CHAPITRE XIII
France a le droit de mettre sur ses armes : Fluctuât nec mer^ gitur. Oui, quoi qu'il arrive, TExposition s'ouvrira le i" mai 1878; elle ne sera retardée ni d'un jour ni d'une heure. La France est engagée vis-à-vis du monde entier, et ses difficultés intérieures, pour grandes qu'elles soient, ne l'autorisent en aucune manière à manquer à la parole qu'elle a solennellement donnée à toutes les nations.
Nos travaux sont dans un état d'avancement que l'on n'aurait pas osé espérer au début et qui n'a jamais été réalisé dans les mêmes conditions aux Expositions antérieures. Les nombreux visiteurs qui ont parcouru le Champ de Mars et le Trocadéro peuvent en témoigner; les installations des classes^ sont partout commencées et il reste cinq mois aux exposants pour les compléter, ce qui ne s'est jamais vu. Montrez, rappelez tout cela aux gens de bonne foi, mon cher Dietz-Monnin, rendez-leur confiance et courage.
Quant aux autres, ne vous en occupez pas ; ils font leur métier, et vous n'y pouvez rien.
Cordiales amitiés.
Krantz,
Sénateur, commissaire central do l'Exposition.
M. Krantz était dans son rôle en calmant les inquiétudes du commerce, mais il est clair que, si la crise avait duré, elle aurait rendu impossible cette manifestation grandiose de la richesse et de la puissance industrielle de la France, qui devait, selon nos espérances, marquer son relèvement.
Pendant que se continuaient ces agitations vaines, autour de l'Elysée et dans le monde parlementaire, la^ vie politique était comme en suspens. L'émoi général croissait à mesure que le temps s'écoulait sans qu'on vît.
une fin à cet état de choses. Cette incertitude dans Fattente angoissait et irritait à la fois un peu tout le monde. Les membres du ministère Rochebouêt, demeurés à récart depuis sa chute devant la Chambre des députés, ne voulaient et ne pouvaient pas rester plus longtemps dans cette situation, où ils ne pouvaient ni pourvoir aux événements, ni les diriger. Le général de Rochebouêt avait été plus que ses collègues du ministère, mêlé aux diverses combinaisons imaginées par les uns et par les autres pour faire sortir tout le monde d'embarras, mais surtout dans une pensée de résistance. On le représentait généralement comme un parfait soldat, rien moins que républicain, mais fort sceptique et sans enthousiasme pour aucune des causes monarchiques qui se disputaient son concours. Une note qui me fut remise à cette époque par un ami du général donne exactement la physionomie de ce qui se passait alors dans le ministère : « Le général de Rochebouêt vit bien vite que le Maréchal n'avait aucun but arrêté, et que ses collègues n'aspiraient qu'à reprendre leurs fonctions administratives. Cette situation d'homme de paille ne pouvait lui convenir. Le 9 décembre, au conseil qui se tenait tous les jours à l'Elysée, il demanda, au Maréchal de vouloir bien communiquer au conseil ses idées ou de permettre au conseil de lui soumettre un programme politique. Le Maréchal répondit qu'il aviserait. Deux jours s'étant passés, et aucun ministre n'ayant témoigné le désir de formuler un programme, et M. le Maréchal n'ayant fait part d'aucune résolution, le général de Rochebouêt prit la parole et demanda la permission de résumer nettement et loyalement la situation, insistant énergiquement pour qu'une solution immédiate fût adoptée par M. le Maréchal. — H y &> dit-il, trois solutions pratiques :