CHAPITRE XIII
par M. le Président de la République, sur l'avis du cabinet actuel, pour arriver & la constitution d'un ministère de conciliation pris dans le parlement. Jusqu'à ce jour, ces tentatives ont été arrêtées par la condition préalable qu'on voudrait imposer au Président de la République de réunir le Congrès pour délibérer sur l'article des lois constitutionnelles qui permet au pouvoir exécutif de dissoudre la Chambre sur l'avis du Sénat ; le Président de la République a pensé que cette condition n'était pas acceptable et qu'il ne pouvait laisser altérer ni les droits du pouvoir exécutif, ni les prérogatives du Sénat. »
M. Léon Renault porta l'incident à la tribune.
« J'affirme, dit-il, au nom de tous mes collègues de la majorité républicaine de cette Chambre, qu'aucun d'eux n'a. reçu mission, ou n'a été mis en demeure par M. le Président, de la République de formuler au nom des Gauches des con^ ditions pour la formation d'un cabinet parlementaire.
J'espère que jeudi prochain MM. les ministres voudront; bien nous dire s'ils acceptent ou déclinent la responsabilité d'une dépèche qui a ému, troublé, étonné la majorité de cette Chambre et qui pourrait faire illusion à l'opinion pu.-blique. (Vifs applaudissements à gamhe et au centre.)
M. Paul de Gassagnac, sans attendre le jour fixé, prit à son compte et au compte de son parti la note Havas^ et, chose plaisante, M. Lorois, qui parla au nom du Centre droit, déclara ne pas s'associer aux paroles de M. de Gassagnac. Il était en cela d'accord avec le parti orléaniste qui, au Sénat et à la Ghambre, se séparait chaque jour davantage de l'armée des coalisés du 16 mai, et qui faisait son évolution à gauche. Mais ce fut, je crois, la première manifestation faite à la tribune de cette évolution d'ailleurs conforme à seâ idées parle^ mentaires.
Mais, sur l'heure, une déclaration autrement importante se produisit, ce fut celle du président Grévy. Il était rare qu'il intervînt de sa personne dans les luttes politiques; il ne fallait rien moins, pour l'y décider, qu'un gros intérêt public ou d'un autre ordre plus près de lui. Dès que M. Léon Renault fut descendu de la tribune, M. Grévy, sans quitter son fauteuil, dit :
La Chambre peut savoir que je suis le seul membre de la majorité qui ait eu l'honneur d'être appelé par M. le Président de la République; elle me permettra, je l'espère, en face de la publication qui vienC d'être portée & la tribune, de donner une courte explication.
Je déclare :
Premièrement que je n'ai point parlé au nom de la majorité de cette Chambre, n'ayant pas qualité pour le faire ;
Deuxièmement, que je n'ai engagé cette majorité sur aucun point;
Troisièmement, que, dans la conversation que M. le Président de la République a bien voulu avoir avec moi, je n'ai parlé, en aucune façon, d'aucune des conditions auxquelles un ministère parlementaire pourrait être constitué. {Sensation profonde et applaudissements prolongés sur les bancs de la majorité.)
Le comité des Dix-huit, de son côté, sentit la nécessité de dégager la Gauche de cette manœuvre, par laquelle on la dénonçait comme faisant au Maréchal des conditions inacceptables, et rendant ainsi impossible la pacification que tout le monde désirait. Il se réunit, rédigea et fit publier dans les journaux une note ainsi conçue : < Les délégués de la majorité de la Chambre des députés déclarent qu'ils n'ont eu aucun entretien ni aucune relation directe ou indirecte avec l'honorable M. Dufaure, à l'occasion de la mission qui lui avait été confiée par le