CHAPITRE XIII
depuis le commencement de l'aventure du Seize Maû La Chambre avait entre les mains une arme sûre. Elle pouvait mettre le gouvernement du Maréchal dans l'impossibilité de fonctionner tant que la crise ne serait pas dénouée. Le comité des Dix-huit en avait délibéré, et il avait disposé tout un plan de campagne sur ce terrain. A l'heure où nous sommes, si loin de la bataille, il est permis d'avoir des doutes sur la légitimité de ce procédé constitutionnel qui permet de mettre un gouvernement à la discrétion d'une majorité de rencontre, et de subordonner les intérêts généraux de la nation aux intérêts d'un parti. C'est un des problèmes des régimes démocratiques qui restent à résoudre. Mais l'heure n'était pas à ratiociner sur des cas d'école.
A la séance du 4 décembre, M. Jules Ferry, au nom de la commission du budget, fit la déclaration suivante :
M. Jules Ferry. — c Pour nous, dépositaires des droits de la nation, qui s'est prononcée souverainement le 14 octobre, nous ne nous dessaisirons pas de ce qui constitue le suprême recours et la dernière garantie des peuples libres. » (Applaudissements à gauche.) « Nous ne donnerons le vote des quatre contributions directes qu*& un ministère vraiment parlementaire... » (Très bien! très bien! à gauche), « qui puisse offrir au pays les garanties sérieuses de sincérité que réclament tant d'intérêts gravement atteints dans le présent, plus gravement menacés dans un prochain avenir. > {Applaudissements à gauche.)
c Quant aux assemblées départementales, elles savent déjà que, si elles n'ont pu tenir en août dernier leur session budgétaire annuelle, la faute en fut au ministère du 17 mai, qui
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^ tenu non seulement à épuiser^ mais & dépasser les délais prescrits par la Constitution des collèges électoraux... >
M. DE Gastê. — Très bien !
M. Jules Ferry. — « ...et elles sauront, cette fois encore, que si, par malheur, les budgets départementaux n'étaient pas votés dans le courant du mois de décembre, la responsabilité de ce fâcheux désordre retomberait tout entière sur ceux qui s'obstineraient à prolonger, malgré le cri de misère publique... > (Bravos et applaudissements à gauche et au centre, — Exclamations à droite.)
Plusieurs membres à droite. — Sur vous I sur vous!
M. Jules Ferry. — « ... et l'arrêt complet des affaires, une crise qu'on est toujours à temps de résoudre, puisqu'il suffirait d'un moment et d'une inspiration de patriotisme pour y mettre un terme. » (Nouveaux applaudissements à gauche et au centre.)
M. de Baudry-d'Asson. — La Droite n'a jamais manqué de patriotisme !
M. Jules Ferry. — En conséquence, la commission du budget ne vous présentera, jusqu'à nouvel ordre, aucun rapport sur le budget des contributions directes. > (Double salve d'applaudissements à gau^ihe et au centre.)
M. Baragnon. — Je demande la parole.
M. Rouher demanda que Ton délibérât sur cette déclaration. U essaya d'éveiller les susceptibilités de la Chambre en disant : « Je ne discute pas cela, mais je vous demande d'écouter notre parole; autrement — je ne veux rien dire qui vous blesse — ce n'est pas la Chambre qui agit ici, c'est un comité qui est au-dessus d'elle. » Dans cette même séance, à propos d'un autre incident, M. Paul de Cassagnac appuya sur cette corde, c Je vous ferai remarquer, dit-il, que, dans cette Chambre, il y a au moins une différence entre la Droite et la Gauche, c'est qu'à Droite chaque député peut, sans engager le moins du monde ses amis, venir porter son