‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 113 sur 171 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

hautement, j'aime trop mon pays pour m'associer à cette politique et assumer d'aussi effroyables responsabilités. »

La crise en était à son maximum d'acuités On disait, dans le public, qu'à l'Elysée on cherchait un homme qui eût assumé sur lui la charge de se passer d'un budget régulièrement voté et de se prêter à- un coup d'État : on disait que M. Pouyer-Quertier qui avait été tâté à ce sujet s'y était énergiquement refusé, et avait conseillé un rapprochement avec la Gauche par l'entremise de M. Dufaure. On ajoutait qu'une tentative dans ce sens avait échoué : que M. le Maréchal avait annoncé la volonté de désigner trois ministres à son gré, ceux des Affaires étrangères, de \a Guerre et de la Marine. On lui avait soumis l'éventualité où la Chambre refuserait un tel arrangement, et on lui avait dit : si votre proposition est repoussée, voulez- vous marcher avec nous? A quoi il aurait répondu : oui. M. de Larelnty raconte à ce sujet que Mme la maréchale l'avait fait appeler par M. d'Abzac, et qu'étant allé à l'Elysée il avait trouvé Mme la maréchale avec le Maréchal et M. Voisin qui était alors préfet de police. Après qu'on l'eut mis au courant de la situation, M. de Lareinty dit alors : t Vous voulez résister?... » Oui.

C'est après cette entrevue sans doute que M. Voisin, qui était un fonctionnaire exact et fidèle, mais surtout un bon Français, patriote, et d'un grand sens, crut devoir avertir M., le duc Pasquier des desseins qui étaient fomentés à l'Elysée par les têtes chaudes du parti. M. le duc Pasquier, qui de son côté n'a jamais hésité sur le devoir, quand l'intérêt de la France était visiblement en jeu et menacé, demanda une entrevue avec le Maréchal. Il voulait le conjurer de rentrer dans les voies constitutionnelles et de s'entendre avec M. Dufaure pour former

un cabinet qui pût se présenter devant la Chambre. € i— Il est trop tard, dit le Maréchal, qui, à ce môment-là, avait chargé M. Batbie de composer un ministère de combat et, on peut dire, de coup d'État. L'entrevue fut de suite ébruitée; le mot fut partout connu et produisit un effet énorme. L'effet fut si grand qu'on en prit peur à , l'Elysée : l'agence Havas retira le mot ou le désavoua; mais il avait été dit, ou quelque chose d'approchant. L'émotion était grande dans tous les groupes parlementaires, dans les salons, dans les rues. On parlait déjà de coup de force, d'arrestations et de mise en état de siège de Paris. Des amis inconnus, braves gens que je n'ai point oubliés, m'écrivirent alors pour m'offrir chez eux un refuge, et pour me soustraire aux violences que l'on redoutait pour les membres du comité des Dixhuit. Je cite ce fait pour montrer à quel degré de trouble, d'inquiétude, de colère même la population de Paris, peu à peu, se montait. On avait voulu me soustraire à un péril imaginaire, mais auquel tout le monde croyait, et cette générosité d'amis inconnus est, à l'heure* où elle sa manifeste, un baume pour Içs cœurs ulcérés dans les temps de troubles civils*

La police, il est vrai, agissait de façon à répandre une sorte de terreur parmi la population. Elle surveillait ostensiblement nos demeures. Elle recueillait, sans en faire mystère, des renseignements sur les républicains dont les opinions exaltées étaient connues; elle prenait les noms et les adresses de tous ceux qui pourraient être détenteurs d'armes, et que Ton supposait capables de descendre dans la rue. On faisait presque ouvertement le

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