‹ Le seize mai et la fin du SeptennatChapitre 12 sur 171 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

reste. Reconstituer sur un terrain enfin solide la France dont il faut aussi, comme disait souvent M. Barthélémy Saint-Hilaire, refaire la moralité, telle sera Toeuvre de demain.

Les services que ce groupe politique rendait à la République étaient trop réels pour qu'il n'en portât pas la peine. C'était à lui principalement que s'attaquait la Droite; c'était contre lui que grondaient toutes les colères; c'était sur lui que daubaient les gens d'esprit qui peuplaient les salons et les antichambres. On a dit que, du côté de la Gauche, on se jouait un peu de son ingénuité et qu'on le désignait assez cavalièrement comme un cheval de renfort, destiné à la remise, dès que la côte serait montée. Je ne sais si le mot a été dit : un bon mot, même injuste, ne trahit pas nécessairement une âme basse. Ce qui est certain, c'est que, pendant toute cette première période de 1871 à 1876, Gambettû et Jules Ferry se montrèrent les alliés fidèles du Centre gauche.

Qu'ils eussent la pensée secrète de Técarter plus tard, pour prendre sa place, on pouvait le supposer, et le fait est même certain, comme ils l'ont prouvé lors de l'avènement de Grévy à la présidence de la République. Mais, en vérité, le Centre gauche ne s'en souciait guère. Possédé tout entier par son idée de fonder un régime libéral et durable qui fût autre chose que le triomphe d'un parti, le trophée de l'envie démocratique, je ne sais quelle revanche haineuse des blessures et des défaites de la politique, il ne voyait que son but, et il ne poursuivait que lui. On a pu se jouer ou rire de sa naïveté : entre lui et ceux qui poursuivaient d'autres desseins sans le dire; entre lui et ceux qui employaient leurs talents et toutes les ressources de l'intrigue pour empêcher la France de goûter enfin

le repos et la paix sous l'égide de la liberté, c'était lui qui avait encore la meilleure part.

Lorsque, au mois de décembre 1876, M. Dufaure, mis en minorité au Sénat à propos d'une loi sur l'enseignement public, avait donné sa démission de président du Conseil, il avait quitté le pouvoir par lassitude, et par une sorte de révolte intime de sentir que ses efforts étaient méconnus. La Gauche de la Chambre ne lui ménageait pas les témoignages d'une persistante dé* fiance, et les injonctions plus ou moins directes de changer brusquement de système, particulièrement de renouveler le personnel des fonctionnaires publics. C'était le premier éveil des appétits aiguisés. Il n'en-, trait pas dans les vues de M. Dufaure, ni de ses collègues au ministère, de révolutionner le pays, quoiqu'il fût très résolu comme eux à implanter et à maintenir la République. Il avait une autre conception de l'intérêt public; et plutôt que de cédera une politique qui n'était pas la sienne, il céda la place. Cela vaut mieux que de couvrir de son nom des politiques diverses.

Le ministère reformé avait à sa tête Jules Simon qui me remplaçait à l'Intérieur; M. Martel remplaçait M. Dufaure à la Justice : tous les autres ministres avaient conservé leurs portefeuilles. Le parti républicain crut qu'il avait partie gagnée, et qu'il venait de faire un pas vers le Pouvoir.

Il attendait beaucoup de Jules Simon qui, n'ayant jamais été membre du Centre gauche, était considéré de tout temps comme un pur républicain, de nuance plutôt foncée. Mais Jules Simon avait perdu beaucoup

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