CHAPITRE PREMIER
dat, permettra d'achever les grands travaux législatifs que l'intérêt public réclame.
L'Exposition universelle va s'ouvrir, le commerce et l'industrie vont prendre un nouvel essor, et nous offrirons au monde un nouveau témoignage de la vitalité de notre pays, qui s'est toujours relevé par le travail, par l'épargne et par son profond attachement aux idées de conservation, d'ordre et de liberté.
(le manifeste qui consacrait la victoire des 363 fut accueilli par les Chambres et dans le pays tout entier avec un véritable enthousiasme. On y vit surtout le terme d'une crise qui avait nui aux intérêts matériels, autant qu'elle avait blessé les sentiments de la nation. Le caractère conservateur et libéral du ministère correspondait exactement au besoin d'apaisement et aux opinions réelles du pays. La population parisienne, délivrée de l'anxiété qui depuis quelques mois pesait sur elle, reprit son élan expansif de vie exubérante activée encore par l'approche de l'Exposition universelle; l'industrie et le commerce, comprimés naguère, reprirent leur essor sous le même stimulant. On sentit partout comme une détente immense; et la France, si souple et si puissante dans toute action, se reprit vite de l'angoisse dans laquelle elle vivait depuis près d'un an.
Nous nous mîmes à l'œuvre dans le ministère pour eflacer les traces des troubles civils, pour replacer le gouvernement dans sa voie, et pour remettre la République en honneur. Nous rencontrions partout, dans les départements, à Paris, dans les Chambres, des concours empressés et très dévoués. Je sus pourtant dès les premiers jours que le parti de la Gauche extrême de la Chambre n'entendait pas désarmer. Le comité des Dix-huit n'ayant plus de raison d'être s'était dissous. Mais quelques-uns de ses membres jugèrent quïls
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devaient continuer à surveiller le gouvernement. Ce fut Louis Blanc qui éveilla parmi eux l'esprit de suspicion qui fut de tout temps l'esprit des Jacobins révolutionnaires. Dès le 27 décembre, il eut avec MM. Floquet, Brisson et Clemenceau une entrevue à la suite de laquelle il fut résolu que le comité subsisterait et qu'il enverrait même des délégués dans les provinces, chargés de faire des rapports sur la manière dont se comporterait le gouvernement. Dix des anciens membres du comité des Dix-huit adhérèrent à cette motion : MM. Goblet, Brisson, Louis Blanc, Spuller, Chanel, Clemenceau, Floquet, Gambetta dont Spuller avait reçu l'adhésion, et deux autres, dont on ne connaît pas les noms. Ces mauvaises dispositions demeurèrent sans emploi pendant plus d'une année. Pour mon compte personnel, je n'y crus pas assez.
L'avènement du nouveau ministère donna lieu à un petit incident expliqué aussitôt qu'il avait été soulevé par le gouvernement espagnol. Ëmilio Castelar, avec qui j'avais des relations amicales, m'avait envoyé dès le 15. décembre le télégramme suivant : t Je m'empresse, mon ami, de vous féliciter ainsi que vos collègues sur un dénouement aussi favorable à la liberté et à la démocratie. La France conservera définitivement le gouvernement qu'elle a conquis par son effort et mérité par sa prudence. » Je répondis naturellement par un remerciement. Je ne sais pourquoi le gouvernement espagnol en conçut quelque ombrage. Il y eut à ce propos entre M. le marquis de Molins, ambassadeur d'Espagne en France, parfait galant homme, et moi, un échange de lettres qui ne laissa aucune trace défavorable, puisque, au contraire, quelque temps après je reçus le grand cordon de Charles III, marque d'honneur dont je suis resté reconnaissant. Castelar m'écrivit alors une lettre