‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 112 sur 171 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

le 31 décembre, de payer des dépenses et de percevoir desimpôtfs à partir du i'" janvier, sans que le budget ait été voté.

On dit alors que M. Batbie, un des hommes importants du Centre droit, avait envisagé cette extrémité sans trop de répugnance , et qu'il avait trouvé parmi les sénateurs et les députés, des hommes disposés à courir avec lui ce gros risque. Hais, à l'heure môme où couraient ces bruits, M. de Luppé, dans le journal royaliste l'Union^ écrivait : c M. le maréchal de Mac-Mahon a pu arracher aux sénateurs royalistes, en dépit de nos avertissements, la dissolution qui a suivi le 16 mai et livré le pays à une ridicule et folle entreprise. Une seconde dissolution, opérée avec la même imprévoyance, au profit des mêmes hommes qui sont encore dans les coulisses de l'Elysée, ne serait plus une faute. Elle marquerait l'étape fatale où la démence politique mène au suicide. Les royalistes du Sénat n'ont pu résister une première fois au Maréchal. L'expérience est faite, et leur devoir impérieux envers la France est de ne rien céder à la politique des faux calculs, des pensées ondoyantes et des intrigues malsaines. » Honnête langage qui caractérisait la conduite politique constante des membres de la droite royaliste, et les préoccupations de bien public qui la dominent.

De son côté, M. Bocher, l'ami fidèle de la maison d'Orléans, s'élevait contre ces projets équivoques. M. Bocher est une figure qui ressort, en un relief charmant, de la vulgarité générale du personnel politique de notre temps. Il fut pourtant de son époque; mais il en résume dans sa personne tous les beaux côtés. U avait même hérité du passé certaines vertus de chevalerie, qu'il unissait aux mérites particuliers d'un homme politique plus moderne. Fidèle à son roi, attaché à sa

cause jusqu'à mettre sa personnalité tout entière dans son dévouement, il déployait dans la vie publique les talents les plus propres à l'élever au-dessus de ses rivaux. Administrateur émérite, esprit de haute culture, il était désigné pour les plus grands rôles de la politique parlementaire. Type de la haute bourgeoisie française, élégant dans ses manières et dans sa personne, plein de distinction et de grâce, et s'efiaçant devant les autres qui ne le valaient pas, par un sentiment exquis de modestie et de réserve, avec bauèoup de dignité, mais sans hauteur, sans familiarité non plus. Il parlait une langue achevée, claire, d'une pureté classique, abondante et pleine, attachante sans artifice : il était un modèle d'orateur parlementaire et de diseur parfait, son éloquence était faite des qualités qui brillaient en lui et des lacunes volontaires ou non de son rôle poHtique. Il charmait ses auditeurs en leur parlant d'affaires; il est rare, s'il l'a jamais fait, qu'il ait eu l'ambition de les conduire et de les subjuguer; il semble, qu'en tout, il ait volontairement limité son rôle.

Dans une réunion di^ groupe, appelé le groupe des constitutionnels du Sénats M. Batbie avait exposé la situation, et il s'exprimait à mots couverts sur lès projets qu'il était prêt à mettre à exécution : c Aujourd'hui', dit M. Bocher, quelles conséquences aurait le concours que l'on sollicite? Que veut-on de nous? Quelle solution poursuit-on? Espère-t-on venir à bout des résistances de la Chambre des députés? Non sans doute. Alors, c'est à un vote de dissolution que l'on veut nous acculer, à une violation de la Constitution, puisqu'il faudrait passer outre au refus du vote du budget. On trompe le Président de la République si on ne lui a pus fait envisager les conséquences désastreuses qu'entraîneraient de semblables mesures. Quant à moi, je le di^

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