CHAPITRE PREMIER
leur laissant entendre qu'ils se livraient eux-mêmes du moment où ils consentaient à servir le gouvernement. Quand je les retrouvai tout chauds encore de la bataille dans laquelle ils avaient pris rang contre la République, je ne pouvais conserver à leur sujet des illusions qu'on eût qualifiées autrement. Et enfin, les populations molestées si durement pendant toute cette période n'auraient ni compris ni souffert notre indulgence. Je dus procéder à un complet renouvellement.
J'avais demandé à ce sujet carte blanche avant d'accepter le portefeuille de l'Intérieur. On me l'avait donnée; et je dois dire que M. le Maréchal ne fit aucune difTiculté pour signer les décrets que je lui présentai. Ce fut une exécution terrible. Avant la fin de Tannée, je changeai tout le personnel administratif, 85 préfets, 78 secrétaires généraux, près de 280 sous-préfets. Je n'avais conservé qu'un seul préfet, M. Saisset-Schneider, exception due à son mérite, et qui n'avait gardé son poste que sur des instances faites auprès de lui. Je procédai ensuite à l'élection des conseils municipaux et à la nomination des maires de tous les chefs-lieux de canton dont le choix appartenait alors au gouvernement. Modifications profondes et universelles dans le personnel administratif, réparations d'erreurs, redressements de torts, remise en mouvement de tout le mécanisme renouvelé, tout cela se fit comme un changement de décors sans bruit et sans grand frottement.
Le grand fracas du Seize Mai était tombé tout d'un coup; et le très petit monde d'agités qui avaient tant troublé le pays semblaient avoir disparu comme des ombres. On eut promptement le sentiment que les pouvoirs publics étaient restituée dans leur intégrité et dans leur force réelle, appuyés sur l'opinion publique, et tenus par des gens qui savaient ce qu'ils voulaient et
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ce qu'ils faisaient La padfieatioD se fit très vite, parce qu'on eut tout d'abord l'impression que les choses allaient être remises à leur place, et chacun à son rang-
Les nouveaux préfets, chargés des instructions qu'ils avaient tous reçues personnellement, ne se présentaient pas dans leurs départements comme des victorieux affamés de représailles, mais au contraire comme des représentants d*un gouvernement résolu à rétablir l'ordre sans violence, et à rapprocher tous les citoyens sur le terrain de la République. Ce personnel déjà aguerri dans les luttes précédentes, et expérimenté dans l'art de gouverner, se montra à la hauteur de sa tâche. Il comprit merveilleusement la pensée du ministère; il s'appliqua à panser les plaies au lieu de les envenimer; il donna l'impression que la République était désormais établie sans qu'elle pût désormais être mise en question, et que les griefs comme les appréhensions que ce régime politique avait pu faire naître dans le passé n'auraient plus de raison d'être dans le pays rassuré et pacifié. La confiance publique dans les gouvernants ne tarda pas à renaître; et avec elle se serait peu à peu développé dans l'âme de la nation un sentiment de sympathie pour les hommes appelés à gouverner et d'attachement aux institutions, double élément moral qui fait la force intime des gouvernements. Nous ne cherchions pas alors la domination d'un parti I
Les nouvelles dispositions du pays ne tardèrent pas à se faire sentir : les nombreuses élections partielles auxquelles je dus procéder à la suite d'invalidations prononcées par la Chambre des députés, en furent l'occasion. J*avais, dès le début de ce mouvement électoral, précisé le rôle de l'administration, dans une circulaire dont je reproduis ici quelques passages, parce