CHAPITRE PREMIER
qui mérite d'être conservée, parce que, mettant de côté ce qui me concerne, elle exprime l'opinion qui fut alors à peu près unanime en Europe au sujet de la solution de la crise du Seize Mai.
« Jamais, disait-il, je n'ai vu un peuple traverser de si grands périls sans éprouver le vertige ni sans commettre une faute. C'est en vain que je cherche dans l'histoire un exemple digne de comparaison avec cette admirable discipline du parti républicain dont les vœux répondaient si admirablement à la volonté générale de la France. J'ai lu la liste des nouveaux ministres, et il est impossible d'en demander de plus capables, de plus honnêtes et plus patriotes. Sans exagération comme sans flatterie, on peut dire qu'ils appartiennent à l'élite de la France. Maintenant, ce qu'il faut, c'est que vous restiez au poste que vous occupez jusqu'en l'an 1880, vous tenant aussi éloigné d'innovations téméraires que d'une réaction aveugle. Et celui qui vous tient ce langage est un homme qui, ayant commencé à entrer dans la vie publique à vingt et un ans, en a aujourd'hui quarante, et peut par conséquent se dire un vieux républicain. La République doit être pour le travail national un port plus sûr que la monarchie, et la présence au pouvoir d'hommes comme vous est la garantie la plus complète de la liberté, de l'ordre, de la conservation sociale et du progrès. Comptez sur la profonde affection et croyez à l'admiration de votre ami et coreligionnaire. — Emilio Castelar. »
Tout avait été arrêté dans la marche des aftaires publiques. Nous dûmes remettre en mouvement la vie
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politique et la vie admÎDistrative. Il fallat faire voter les crédits dépensés sans droit, et aussi le budget de i878 resté eu suspens. Les sessions des conseils généraux et des conseils d'arrondissement n'avaient pu avoir lieu à leur date légale. Il fallut les convoquer et leur faire tenir les sessions réglementaires avant la fin de Tannée. Il fallut surtout renouveler tout le personnel administratif qui avait servi la politique du Seize Mai avec la passion que communiquaient à l'action des fonctionnaires leurs opinions personnelles sans doute, mais aussi leur intérêt, parce qu'ils se rendaient compte que leur sort était lié à celui du ministère du Seize Mai. Il m'était interdit cette fois de fermer les yeux, comme on peut le faire dans des circonstances ordinaires, sur des excès de zèle que l'on pardonne aisément à des agents, lorsque, en appliquant une politique qui varie avec les ministères, ils croient n'obéir qu'à leur devoir de fonctionnaires.
dette fois, la politique ministérielle avait pris le caractère d'une agression contre la République elle-même : elle avait brutalement révoqué tous les préfets et souspréfets qui s'étaient montrés dévoués aux institutions républicaines, et elle les avait remplacés par d'autres, prêts à servir la révolution du Seize Mai. Parmi ces derniers, il en était quelques-uns que j'avais trouvés en place lors de mon premier ministère en 1876, et qui avaient appartenu au gouvernement du 24 mai. C'étaient pour la plupart des hommes que leur origine et leurs traditions de famille avaient longtemps éloignés du pouvoir, mais qui s'en étaient rapprochés sous le régime du Septennat. Je les avais considérés comme des recrues précieuses pour la République que nous voulions fonder, et des soutiens utiles de tout gouvernement respectable. Je ne leur avais fait prendre aucun engagement,