CHAPITRE XII
candidatures officielles des hommes dé l'Empire, se montrèrent très froids, et refusèrent nettement de se compromettre davantage dans des complicités un peu obscures. Les ministres n'obtinrent que très péniblement un ordre du jour dont les termes ambigus ne pouvaient être pris pour une approbation, encore moins pour une promesse d'appui dans la résistance : « Le Sénat, prenant acte des déclarations du gouvernement, persévérant dans la politique conservatrice qu'il a toujours déifendue, et désireux que les prérogatives appartenant à chacun des trois pouvoirs soient respectées, passe à Tordre du jour. » On ne pouvait pas plus discrètement contresigner le résultat des élections et la défaite des auteurs du Seize Mai.
ni
Cette fois, ceux-ci comprirent qu'il fallait quitter la place. Ils donnèrent ou maintinrent leur démission, annoncée dans le Journal officiel du 4 novembre. On ne peut pas dire que cette démission ait ouvert la crise : elle était en réalité ouverte depuis le dernier jour des élections, le 28 octobre. Les noms des nouveaux ministres n'étaient pas pour calmer Tesprit public. Le ministère était ainsi composé :
Président du conseil et ministre de
la guerre MM. le G^i de Rochebouet.
Intérieur. Welche.
Affaires étrangères de Banne ville.
Justice Lepelletier..
Instruction publique Faye.
Finances : Dutilleul.
Travaux publics .,. Collignon. '
Agriculture et commerce Ozanne.
Marine Gicquel des Touches.
d90 LE SEIZE MAI 1877
Par la déclaration ministérielle lue dans les deux Chambres, le ministère se présenta modestement comme un ministère provisoire, chargé de faire l'apaisement et de préparer l'avènement d'un ministère parlementaire, c Observateurs fidèles des lois de notre pays, disaient-ils, et résolus à ne permettre aucune atteinte à ses institutions, nous respecterons religieusement et nous ferons respecter là Constitution républicaine qui nous régit... > Ce fut en vain : une incurable défiance, entretenue d'ailleurs par les excitations bruyantes des entours de l'Elysée, maintenait la nouvelle Chambre à l'état d'hostilité violente. La composition du cabinet était de nature aussi à justifier nos appréhensions. Dans le pubhc, la personnalité du général de Rochebouët rappelait celle de Saint- Arnaud; et les autres ministres, tous étrangers au Parlement, évoquaient le souvenir de ces autres ministres du coif^ d'État de 1851, choisis également en dehors de TAssemblée législative. Et pourtant, le Maréchal était loin de méditer de pareils desseins; mais on y croyait.
Le général de Rochebouët commandait alors à Bordeaux. Esprit juste, jugement droit et caractère résolu, quoique ses aspirations politiques fussent plutôt libérales et constitutionnelles, il n'était rien moins qu'homme de parti, plus sceptique que passionné en fait de politique. Franc et loyal militaire, sachant obéir et sachant commander; en un mot, soldat et non homme de cour. Le Maréchal, dès l'arrivée de M. de Rochebouët à Paris, lui dit à brûle-pourpoint : « Je vous ai nommé ministre de la guerre, président du conseil. — Mais monsieur le Maréchal sait que je ne fais pas de politique, et que le poste auquel il m'appelle exige une personne capable d'aborder la tribune, de discuter et de soutenir les intentions du gouvernement. — Non; le