‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 119 sur 171 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

!• Donner purement et simplement sa démission;

2* Résister carrément , faire appel aux mesures de rigueur, assurer Tordre dans le pays et convoquer de nouveau les électeurs;

3« Se soumettre, appeler M. Dufaure, le charger de composer un ministère et de formuler un programme.

Gomme ministre de la guerre, ajouta-t-il, je suis prêt à obéir aux ordres du président de la République, à en assumer toute la responsabilité, à condition que tous mes collègues contresignent les décrets. Comme président du Conseil, je suis aux ordres de M. le Maréchal pour aller moi-même chercher M. Dufaure et lui faire part de ses intentions. J'attends une réponse nette, catégorique avant ce soir, ou dès demain matin, V Officiel annoncera que j'ai cessé d'être ministre.

Ce programme, écrit de la main du général, fut remis par lui au président. Le conseil se sépara à dix heures et s'ajourna à quatre heures de l'après-midi. C'est alors que le ministre de la guerre, rentré chez lui, fit prendre toutes les mesures nécessaires propres à assurer la résistance, le cas échéant, et fit expédier à tous les chefs de corps les instructions commandées par les circonstances. L'Officiel du lendemain 12 devait faire connaître aux pays la détermination du gouvernement, vu la gravité de la situation... A quatre heures, le 12 décembre, le Maréchal, très loyalement, ouvrit ainsi la séance du conseil : « Je vous remercie, messieurs, du bon concours que vous m'avez prêté. J'ai mûrement réfléchi à la gravité des circonstances, et pour répondre à l'appel que le général de Rochebouët a fait à ma conscience, je le charge d'entrer en communication avec M. Dufaure, dont l'esprit conciliant et énergique tout à la fois, m'aidera, je l'espère, à vaincre les difficultés que vous m'avez signalées. Je réclame, en vous

quittant, votre bon concours, pour parvenir i ce but, dans les différentes positions que vous occupez depuis longtemps. »

Ainsi le Maréchal désarmait. Noble exemple que tant de républicains de nos jours feraient bien de suivre! A l'heure où l'esprit se reporte sur un passé si récent et qui paraît si éloigné, on ne peut se détacher du temps présent. Même situation inextricable. Un gouvernement à l'apparence légale, parle fait d'une Constitution faussée dans son fonctionnement, qui conduit à la ruine la nation impuissante dans les liens de la léga* lité : et, d'autre part, une nation qui cherche par quels moyens elle pourra sortir de peine ! Mais cette fois, les factions qui détiennent le pouvoir n'ont pas l'abnégation et l'esprit de sacrifice dont le Maréchal s'inspira alors. Après cent ans écoulés, les institutions démocratiques sont encore un problème de vie ou de mort pour la France. Et l'esprit ne peut se soustraire à cette réflexion : que si les révolutions périodiques ne sont pas des solutions, la ruine finale peut en être une.

M. le Maréchal avait déjà pensé à recourir à M. Dufaure, avant la communication qu'il fit à ses ministres. Il était sincère lorsqu'il avait déclaré aux membres de la délégation de Meurthe-et-Moselle qu'il était sans ambition personnelle. Sans doute, il était en butte aux incitations de son entourage qui le poussait aux résolutions violentes : il ne leur opposait pas toujours un refus brutal. 11 était plus encore rendu perplexe par une sorte de honte qu'il ressentait à l'idée d'abandonner tous ceux qui l'avaient soutenu dans cette lutte

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