CHAPITRE XIU
existent, c'est aux moyens réguliers de résistance qu'il faut avoir recours. Que si l'insurrection contre la loi est ouverte, en dehors de nous, alors chacun, en sa qualité de simple citoyen, reprend sa liberté d'action et dispose de sa personne. « Mais je maintiens, dit-il — cette opinion est curieuse si on se rappelle que Grévy, alors étudiant à Paris, avait été un des combattants de Juillet 1830 — je maintiens que nul n'a le droit de jeter dans la mêlée le mandat qu'il a reçu, et d'en faire le brandon de la guerre civile. Quant à moi, cette idée seule me fait horreur, et je ne m'y prêterai jamais, t
Ces derniers mots, dits avec une émotion qui ne lui était pas habituelle, la justesse de ses raisons et leur sens de vrai patriotisme m'ont assez frappé pour que je me rappelle^ dans les plus petits détails, cette scène devenue émouvante. Le langage de Grévy fit une grande impression sur la réunion, qui d'ailleurs était, en majorité, rien moins que disposée à se laisser aller à des résolutions inconsidérées et extrêmes, et qui sentait le poids de la responsabilité que lui imposait la confiance de la Chambre. On interrogea succinctement chacun de nous : et, finalement on décida qu'il ne serait donné aucune suite à l'ouverture faite par Gambetta, nous réservant de délibérer à nouveau, si les projets que l'on supposait exister du côté de l'Elysée se produisaient jamais sous une forme plus tangible. J'ai eu depuis l'occasion d'interroger un député qui devait le savoir sur ce qu'il y avait de sérieux dans les concours que Gambetta aurait trouvés dans l'armée. Il m'a été dit que Gambetta était sincère, quand il croyait à ces concours, mais qu'il était dupe de sa confiance dans le prestige qu'il s'attribuait, et d'une illusion pure, produite par les vantardises de quelques officiers subalternes et de sous-ofiiciers, qui faisaient parade d'un
crédit qu'ils n'avaient pas, et des dispositions réelles . de l'armée qu'ils ignoraient.
Une crise intense se produisait en même temps dans le commerce parisien, à ces bruits de guerre civile, et par la crainte de voir compromise et devenue impossible l'Exposition universelle dont l'annonce avait mis en mouvement tous les intérêts économiques du pays. Peut-être une manifestation sortant 'de ces milieux commerciaux étrangers à la politique serait-elle de nature à incliner les esprits vers une solution de la crise. Nous le pensâmes, et que cette manifestation devrait s'adresser au Maréchal lui-même.
H. Pessard était en relation d'amitié et d'ancienne camaraderie avec des représentants du haut commerce parisien, notamment dans le centre commerçant par excellence, tel que la rue du Sentier. A son instigation, H. Chevrier, pharmacien de la rue du faubourg Montmartre, et M. Héliard, président des Chambres syndicales patronales, se firent les principaux promoteurs de ce mouvement. C'étaient d'excellents citoyens, pénétrés des sentiments qui animent à toutes les époques la bourgeoisie parisienne, dont le sens pratique dirige en définitive la conduite, alors même qu'elle cède à son goût de fronde; et qui, tout en se mêlant au mouvement général de l'esprit public, ne perd jamais de vue les intérêts positifs.
M. Héliard, par une lettre ouverte publiée dans les journaux, provoqua une réunion des notables commerçants de Paris et de la province. Cette réunion eut lieu le 3 décembre dans la salie Frascati : trois mille