‹ Le Seigneur est mon partage!Chapitre 9 sur 21 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

l'amphithéâtre.

Le Seigneur est mon partage ! Je n'y manquerai pas, mes chers enfants, je m'acquitterai de votre commission pour le père Homfroy ; il croira rêver lorsque je le remercierai de votre part du sermon que son dernier entretien avec moi vous a valu. Depuis cette époque j'ai souvent pensé à mes deux petits champs et à la pièce de monnaie du P. Pierre ; je suis heureux d'apprendre que les mêmes souvenirs vous ont occupés. Courage, mes bons amis ! prévenez la sécheresse, faites souvent descendre la rosée bienfaisante de la grâce sur la terre de votre cœur ; ne perdez aucune occasion de faire des affaires avec le Ciel ; mais vous savez en quelle monnaie se font les échanges. Prenez-y garde ; la fausse monnaie, la monnaie de mauvais aloi,ne se-

rait pas reçue : vous avez à traiter avec un correspondant qu'il est impossible de tromper. Priez donc, mes chers enfants, priez souvent et priez bien. Tel est le troisième moyen de persévérer. En voici un quatrième : la réception fréquente des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie.

Je visitai, il y a quelque temps, les ruines d'un amphithéâtre. Comme vous le savez, les amphithéâtres étaient de vastes enceintes où les peuples de l'antiquité faisaient battre des hommes les uns contre les autres ou contre des bêtes. Plus tard c'est dans ces lieux qu'ils exposaient les chrétiens aux lions et aux tigres. Autour de ces vastes enceintes régnaient plusieurs rangées de bancs élevés les uns au-dessus des autres : c'est là que se plaçaient les spectateurs ; une forte grille les séparait des combats, et les mettait en sûreté contre les bêtes furieuses qui bondissaient dans l'arène.

Après avoir parcouru cet endroit si souvent abreuvé de sang humain, je remarquai à quelques pas de là les ruines d'un édifice dont les vastes proportions annonçaient l'antique magnificence. J'appelai mon guide, je lui demandai quel était ce monument 1 « Ce

sont, me dit-il, les thermes ou bains de l'amphithéâtre. Lorsque les combattants avaient reçu quelques blessures ou lorsque les jeux étaient finis, les athlètes, couverts de sueur et de poussière, entraient aux bains pour se purifier et se rafraîchir. Des médecins attendaient ceux qui étaient blessés ; ils bandaient leurs plaies et leur prodiguaient tous les secours nécessaires. » Je sortis de ces lieux si féconds en souvenirs, et je vous envoie queljues-unes des pensées que je recueillis au milieu de ces ruines.

Le monde, me disais-je à moi-même, est mssi un amphithéâtre. Là les hommes com- Dattent sans cesse : le démon et ses satellites l'une part ; de l'autre, Notre-Seigneuret ses înfants. Déjà vous-mêmes, bien chers amis, fous êtes descendus dans la lice, vous com- Dattez dès votre enfance ; ces premiers combats ne sont que le prélude des plus terribles issauts. Jusqu'à votre dernier soupir il fau- Jra que vous ayez les armes à la main ; c'est rotre condition, c'est la mienne, c'est celle îe tout homme venant au monde. Ainsi le nonde est un amphithéâtre, la vie un comjat, l'homme un soldat ; or, il est impossible, 5ans cette longue lutte, de ne pas se couvrir

de sueur et de poussière ; il est même impossible de ne pas recevoir quelques blessures.

Le général sous les ordres duquel nous combattons le sait très-bien; aussi, dans sa prévoyance infinie, il a bâti au lieu même du combat un magnifique édifice; c'est son Église. Là est toujours préparé un bain salutaire dans lequel il nous invite à venir souvent nous purifier et nous rafraîchir ; là nous attendent des médecins aussi compatissants qu'éclairés ; à leur disposition sont tous les remèdes nécessaires pour guérir les différentes blessures reçues dans le combat. Puis-je mieux, tendres amis, vous dépeindre le bain sacré de la pénitence? puis-je mieux vous faire comprendre la nécessité de venir souvent y plonger votre âme î Puis-je mieux vous faire admirer la bonté et la prévoyance de votre divin Général? Ahl jamais vous n'imiterez ces jeunes présomptueux qui, se regardant comme invulnérables, espèrent pouvoir soutenir le choc du combat sans venir ranimer leurs forces au bain salutaire.

Les imprudents 1 bientôt de légères mais nombreuses blessures font couler leur sang par vingt endroits; avec le sang les forces

diminuent; les armes pèsent à leurs bras affaiblis; leurs pieds chancellent, leurs yeux se troublent : ils ne rendent plus qu'un faible combat. L'ennemi redouble de rage, ils succombent: et leur brillante armure, et leur robe d'innocence, et l'anneau de la fidélité, et tout ce qu'ils possèdent leur est enlevé ; et le démon victorieux fait un insultant trophée, qu'il montre de loin à Jésus-Christ. Ce n'est pas tout; il les charge de chaînes et les conduit dans ses ténébreuses prisons. Ils auraient, les infortunés 1 ils auraient évité tous ces malheurs si, fidèles à la voix de leur chef, ils fussent venus souvent réparer leurs forces dans le bain salutaire de la pénitence. Heureux encore s'ils savent briser leurs chaînes et revenir au camp du Sauveur.

Mais trop souvent la honte, le découragement, les séduisantes promesses du démon les retiennent dans les rangs ennemis; et on les voit, ô honte ! on les voit endosser l'armure de Satan, se ranger sous ses étendards, combattre contre leurs frères et décocher leurs traits contre Jésus-Christ. Telle est la conduite de tant de jeunes enfants qui, après la première communion, se font les apôtres du démon, qui les a vaincus, et s'efforcent, par

des paroles impies et libertines, par des chants obscènes, par des moqueries aussi plates qu'indécentes, de corrompre leurs anciens camarades demeurés fidèles au drapeau de Jésus-Christ.

Cette conduite vous fait horreur, mes chers enfants; je le crois sans peine, car si la langue de tous les peuples flétrit du nom de transfuge, de parjure, d'infâme le soldat qui trahit son roi, quel nom donner à celui qui trahit son Dieu?

Toutefois, prenez-y garde, cette conduite, il vous importe moins de la flétrir que de l'éviter. Je vous entends. Quoi ! vous vous récriez; vous m'accusez peut-être, mes bons amis, d'avoir une mauvaise opinion de vous. Non certes, nul n'a meilleure opinion que moi de l'excellence de vos dispositions actuelles. Mais j'ai vu Lucifer tomber du ciel avec la rapidité de la foudre; j'ai vu Samson, le fort d'Israël, devenir le jouet des Philistins; j'ai vu David, ce roi selon le cœur de Dieu, souiller sa pourpre d'un double crime ; j'ai vu Salomon, le plus sage des hommes, tomber dans l'esclavage des plus honteuses passions; j'ai vu Judas, élevé à l'école du Sauveur, passer en quelques instants de l'a-

postolatà l'apostasie ; j'ai vu Pierre, le chef du collège apostolique, renier trois fois son maître à la voix d'une servante; j'ai vu, dans la suite des siècles, les plus fermes colonnes tomber et épouvanter par leur chute des générations entières ; j'ai vu, hélas 1 oui, j'ai vu bien d'autres enfants aussi sages, aussi éclairés, aussi bien disposés que vous après leur première communion changés quelques années plus tard en indifférents, en libertins, en ennemis de Jésus-Christ. Comme eux enfants d'Adam, qui peut répondre qu'un jour il ne faudra pas inscrire votre nom à la suite du leur sur la liste des transfuges? Ce qu'il y a de certain, c'est que le même sort vous attend si vous négligez l'unique moyen donné par Dieu pour l'éviter.

En 1811 votre excellente mère a connu comme moi un enfant qu'il est inutile de nommer. Ce fut un ange le jour de sa première communion. Ses parents concevaient de lui les plus flatteusesespérances. Il les réalisa pendant dix-huit mois. Sa conduite était exempte de reproches, parce que ses confessions étaient fréquentes. Son âme, purifiée, fortifiée par ce bain salutaire, demeurait intacte. Peu à peu la négligence et la dissipation

des paroles impies et libertines, par des chants obscènes, par des moqueries aussi plates qu'indécentes, de corrompre leurs anciens camarades demeurés fidèles au drapeau de Jésus-Christ.

Cette conduite vous fait horreur, mes chers enfants; je le crois sans peine, car si la langue de tous les peuples flétrit du nom de transfuge, de parjure, d'infâme le soldat qui trahit son roi, quel nom donner à celui qui trahit son Dieu?

Toutefois, prenez-y garde, cette conduite, il vous importe moins de la flétrir que de l'éviter. Je vous entends. Quoi ! vous vous récriez; vous m'accusez peut-être, mes bons amis, d'avoir une mauvaise opinion de vous. Non certes, nul n'a meilleure opinion que moi de l'excellence de vos dispositions actuelles. Mais j'ai vu Lucifer tomber du ciel avec la rapidité de la foudre; j'ai vu Samson, le fort d'Israël, devenir le jouet des Philistins; j'ai vu David, ce roi selon le cœur de Dieu, souiller sa pourpre d'un double crime; j'ai vu Salomon, le plus sage des hommes, tomber dans l'esclavage des plus honteuses passions; j'ai vu Judas, élevé à l'école du Sauveur, passer en quelques instants de l'a-

postdata l'apostasie ; j'ai vu Pierre, le chef du collège apostolique, renier trois fois son maître à la voix d'une servante; j'ai vu, dans la suite des siècles, les plus fermes colonnes tomber et épouvanter par leur chute des générations entières ; j'ai vu, hélas ! oui, j'ai vu bien d'autres enfants aussi sages, aussi éclairés, aussi bien disposés que vous après leur première communion changés quelques années plus tard en indifférents, en libertins, en ennemis de Jésus-Christ. Comme eux enfants d'Adam, qui peut répondre qu'un jour il ne faudra pas inscrire votre nom à la suite du leur sur la liste des transfuges? Ce qu'il y a de certain, c'est que le même sort vous attend si vous négligez l'unique moyen donné par Dieu pour l'éviter.

En 1811 votre excellente mère a connu comme moi un enfant qu'il est inutile de nommer. Ce fut un ange le jour de sa première communion. Ses parents concevaient de lui les plus flatteusesesperances.il les réalisa pendant dix-huit mois. Sa conduite était exempte de reproches, parce que ses confessions étaient fréquentes. Son âme, purifiée, fortifiée par ce bain salutaire, demeurait intacte. Peu à peu la négligence et la dissipation

l'éloignèrent des sacrements. Il n'alla plus trouver le père de son âme que tous les deux mois; ensuite tous les trois mois, puis deux fois par an ; enfin, il se réduisit à la confession annuelle. Son confesseur l'avertit du daDger qu'il courait; il lui fit remarquer combien il était choquant de diminuer en ferveur à mesure qu'il avançait, en âge. Vains conseils! il n'en fut ni plus exact ni plus circonspect. Sa présomption aboutit là où elle aboutit toujours. Une faute très-grave fut commise. Sa honte le retint : les mauvais exemples et les passions firent le reste. Nous l'avons vu, votre mère et moi, dans une circonstance dont le souvenir ne s'effacera jamais de mon esprit, nous l'avons vu malade, couché sur une paille infecte, couvert de haillons, les rides de la décrépitude sur son front de vingt-cinq ans, et n'attribuant qu'à l'abandon successif des sacrements les maux dont il mourait victime. Puisse son exemple servir de leçon à tous les enfants qui seraient tentés d'imiter sa négligence 1 Le même chemin les conduirait au même terme.

L'expérience le prouve : n'attendez ni progrès ni ferveur d'un enfant qui ne se confesse pas tous les mois ; pour peu qu'il se relâche

sur ce point, tenez-vous pour assuré que sa piété décline et que sa chute est prochaine. Aussi, depuis que je suis prêtre, et mes cheveuxblancsm'avertissentqu'ily a longtemps, j'ai eu entre les mains bien des règlements de vie de jeunes communiants ; je n'en ai pas trouvé un seul qui ne renfermât cette résolution : Je me confesserai tous les mois. Je puis ajouter qu'il n:est pas à ma connaissance qu'un seul enfant fidèle à cette résolution ait péri.

Pourquoi d'ailleurs, mes chers amis, cesseriez-vous d'être exacts à vous confesser? Estce en faisant rarement une chose qu'on apprendàbienlafaire?est-celorsqueles dangers seront plus grands qu'il sera moins nécessaire de prendre des précautions?

Abandonner ainsi le tribunal de la pénitence ! ah 1 ce serait bien peu connaître les véritables besoins de votre propre cœur ! Pauvres enfants 1 bien des peines vous attendent sur la route de la vie ! des maladies, des revers, des mécomptes, des pertes, des ingratitudes, des ennuis, que sais-je ? viendront plus tard, et chacun à sa manière^ vous faire comprendre toute la signification de ce nom de vallée de larmes donné à la terre guo

nous habitons. Plus d'une fois, quelque brillant avenir qui vous soit réservé, vous répéterez en soupirant cette parole du patriarche Jacob : Les jours de mon pèlerinage sont courts et mauvais. Or, où trouverez-vous un peu de consolation et de soulagement?oùtrouverezvous quelqu'un qui comprenne vos souffrances, qui, éprouvant, toutes vos peines, essuie tendrement vos pleurs et fasse descendre jusqu'au fond de votre cœur le baume de la confiance et de la paix ? Nulle part qu'au tribunal de la pénitence. Là vous trouverez comme, dans l'Eucharistie, le plus tendre et le plus fidèle de tous les amis, votre aimable Sauveur dans la personne de son ministre. De là, comme du fond des sacrés tabernacles, il vous crie : « Venez à moi, vous tous qui êtes dans la peine, et je vous consolerai. » Bien différent des amis de la terre, il ne se contentera pas de mêler ses pleurs aux vôtres, il portera un remède efficace à vos maux ; car lui seul connaît le secret de votre cœur. Venez donc à lui; médecin tout-puissant, il a des remèdes pour toutes les infortunes, des dédommagements pour toutes les pertes, et même des joies pour les cœurs les plus cruellement déchirés.

Ce n'est pas tout encore : combien de fois n aurez-vous pas des doutes, des incertitudes, des perplexités, des inquiétudes qui vous fatigueront au point de vousrendre la vie àcharge! Or, où trouverez-vous un conseiller plus sûr, plus désintéressé que Notre-Seigneur au tribunal de la pénitence? Et si jamais vous venez à perdre la paix de votre âme par le péché, où la retrouverez-vous, sinon en la redemandant humblement à celui qui la possède? Mais, où vous la rendra-t-il? Nulle part qu'au tribunal de la miséricorde.

En voilà bien assez, j'espère, mes jeunes combattants, pour vous faire sentir la nécessité de recourir souvent au bain salutaire. Soyez donc fidèles à la résolution .que vous en avez formée ; de là dépendent votre persévérance et votre éternité . 0 mon Dieu ! vous m'appelez à combattre contre une foule d'ennemisquilancentcontremoileurs traits meurtriers. Comment pourrai-je soutenir leurs assauts sans me couvrir de sueur et de poussière, sans perdre mes forces et même sans recevoir de blessures ? Je vous Temercie, dans toute la sincérité de mon cœur, de m'avoir préparé un bain salutaire où mon âme retrouvera sa pureté et ses forces. Je vous promois,

— no —

ô mon Dieu ! quels que soient les exemples et les discours des autres, de recourir fréquemment à ce remède nécessaire. Où pourrais-je, d'ailleurs, trouver la consolation, le courage, la lumière et la paix, si ce n'est à vos pieds, ô mon aimable Sauveur ! ami tendre et fidèle, médecin infaillible de tous les maux, consolateur de toutes les peines, soutien de toutes les faiblesses ! 0 Marie ! ma bonne mère, obtenez-nous la grâce décisive d'être fidèles à la confession fréquente.

Pour pratique, foire une mortification pour obtenir la grâce d'être fidèle à la confession de chaque mois.

Adieu, mes bons amis : le Seigneur est

Page 1