; réunis, le trajet perd pour vous lesplus grands dangers. Or, c'est au catéchisme que vous trouverez cette compagnie de jeunes voyageurs qui ont le même chemin à faire, et qui, si vous le voulez, le feront avec vous.

Mais je m'aperçois que je prêche des convertis; ainsi je mets fin à mon sermon, et je vais, comme tous les prédicateurs, demander avec vous et pour vous la vie éternelle. 0 mon Dieu 1 je crois fermement que je suis sur la terre un exilé, un voyageur ; le monde que j'ai à traverser pour arriver au ciel est rempli d'ennemis et de dangers. Comment ferai-je pour les éviter, faible, inexpérimenté comme je suis ? Je prendrai le moyen que vous avez daigné me préparer dans votre infinie miséricorde. J'assisterai régulièrement au catéchisme de persévérance, afin d'y trouver les lumières et les forces nécessaires pour continuer mon périlleux voyage. 0 Marie ! ma bonne mère, qui recueilliez avec tant d'empressement et qui conserviez avec tant de soin les paroles de votre Fils, obtenez- moi la même ardeur pour écouter, la même fidélité pour retenir et le même zèle pour pratiquer les enseignements de ses ministres.

Pour pratique, réciter le Veni, Creator, ou le Credo, pour demander la 'persévérance au catéchisme.

Adieu, mes bons amis ; le Seigneur est

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