CHAPITRE XIII îOi
opinion à la tribune librement, tandis que ch^ vous, il
y a un comité de Dix-huit membres {Rires et esccla-
mations à gauche et au centre.) qui à chaque instant vient lier vos consciences et museler votre liberté. » Gambetta avait répondu à M. Rouher : « Écartons ces mots, de comité supérieur et extraparlementaire. Dans la réunion des quatre groupes de. gauche qui constituent, la majorité, il n'y a pas de comité directeur, il n'y a pas de pouvoir extraparlementaire, il y a une majorité légale que le pays a envoyée ici pour exécuter ses volontés, et qui puise dans l'arsenal de nos lois et dans les prescriptions de nos règlements les moyens toujours légaux et toujours parlementaires de faire enfin prévaloir ses volontés. »
Cette explication de Gambetta rentrait dans l'ordre des fictions parlementaires, comme les conventions mondaines font passer certaines manières de parler. Mais la vérité est que le comité des Dix-huit formait un conseil secret d'où sortaient des mots d'ordre suivis avec une fidélité pleine d'abnégation par la majorité. Quelque divisés d'opinion que fussent les membres dont il était composé, il se maintint dans les limites de la plus grande modération; et il ne fut jamais guidé par d'autres considérations que celle du bien public, et de la nécessité de faire sortir le pays de la situation révolutionnaire où le maintenaient les résistances du pouvoir exécutif. Ce fut un bel exemple de l'esprit de sacrifice, de sagesse, de résolution calme dans la revendication du Droit, que donnèrent alors et la Chambre et le comité des Dix-huit. Us ne faisaient d'ailleurs en cela qu'imiter les vertus civiques si merveilleusement pratiquées alors par la nation tout entière, durant cette longue lutte engagée entre elle et des partisans éperdus de régimes impossibles à restaurer, qu'ils n'avaient
aucune qualité pour représenter, pas plus qu'ails n'avaient le moyen de les faire revivre.
Gambetta, aiguillonné plus encore par ses amis que par des préoccupations personnelles, ne perdait jamais l'occasion de faire entendre, à côté des autres fractions de la gauche, la note de son parti. Il reprit la thèse de J. Ferry en Taccentuant. Il parla, d'ailleurs, au nom de la commission du budget, dont il était le président, et il dit : c La Chambre a préparé son budget. Mais alors, nous adressant au pays, nous ajouterons : Nous sommes prêts, mais nous ne livrerons notre or, nos charges, nos sacrifices, le produit de notre dévouement, que lorsqu'on se sera incliné devant la volonté qui a été exprimée le 14 octobre, de savoir si, en France, c'est la nation qui gouverne ou un homme qui commande...»
La résolution de la Chambre était définitive et inébranlable. En vain on la dénonçait au pays comme un acte d'insurrection constitutionnelle. Le pays ne s'y trompait pas, et, de son côté aussi, les résolutions étaient prises. Pour l'en détourner, on essaya d'un autre subterfuge. On représentait le Maréchal comme désireux de former un ministère constitutionnel, mais empêché de le faire par des prétentions de la Gauche qu'elle savait être inacceptables. Chacun cherchait à mettre le pays de son côté : une note officielle avait été affichée dans les couloirs de la Chambre à la séance du 3 décembre. Elle était ainsi conçue :
c L'opinion politique, justement émue de la crise que nous iraversons, a suivi avec un grand intérêt les tentatives faites