‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 111 sur 171 · CHAPITRE XIH 20o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIH 20o

président de là République, de composer un cabinet parlementaire. Ont signé : suivent les signatures des dix-huit. »

Les jours qui s'écoulèrent entre la séance du 26 novembre, où le ministère Rochebouët avait été frappé par le vote de la Chambre et la fin de la crise, furent remplis de démarches, de conciliabules, d'allées et venues à rÉlysée; et la presse entretenait l'agitation par les mille récits entrecroisés d'entrevues, de paroles dites, de négociations engagées tant à l'Éiysée que dans les deux Chambres et dans les groupes parlementaires.

Des conseils de résistance étaient hautement donnés au Maréchal par la presse, et aussi à l'oreille par des amis ou par des hommes compromis dans ralTaire du Seize Mai et résolus à la mener jusqu'au bout Parmi ceux-mêmes qui avaient désapprouvé cette aventure, il y en avait qui considéraient un retour en arrière comme impossible ou dangereux. M. le baron de Lareinty était de ceux-là, et c'est lui-môme qui me l'a raconté. Son tempérament ardent et batailleur le portait aux extrémités, et il cherchait à y entraîner le Maréchal avec lui. Il s'était trouvé mêlé aux négociations nouées, dénouées, et sans cesse reprises, pour arriver à former un cabinet qui eût remplacé le ministère Rochebouët. Il raconte qu'il avait concerté une combinaison à la tête de laquelle il eût été placé, et qui comprenait les noms de M. le général de Rochebouët, qui fût resté à la Guerre^ le général Ducrot à l'Intérieur, Pouyer-Quertier aux Finances, M. de Bonneville aux Affaires étrangères, l'amiral de Guesdon à la Marine, Ancel au Commerce,

un président de chambre de la cour de Grenoble à la Justice, H. Le Guay aux Travaux public. C'eût été un ministère de combat. M. de Lareinty s'y était, disait-il, décidé avec l'assentiment de ses amis du Sénat, qui avaient considéré que l'on ne pouvait pas livrer les conservateurs et l'armée au radicalisme.

On représentait le Maréchal comme oscillant entre des partis contraires, tantôt résolu à lutter, tantôt prêt à se rendre. Entre temps, il parlait de se démettre : il avait même réalisé en partie cette résolution, en préparant un message de démission dans lequel se trouvaient ces mots : c Abandonné par le Sénat, mon devoir est de donner ma démission...» A quoi il lui fut répondu que le Sénat était plutôt disposé à le soutenir, à la condition qu'il ne s'abandonnerait pas lui-même. Qu'on lui ait suggéré des projets de coup d'Etat, qu'il se soit senti troublé devant les suites également redoutables pour lui, dans l'un et l'autre cas, de l'aventure, et dont il se trouvait être le seul à porter le fardeau, cela n'est pas douteux, ainsi qu'en témoignent certains faits constants au milieu dès récits plus ou moins controuvés que l'on trouve dans les journaux du temps.

C'est ainsi qu'on examina longuement à l'Elysée les chances d'une nouvelle dissolution de la Chambre. Le parti royaliste et le parti orléaniste se montrèrent hostiles à cette résolution qui devait conduire directement à un coup d'État. A l'époque où l'on était arrivé, on n'avait plus, en effet, le temps nécessaire pour faire élire et pour convoquer une nouvelle Chambre avant la fin de décembre. On se serait dope trouvé obligé, après

Page 1